[FRENCH] Les publications de Tower Comics sont vues par de nombreux spécialistes comme l’un des plus beaux exemples de production du silver age. Il reflète en tout cas très clairement l’état des esprits des années soixante avec leurs bons mais aussi mauvais côtés.

Dans l’atelier qu’il allait créer pour produire les Tower Comics, Wally Wood avait le rôle de mentor du fait à la fois de son âge et de sa carrière passée. Sur tous les plans, Wally était un rebelle dans l’âme mais il n’arrivera malheureusement pas à s’extraire du contexte politique lors de la création de nombreux adversaires des T.H.U.N.D.E.R. Agents.

Lorsque les T.H.U.N.D.E.R. Agents apparaissent en 1965, les Etats-Unis sont engagés dans la guerre du Vietnam. Après le statu quo de la guerre de Corée, l’idéologie conservatrice est à son summum et bien que la période du Maccarthysme soit révolue le pays est toujours très anticommuniste. Cette tendance se traduit dans les comics du silver age et notamment, contrairement à ce qu’en dira ultérieurement Stan Lee, dans la continuité Marvel. L’exemple qui vient le plus souvent à l’esprit est la présence récurrente de Nikita Khrouchtchev comme adversaire d’Iron-Man.

Comme nous l’avons vu dans French Collection #136, les Subterraneans commandés par le conseil des Warlords seront l’adversaire principal des T.H.U.N.D.E.R. Agents pendant le premier story arc. Ils ressurgiront également quelque fois après leur grande défaite dans T.H.U.N.D.E.R. Agents #7. Mais ils ne seront pas les seuls à s’opposer aux T.H.U.N.D.E.R. Agents. Nous nous intéresseront cette semaine aux adversaires « politiques » qu’affronteront les héros de Tower Comics.

Dès leur deuxième aventure, le T.H.U.N.D.E.R. Squad est envoyé en mission au San Bolivar pour combattre le général Bestia qui tente un coup d’Etat au cœur de ce petit état (sans doute d’Amérique Latine) qui possède la plus grande réserve de radium du monde. Durant toute la durée des Tower Comics, l’un des principaux thèmes sera la peur d’une guerre nucléaire en général et il est assez facile de voir ici une métaphore partielle de la crise des missiles de Cuba.

Le T.H.U.N.D.E.R. Squad sera confronté une deuxième fois au force communiste dès l’épisode suivant avec toujours en toile de fond l’invasion des USA par des chinois. Dans l’épisode Invaders from the Deep, le T.H.U.N.D.E.R. Squad découvre que les chinois ont construit une base sous-marine secrète dans le pacifique. Ils sont aidés par le Doctor Von Himmel, un savant nazi qui transforme les indigènes en amphibiens pour lancer une invasion depuis les profondeurs.

Dans une autre aventure du T.H.U.N.D.E.R. Squad, Kitten sera hypnotisé pour se retourner contre son camp. Le scénario de l’épisode est assez convenu mais l’introduction qui montre un clone de Fidel Castro complotant avec un asiatique est plus que caricaturale. Car dans le monde des T.H.U.N.D.E.R. Agents, l’ennemi le plus dangereux après The Warlord est le péril jaune. Ceci n’est pas propre comme nous l’avons dit à Tower Comics (The Mighty Thor ira affronter lui aussi des méchants asiatiques) ni même aux comics américains (citons entre autre Le secret de l’Espadon d’Edgard P. Jacobs).

Il est d’ailleurs assez dommage que l »équipe de Wally Wood s’égare dans cette direction car l’idée de départ de donner le commandement d’une équipe de super-héros à l’organisation des Nations Unies était intéressante et apportait justement une certaine neutralité de traitement.

Nous assisterons donc très rapidement à la lutte de Dynamo [Len Brown] contre le Red Dragon qui envahie de nouveau la Corée dès T.H.U.N.D.E.R. Agents #3. Citons également pour mémoire (cf. French Collection #138) que les deux premiers ennemis des U.N.D.E.R.S.E.A. Agents ressortent également du péril jaune en la personne du Doctor Fang et du General Zomba. Comme nous pouvons le voir dans le nom de l’adversaire de Dynamo [Len Brown], les forces asiatiques sont dangereuses à double titre puisqu’elles sont soutenues par les forces communistes !

Nous ne tarderons donc pas à découvrir rapidement The Red Star dans T.H.U.N.D.E.R. Agents #6. Les connexions entre forces communistes sont extrêmement fortes puisque Red Star et Red Dragon sont bien sur alliés. Mais comme nous l’avons vu plus avant, les communistes ne constituent pas la seule menace contre la belle démocratie américaine. Une menace du passé est toujours présente en la personne des nazis. Le Doctor Von Himmel que les chinois utilisent n’est pas le seul dignitaire nazi à avoir survécu et à continuer de comploter.

Quoi de plus simple en terme scénaristique d’utiliser la résurgence d’un ennemi parfaitement identifiable et qui de plus a déjà été battu. C’est ainsi que nous verrons notamment des organisations fascistes ressurgir dans la série T.H.U.N.D.E.R. Agents. De manière assez amusante, ces organisations serviront à lancer deux nouveaux personnages dont nous reparlerons dans de très prochains French Collection. Il s’agit du Baron Von Kampf qui affrontera deux fois Lightning et des Storm Troopers de Xochimilco (de nouveau un petit état d’Amérique Latine) qui combattront Raven.

Mais les menaces ne viennent pas uniquement des forces extérieures et la démocratie peut également être menacée de l’intérieur, jouant sur la vieille peur américaine du complot qui culminera avec la mort de JFK. C’est ainsi que dans l’épisode Caporal Dynamo, USA, Dynamo [Len Brown] sera rappeler sous les drapeaux de son pays (avec l’accord du T.H.U.N.D.E.R.) pour démasquer un colonel renégat de l’armée des USA qui prépare plus ou moins un coup d’Etat.

Le thème sera repris mais cette fois-ci de manière peut être moins évidente. En effet dans l’épisode To Fight Alone, NoMan [Anthony Dunn] va combattre Randolf Image, le fondateur d’un parti politique visiblement extrémiste, qui a inventé une machine pour hypnotiser ses partisans et dont il ne se sert dans l’épisode que pour obtenir de l’argent. Mais l’idée de prendre le pouvoir de force n’est pas loin. On peut également citer l’épisode ou NoMan [Anthony Dunn] découvre qu’un savant remplace des personnalités publiques par des doubles pour s’emparer du pouvoir.

Enfin, dans un autre épisode, la menace que combat NoMan [Anthony Dunn] vient visiblement d’un Etat dont les caractéristiques nous rappellent les Balkans (et par la même la Latveria du Doctor Doom). Mais il ne s’agit ici visiblement que d’un décorum puisque la principale menace n’est pas « politique » mais que les deux adversaires, Le Roi et sa sœur, sont des tyrans télépathes qui veulent conquérir le monde.

Encore une fois, les Tower Comics ne sont pas les seuls à avoir utilisés les asiatiques, les communistes et les extrémistes de tous bords dans leur publication. Ils ne sont en cela que le reflet de leur époque.

Mais justement, étant considéré comme un condensé du début du silver age, la concentration des épisodes mettant en scène des adversaires politisés sur une courte période saute aux des lecteurs que nous sommes et qui possède un peu de recul. Dommage que l’équipe éditoriale des Tower Comics ne soit pas resté plus prêt de son postulat apolitique de départ.

[Jean-Michel Ferragatti]