[FRENCH] Le héros Starman (Ted Knight) a la particularité de ne pas s’être lancé en réaction à un crime horrible où à la perte d’un être cher. Non, par pur altruisme ce super-savant s’était bel et bien spontanément investi dans un héroïsme désintéressé qui prônait une image positive de la science. D’où l’organisation d’une forme de « technomachie », de combat entre deux notions de la technologie qui puisait en partie son origine dans la tradition littéraire. Ou comment un Oldies But Goodies peut avoir des ramifications traitant d’H.G. Wells et du Docteur Fatalis… et de vibro-masseur !

« Quand des forces scientifiques sinistres cherchent à s’emparer du pays en paralysant les installations liées à l’énergie et à la communication, elles se heurtent à un adversaire possédant des pouvoirs bien plus importants que le leur… Une figure de la nuit et du mystère… L’étonnant Starman !« . En avril 1941, les lecteurs d’Aventures Comics (série publiée par DC) font ainsi la connaissance d’un personnage habillé en rouge et vert. Sans doute un peu dérivé du Green Lantern du Golden Age (Alan Scott), Starman a, en lieu et place d’un anneau de puissance une sorte de bâtonnet identifié comme un « Gravity Rod ». Difficilement traduisible de façon fidèle, le terme s’approche de « Lightning Rod » (nom anglais du paratonnerre) et on en déduira donc que dans l’idée initiale du créateur du personnage (Jack Burnley), le Gravity Rod attire à lui la gravité, la détourne, tout comme un paratonnerre attire les éclairs. Nous verrons un peu plus loin que cette analogie électrique n’est pas tout à fait le fruit du hasard. Pour l’instant voyons l’histoire telle qu’elle démarre…

« Du Maine à la Californie et du Canada au Mexique, des événements étranges se produisent. Les habitants d’une grande nation sont au bord de la panique. Car les fondations de leur vie disparaissent sous leurs pieds » explique le narrateur. En fait rien ne disparaît vraiment sous les pieds de quiconque mais des accidents liés à l’électricité se multiplient. Des poteaux électriques deviennent brûlants au point de fondre, victimes de leur propre énergie. Des standards téléphoniques se dérèglent, coupant les communications de toute l’Amérique. Des incendies éclatent dans des centrales électriques. Même des avions voient tous leurs systèmes tomber en panne et s’écrasent au sol. Forcément un tel chaos ne peut qu’attirer l’attention du F.B.I. Le bureau de l’agent spécial Woodley Allen voit défiler des policiers excédés, qui exigent que cette affaire soit réglée (ce qui indiquent que, d’une manière ou d’une autre, les gens se doutent qu’il ne s’agit pas d’une « série noire » mais bien d’événements dirigés par une seule volonté). Laissé seul, Allen se dit que c’est un cauchemar et qu’une seule personne peut régler cette enquête. Il doit absolument le contacter… Allen sort alors un petit gadget spécial de sa poche et dévisse le capuchon : « Où qu’il soit, les ondes ultra-courtes de cette capsule radioactive lui signalera mon appel ! ».

Pendant ce temps, un des restaurants les plus select de Gotham, le Flamingo Club, voit arriver deux clients. La chose peut sembler bizarre aux lecteurs modernes du Starman de James Robinson (qui se déroulait essentiellement dans la ville fictive d’Opal City) mais les aventures initiales de Starman ne se déroulaient pas à Opal mais bien à Gotham (plus connue pour être la ville protégée par Batman & Robin, entre autres). Le riche Ted Knight s’installe à une table, accompagné par une très jolie fille. Mais celle-ci commence directement par des reproches. Elle se demande à haute voix pourquoi elle s’encombre d’un balourd tel que lui, qui est toujours en train de se plaindre d’une santé chancelante. Ted se défend : « Vous savez que je ne suis pas un homme en bonne santé, Miss Lee ». Mais si c’était une tentative de calmer la jeune femme, c’est loupé : « Miss Lee ! Nous nous connaissons tous les deux depuis des années et vous m’appelez toujours Miss Lee ! ». Et Ted Knight de rétorquer « Après tout, nous ne sommes pas formellement fiancés… ». Mais tout d’un coup la discussion tourne court. L’attention de Ted Knight se concentre ailleurs, comme s’il venait de penser à autre chose. Il prétexte alors de ne pas se sentir bien et demande à Miss Lee si il peut la raccompagner chez elle sans attendre. La jeune femme est cette fois franchement en colère : « Quoi ? Encore ? Je ne sais pas pourquoi je me donne la peine de sortir avec vous ! Ne vous donnez pas la peine de me raccompagner, je ne voudrais pas que vous tombiez raide mort en ma compagnie ! ». Ted s’excuse encore en prétextant qu’il se sent si mal qu’il va sans doute partir en maison de repos quelques temps… Mais soudainement les lumières s’éteignent. C’est la panique et Miss Lee crie, espérant que Ted va la rejoindre… avant de se raviser en se disant qu’en plus l’homme a sans doute peur du noir…

Mais Ted Knight n’est pas parti se cacher, pas plus qu’il n’est en maison de repos. Dans les ténèbres profondes, il extrait un cylindre métallique lumineux : « Le Gravity Rod vibre ! Cela veut dire un appel urgent du Chef Allen ! ». L’ironie de la situation c’est que le Gravity Rod a une silhouette un brin phallique et que si on y ajoute cette faculté à vibrer, l’engin ressemble furieusement à une sorte de vibromasseur (bien que ce n’était certainement pas l’intention des auteurs ou des éditeurs de l’époque). Bien plus tard (en 1992), Pat Mills et Kevin O’Neill se moqueront d’ailleurs (entre autres) de Starman dans Marshall Law : Super Babylon. Dans une aventure qui parodie globalement la Justice Society of America (devenue la Jesus Society of America), on fait ainsi la connaissance d’un pastiche de Starman, nommé G-Man, qui, souffrant d’impuissance utilise son « bâton vibrant » dans ses pratiques sexuelles [1].

Les pensées de Ted Knight sont cependant moins frivoles. Il s’habille rapidement en Starman qui est sa « personnalité de la nuit » puis utilise le Gravity Rod pour se rendre à son lieu habituel de rendez-vous avec Allen. L’ustensile, inventé par les soins de Ted Knight, lui permet en effet de défier la gravité. Il peut ainsi voler ou piéger en l’air ses adversaires, réalisant une bonne partie des prouesses de Green Lantern mais avec une explication de base qui, au lieu d’être mystique, privilégie une origine pseudo-scientifique. Starman est un « self-made hero ». Il est l’inventeur de son propre gadget (qui a de faux airs du tournevis sonique du Doctor Who bien avant l’heure) et cette invention, qui s’est déroulée hors champs, avant le premier épisode, auto-justifie non seulement les pouvoirs mais également l’existence du héros en tant que tel. Du coup, quand on nous le présente dans le premier numéro, il est déjà « fonctionnel », avec des pouvoirs et un costume établi. C’est sans doute une caractéristique de Starman par rapport à ses futurs collègues de la Justice Society. Ted Knight ne devient pas super-héros par réaction à une tragédie personnelle. Il n’a pas besoin de s’innocenter d’un crime, de venger un proche ou de gérer la possession d’un anneau magique qui lui serait tombé dessus un peu par accident. Starman est responsable à 100% de sa vocation héroïque…

Sa relation établie avec Allen permet d’établir que Starman est actif depuis quelques temps. Au minimum quelques semaines mais plus probablement plusieurs mois. On en déduira que l’image d’un Ted Knight faiblard et pleutre fait partie d’une mascarade (façon Clark Kent) qui permet au héros de mieux cacher qui il est en réalité. Les deux hommes se rencontre dans une sorte de petite bâtisse, en dehors de Gotham. L’agent du FBI explique alors que toutes les sources d’énergie et les moyens de communication de l’Amérique sont paralysées par un groupuscule nommé The Secret Brotherhood of the Electron (« La Fraternité Secrète de l’Electron »). Ils sont sur le point de lancer une tentative de coup d’état et d’instaurer une dictature en Amérique. Starman réalise que l’affaire est sérieuse et qu’il n’y a pas une seconde à perdre. Il repart dans les airs en se disant que le gang doit utiliser une invention qui permet de « nullifier » l’électricité ordinaire. Pour ceux qui se demandent comment le Gravity Rod peut fonctionner dans une Amérique où toute électricité a été interrompue, c’est simple : l’invention de Ted Knight fonctionne en capturant l’énergie des étoiles (d’où ce nom de « Starman »). Un peu comme un capteur solaire qui fonctionnerait avec les autres corps stellaires (ce qui explique peut-être que Starman soit qualifié de « personnalité nocturne » de Ted Knight, sans doute qu’au départ sa puissance était supposée ne fonctionner que la nuit). Sa source d’énergie ne peut donc être piratée par la Fraternité Secrète de l’Electron…

Mais inversement, Starman peut détecter l’énergie nécessaire aux installations du groupuscule. Avec le Gravity Rod, il ne tarde pas à repérer une montagne sous laquelle il sent une grande masse d’électricité. Arrivé vers la montagne, il découvre une grande porte blindée, marquée par un éclair. Ce n’est pas vraiment un obstacle pour Starman qui fait fondre la porte grâce à l’énergie du Gravity Rod. A l’intérieur, un garde, terrifié d’avoir vu la porte se désintégrer, tente de s’enfuir mais Starman s’écrie « Et où crois-tu que tu va ? ». Le Gravity Rod permet en effet au héros d’attirer le malfrat en agissant sur l’attraction. L’homme est comme aspiré par l’arme de Starman. Rapidement, Ted Knight se lance dans un interrogatoire pour savoir ce qui se cache réellement derrière « The Secret Brotherhood of the Electron ». Le prisonnier ne tarde pas à passer aux aveux : leur chef est un vieil homme nommé le Docteur Doog (curieux nom sur lequel nous reviendrons un peu plus loin) auquel il vaut mieux ne pas se frotter car il a une machine « qui fait de lui l’homme le plus puissant du monde » ! Le garde capturé poursuit « Il y a six mois, il a kidnappé le Professeur Davis et volé sa nouvelle invention, la Ultra-Dynamo, qui donne le contrôle de toute la réserve mondiale d’électricité ! Avec ça, il peut vous réduire en morceaux ! ».

La menace ne fait pas peur à Starman, qui force l’homme à le mener vers Doctor Doog. Mais le Q.G. d’une organisation comme celle-là n’est pas sans avoir d’autres formes de sécurité. Doog est rapidement prévenu par un gadget nommé « l’œil électrique » que quelqu’un approche. Doog déclenche alors un énorme arc électrique supposé incinérer Starman mais le Gravity Rod dévie la décharge. C’est le garde qui est tué à la place du héros. Les couloirs étant bourrés de pièges, Starman n’est pas tiré d’affaire pour autant. Il tombe rapidement dans une trappe (sans doute qu’il choisit de ne pas léviter grâce au Gravity Rod pour voir où on le mène) et une sorte de tuyau d’acier qui le mène jusqu’à une cellule. Celle du Professeur Davis, que Starman reconnaît immédiatement. Le savant, lui, croit d’abord que Starman est un homme de main de Doog avant de comprendre, terrifié, qu’il vient le sauver : « Vous n’auriez jamais du venir ici ! Personne ne s’est jamais échappé de la caverne magique de Docteur Doog ! L’homme est un génie du Mal ! Avec ma Ultra-Dynamo, il va conquérir le monde ! ». D’ailleurs la porte s’ouvre, révélant enfin le Docteur Doog (un savant chauve typique, drapé dans une sorte de peignoir doré, marqué d’un éclair) : « Maintenant que tu as découvert mon domaine secret, tu y resteras mon invité… Ha Ha Ha ! Un invité permanent ! ».

A ce stade il est sans doute nécessaire de vous en dire un peu plus sur ce « Doctor Doog ». Quand on lit l’épisode, le mot « Doog » (qui ne veut proprement rien dire en anglais) apparaît bizarrement lettré. Comme s’il y avait systématiquement un espace de plus entre « Doo » et « g ». C’est qu’à l’origine le personnage devait s’appeler… Doctor Doom (nom américain du Docteur Fatalis qui est depuis devenu l’ennemi juré des Fantastic Four). L’épisode a visiblement été lettré une première fois avec le mot « Doom » puis corrigé en hâte, à même les pages, pour remplacer le M par un G. C’est qu’en 1941 les grandes manœuvres et les premiers procès de plagiats entre éditeurs avaient commencé à pleuvoir. DC Comics n’était pas en reste sur cette pratique, tombant en particulier sur les personnages qui lorgnaient de trop près sur la formule de Superman. Seulement… il y avait déjà depuis 1940 un personnage nommé Doctor Doom mais publié par le concurrent Fox. Dans les pages de Weird Comics, on pouvait ainsi suivre les aventures du néfaste Doom, un peu selon la même logique que Fantômas : les inventions forcément spectaculaires de Doctor Doom (qui également un vieillard) menaçaient le monde et il convenait à chaque fois aux aventuriers Jan et Wanda de le contrer. En fait, si Starman avait été publié par Fox et si Doog s’était effectivement appelé Doom, les lecteurs n’auraient eu aucun mal à croire que The Secret Brotherhood of the Electron était simplement un nouveau plan du Doctor Doom habituellement publié dans Weird Comics. Mais ce n’était pas le cas et c’est sans doute pour éviter tout problème avec Fox que les responsables de DC rebaptisèrent Docteur « Doog » dans l’urgence… Pour ceux qui penseraient que c’est bien dommage et que, finalement, DC Comics est passé très près d’avoir un Dr. Doom dans son univers vingt ans avant celui des Fantastic Four, qu’ils se rassurent. DC a quand même un Doctor Doom quelques années plus tard. Dans Detective Comics #158 (1950, autrement dit bien après la disparition du personnage de Fox mais plus d’une décennie avant l’apparition de Fatalis chez les Fantastiques), Batman affrontait un gangster portant ce nom (mais, pas très charismatique, le malfaiteur mourrait à la fin de l’épisode).

Outre le fait que le Docteur Doog fut presque le prédécesseur de l’ennemi juré des Fantastiques, il faut observer (et c’est ce qui est à mon sens le plus intéressant) qu’il est l’archétype de ce que j’appellerais presque le « criminel électrique » si cette terminologie ne provoquait pas un malentendu avec des personnages comme Electro (l’adversaire de Spider-Man). Parlons donc plutôt de « fanatiques électriques », une sous branche de savants fous qui allient la pratique de la technologie électrique avec une certaine ferveur quasi-religieuse. Cet archétype a pour racine principale une nouvelle de H.G. Wells, « The Lord of the Dynamos », parue à l’origine en 1894 (mais largement diffusée aux USA lors de sa republication dans le numéro d’Amazing Stories de début 1929). Ce texte de science-fiction traite de l’émergence d’une sorte de religion basée sur l’électricité et centrée sur le Seigneur des Dynamos. Par la suite bon nombre de scénaristes ou de romanciers vont s’inspirer plus ou moins consciemment de la nouvelle de Wells pour définir le profil-type d’un savant prométhéen qui révère l’électricité au point de lui trouver un angle mystique. Par exemple c’est sans doute sous cette influence que le savant vu dans le film Frankenstein de James Whale en 1931 (celui qui a consacré Boris Karloff dans le rôle de la créature) crée son monstre en utilisant un procédé à base d’électricité et de foudre. Dans le roman initial de Mary Shelley, le procédé était autrement plus flou, laissé à l’imagination du lecteur, et n’abordait l’électricité que de manière périphérique (il n’y a que de vagues mentions de galvanisme). Le « Lord of the Dynamos » de Wells défini le portrait d’un savant fou qui menace (où fait chanter) le monde en prenant le contrôle de l’électricité. Sous l’impulsion de la réédition de 1929, beaucoup de pulps singeront ce profil (par exemple dans un roman du Shadow, le héros affronte le « King of Thunder »). De nombreux auteurs de comics s’y essaieront également (trop pour qu’on les cite de manière exhaustive). Il y a bien sur le Doctor Doog dont nous parlons dans la présente chronique mais, au fil des ans, on voit réapparaître sous des noms différents (mais familiers) le profil délimité par Wells. Par exemple dans Tales To Astonish #97 (1967), Hulk affronte le culte du Living Lightning, forcément dirigé par un Lord Of The Living Lightning (en lieu et place du Lord of the Dynamo, c’est de ce personnage qu’est par ailleurs dérivé le Living Lightning, membre des West Coast Avengers dans les années 80). Ces dernières décennies, largement dépassé par le savant « post-Atomique », le « fanatique électrique » s’est fait plus rare mais c’est une catégorie dans laquelle les auteurs puisent encore volontiers quand il s’agit de reconstituer une ambiance un peu « pulp ». En 2004, dans la mini-série JSA : Strange Adventures, on retrouve encore un fanatique électrique nommé « Lord Dynamo », qui cache peu, lui aussi, ce qu’il doit à l’imagination de H.G. Wells. Plus récemment, dans la série Doc Savage (#1-4) telle que relancée par DC sous la bannière First Wave, le héros affronte un personnage du même type sous le titre « The Lord of Lightning ». Autrement dit ce cher Doctor Doog est membre d’une famille scientifique assez répandue dans les comics.

A partir de là d’ailleurs on peut définir la symbolique du premier épisode de Starman (et même, en un sens d’une partie de ses aventures), qui oppose deux notions adverses du progrès scientifique. D’un côté Ted Knight incarne une technologie maîtrisée, qui aide son inventeur dans tous les pans de ses activités, avec une vraie logique altruiste. Doog personnifie, lui, la science obscure qui cherche à asservir. La logique scientifique de Starman est d’ailleurs un aspect que saisira parfaitement James Robinson quand il utilisera le personnage dans les années 90. En la poussant encore plus dans son aspect humaniste. Quand Jack Knight (le Starman de Robinson) accepte de prendre la relève de son père (Ted Knight, le Starman originel) il y met une condition : que son père arrête de se concentrer sur des armes de super-héros pour inventer des choses utiles qui aideront la race humaine. Or, on voit dès Adventure Comics #61 les premières traces de ce souci altruiste au sein de la famille Knight.

Mais nous avons laissé Starman des années 40 face à Doog dans la cellule du Professeur Davis. Ce dernier nous avait parlé d’une « caverne magique du Docteur Doog » et il semble bien, effectivement, qu’en plus de la possession de la Ultra-Dynamo Doog soit par ailleurs un mystique avec des pouvoirs propres (utilisant du coup science et occulte, à la manière de Fatalis des années plus tard, bien qu’il s’agisse sans doute d’un hasard). Doog tente d’hypnotiser Starman en projetant un « mur de pensée » qui supposer l’assommer mentalement. Dans le même temps une autre trappe (le Q.G. de Doog doit en être truffé) s’ouvre dans le sol, trappe dans laquelle Starman, dans un état de torpeur, devrait normalement tomber. Mais, heureusement, il se reprend et active son Gravity Rod, lui permettant de flotter.  N’étant visiblement pas très chaud pour en venir aux mains, Doog s’efface, laissant ses hommes s’élancer sur le super-héros. Mais trois hommes ne suffisent pas à terrasser Starman… Rapidement le héros en vient à bout… Seulement pour remarquer que Doog a pris la poudre d’escampette. Le maître de la Fraternité Secrète de l’Electron s’est enfui jusqu’à la Ultra-Dynamo. Il compte bien utiliser le pouvoir de la machine contre son adversaire. Là, Doog fait une erreur de logique puisqu’on a pu voir plus tôt que Starman avait déjà réussi à dévier une première rafale (celle qui a tué le garde). Il suffit à Ted Knight de brandir son bâton en s’écriant « Même la super-électricité ne peut rien contre le pouvoir des étoiles ! » et l’énergie est renvoyée vers l’Ultra-Dynamo, laissant l’engin à l’état de ruine fumante.

Privé d’armes, Docteur Doog tente d’échapper à Starman et s’enfuit… en oubliant qu’il avait ouvert une trappe dans le sol. Il tombe donc dans le vide et, pendant qu’il le regarde tomber (sans faire mine d’utiliser son Gravity Rod pour le sauver) Starman proclame : « Il est était si sournois qu’il s’est piégé lui-même ! ».  Puis le héros retrouve le Professeur Davis et ensemble ils sortent de la montagne. Avec la Ultra-Dynamo détruite, le danger est passé. Tout danger ? Pas forcément. Davis laisse échapper « Je sais qu’il est tombé vers sa mort mais je pense que j’ai entendu le rire maléfique du Docteur Doog au moment où nous sortions ! ». Starman, qui n’avait déjà pas fait mine de sauver Doog lors de sa chute, n’est pas très chaud pour retourner voir si Doog est blessé quelque part. Il préfère utiliser le Gravity Rod pour déclencher une avalanche : « C’est sans doute votre imagination mais je vais boucher l’entrée de la montagne de manière à être doublement sur que nous sommes débarrassés de cette crapule ! ». Ne reste plus, pour la conclusion, que Starman reprenne son identité civile de Ted Knight et se présente, penaud, au domicile de Miss Lee : « Je ne suis pas parti dans une maison de repos ! J’étais juste retourné chez moi pour dormir ! Mais quel est ce non-sens au sujet des lumières qui se seraient éteintes ? ». Miss Lee, qui entretient véritablement une relation étrange avec lui, pas totalement complice mais un peu amicale quand même, se moque de lui en lui répondant « Ca n’aurait pas d’importance pour vous, mon brave garçon. A moins que vous ne dormiez avec la lumière allumée ! ».

Nous n’en avons pas totalement fini avec cet épisode car, des décennies plus tard (plus précisément All-Star Squadron #41, en janvier 1985) Roy Thomas fournirait une sorte de version remixée de cette histoire pour écrire une origine plus détaillée de Starman. Dans Adventure Comics #61, on voit bien que le héros est actif depuis un moment, qu’il a déjà son Gravity Rod et qu’il a déjà tissé des liens avec le Chef Lee, comme Batman et le Commissaire Gordon. Thomas écrivit donc que Ted Knight avait toujours voulu être un héros, en particulier après avoir été sauvé une fois par le Batman (et Robin) du Golden Age. Mais Knight ne savait pas comment s’y prendre et n’avait visiblement aucune idée de comment inventer quoi que ce soit. Finalement Ted, en compagnie de sa cousine (Sandra Knight, la future Phantom Lady des Freedom Fighters) s’intéresse à l’enlèvement d’un savant, le Professeur Davis, et découvre dans ce labo de ce dernier un prototype du Gravity Rod. Qui serait donc l’invention de Davis et pas de Knight lui-même ! Il ne fait que tomber par hasard sur le gadget et le perfectionne ! Inspiré (cette fois officiellement, à l’intérieur du récit) par Green Lantern, Ted Knight se confectionne son costume, devient super-héros et sauve alors Davis. Reconnaissant, ce dernier lui permet de garder le Gravity Rod… Quand on relit Adventure Comics #61, on voit bien qu’il est dit que Davis a été enlevé six mois plus tôt. Tandis que Starman et Doog ne disent pas qu’ils ne se sont jamais rencontrés (ou pas) auparavant. Mais l’origine dans sa version d’All-Star Squadron #41 semble malheureuse puisqu’elle tend à priver Ted Knight de son statut de scientifique (alors que dans Adventure #61 il disait bien spécifiquement qu’il était l’inventeur de son gadget) et qu’il perd donc une qualité sans qu’on voit très bien en quoi cela clarifierait quoi que ce soit dans sa genèse. Qui plus est, dans Adventure Comics #61, si Starman reconnaît effectivement David au premier coup d’œil, le scientifique, lui, ignore qui est le héros et croit même, dans un premier temps, qu’il travaille pour Doog. Si, six mois plus tôt, Davis avait laissé une invention majeure aux bons soins de Starman, on pourrait s’attendre à ce que le professeur reconnaisse son sauveur ! Qui plus est les événements de ce premier cas cannibalisent ceux de ce qui aurait été normalement l’enquête suivante (dans l’épisode d’All-Star Squadron, Doog a le même Q.G., dans lequel Starman s’introduit de la même manière…

Globalement, quand il a ramené sur le devant de la scène la dynastie de Starman, le scénariste James Robinson a heureusement préféré ignorer la majeure partie des événements d’All-Star Squadron #41. D’abord parce que la série Starman se déroule après l’instauration de Crisis. A ce moment-là la Justice Society n’était plus supposée exister sur Terre-2 et des concepts comme le Batman et le Robin du Golden Age avaient disparus de la continuité. L’héroïsme de Ted Knight ne pouvait donc venir de la frustration à ne pas pouvoir les imiter. Des révisions pas très heureuses de 1985, Robinson n’a principalement conservé qu’une chose : le fait que Starman et Phantom Lady soient cousins. Ironiquement, alors qu’une partie des dialogues entre Ted Knight et « Miss Lee » (on apprendrait plus tard que son prénom était Doris) était basée sur le fait d’aller ou pas en maison de repos, James Robinson révélerait également dans sa série que le héros avait abandonné ses activités super-héroïques à la fin des années 40 après qu’un de ses ennemis ait assassiné Doris. Traumatisé par l’événement, Ted Knight, dépressif, serait obligé de s’isoler pendant quelques années… dans une maison de repos. Doris, qui croyait qu’il partait pour un oui ou un non en convalescence, s’était toujours moqué de lui à cause de ce penchant (qui était en fait une comédie orchestrée pour cacher l’identité secrète de Starman). Finalement, la seule fois où Ted Knight se fera véritablement interner, ce sera bien à cause de Doris…

[Xavier Fournier]

[1] Dans ce passage, G-Man se sert de son bâton comme accessoire dans des ébats sexuels avec Black Suspenda, parodie de Black Canary. Cette scène précède de plusieurs années (et sans doute inspire) les révélations de la série Starman de James Robinson, dans laquelle on apprenait plus tard que le Starman du Golden Age et la première Black Canary avaient été amants.