[FRENCH] L’apparition de Superman dans Action Comics #1 a marqué le début du golden age. La fondation de la Society of America dans All-Star Comics #3 a institutionnalisé l’univers partagé de DC Comics. Le revival de Flash [Barry Allen] dans Showcase #4 annonce la naissance du silver age. Mais il faudra attendre Flash vol. 1 #123 pour assister à la naissance de toute la continuité super-héroïque de l’univers DC Comics.

En septembre 1961, Flash [Barry Allen] est apparu depuis une vingtaine de fois, aussi bien dans Showcase que Flash vol. 1. Dans le même temps Green Lantern [Hal Jordan] (cf. French Collection #94) et Elongated Man (cf. French Collection #98) sont apparus dans les pages Showcase et Flash vol. 1 tandis qu’Atom [Ray Palmer] (cf. French Collection #96) va faire son apparition le même mois dans Showcase. Mais c’est dans Flash vol. 1. #123 que va être publié un épisode historique de l’histoire des comics en général et de la continuité super-héroïque de DC Comics en particulier.

Dans Flash of the Two Worlds! l’écrivain de Science-Fiction (SF) et scénariste Gardner Fox, sous l’impulsion de Julius Schwartz lui même ancien membre actif du fandom de SF et agent littéraire de nombreux écrivains de ce genre, va transposer dans les comics la théorie des mondes parallèles déjà présente dans la littérature de SF. Dans cet épisode, Flash [Barry Allen] va découvrir au cours d’un spectacle qu’en vibrant selon une fréquence bien précise il est capable d’attendre une terre parallèle. Baptisé Earth Two, cette terre parallèle est très semblable à celle de Flash [Barry Allen] qui par comparaison à baptisé la sienne Earth One. Les deux terres parallèles ont suivis une évolution également parallèle mais avec deux différences de taille. La première est que l’apparition des super-héros s’est faite fin des années trente sur Earth Two tandis que sur Earth One le même événement n’est arrivé que fin des années cinquante. La deuxième est que les aventures des super-héros d’Earth Two ont fait l’objet d’une publication en magazine sur Earth One. Flash [Barry Allen] n’a donc aucun problème a trouver l’adresse de Jay Garrick.

En effet, dès Showcase #4, il a été clairement établi que Barry Allen prend l’identité de Flash en hommage à son personnage favori de comics : Flash [Jay Garrick]. Ce dernier était devenu le premier Flash suite à un accident. Pendant une expérience de science, le jeune Jay Garrick renversa une bouteille d’eau lourde. Les vapeurs du produit chimique renversé lui font perdre connaissance et il restera exposé aux vapeurs jusqu’à ce que son professeur le découvre. Les conséquences de cette exposition seront une accélération de son métabolisme lui permettant de se déplacer à super-vitesse. Flash [Jay Garrick] sera membre fondateur de la Justice Society of America.

Une première connexion entre les univers des deux héros avait été faite avec l’apparition de Winky Moylan; Blinky Boylan & Noddy Toylan dans Flash vol. 1. #117 (publié en France dans Flash 1ère série n° 40). Les trois inventeurs loufoques étaient en effet des personnages secondaires récurrents des aventures de Flash [Jay Garrick].

Mais l’épisode Flash of the Two Worlds! Va réellement ouvrir une nouvelle ère dans l’univers de DC Comics. Elle va permettre de « doubler » le nombre de super-héros disponibles pour les scénaristes. En effet, Flash [Jay Garrick] va revenir plusieurs fois dans les aventures de Flash [Barry Allen]. Il ne sera d’ailleurs pas le seul puisque comme nous le verrons dans un prochain French Collection d’autres habitants d’Earth Two s’inviteront régulièrement dans les aventures de ceux de Earth One.

Le point culminant de cette logique sera la série des « Crisis on » qui débute par les épisodes « Crisis on Earth-One! » & « Crisis on Earth-Two! » publié dans Justice League of America #21 & 22 (août & septembre 1963). Ce rendez-vous annuel permettra de découvrir d’autres terres parallèles et notamment d’introduire dans la continuité super-héroïque de DC Comics des personnages d’éditeur rachetés au gré des concentrations du secteur (Quality, Charlton, Fawcett, etc.).

Cette logique de terres parallèles et de « doublonement » des personnages introduira également la notion de continuité avec tous les imperfections qui s’en suivront (et tous ses détracteurs). En effet de nombreux problèmes se poseront notamment avec les personnages que les Editors de DC appelleront des Doppelgangers, c’est à dire des personnages qui n’ont jamais connu d’interruption de publication.

Ainsi, à quel épisode charnière commence les aventures du personnage d’Earth Two ? (pour un exemple concret voir le French Collection #79 sur le personnage d’Aquaman du golden age). Il faudra également expliquer pourquoi les super-héros d’Earth Two n’ont pas été en activité pendant presque une dizaine d’année. Cet aspect du problème est d’ailleurs évoqué dès l’épisode Flash of the Two Worlds!. Il faudra attendre la mini-série Crisis on Infinite Earth pour que l’éditeur mette un peu d’ordre dans ce qui était, il est vrai, devenu très brouillons au fils des ans. Certains, dont l’auteur de ces lignes, regretteront la perte de ce qui faisait aussi le charme de l’univers DC. Beaucoup de lecteurs, et sans doute d’auteurs, ont également dû être du même avis puisque les années suivantes verront la ré-introduction de beaucoup des concepts abandonnés dans cette mini-série.

Mais l’épisode Flash of the Two Worlds! ne verra pas que le retour de Flash [Jay Garrick]. Le hasard faisant remarquablement les choses dans les comics, l’arrivée de Flash [Barry Allen] coïncide avec le début d’une vague de cambriolages étranges à Keystone City. Les deux Flash décident alors de faire équipe pour résoudre ce mystère. Ce qui nous vaudra une des couvertures les plus célèbres de l’histoire des comics, malheureusement massacrée dans la version française de Flash 1ère série n° 41 comme vous pouvez le constater sur le scan qui accompagne cet article.

Et les Flash ne seront pas trop de deux puisque c’est trois supervilains qu’ils devront affronter. Car au-delà des héros d’Earth Two la théorie des mondes parallèles ouvre également aux scénaristes de DC Comics tout un éventail d’adversaires qui passeront allègrement d’un monde à un autre. Flash of the Two Worlds! voit en effet le retour de The Fiddler, The Thinker et The Shade (nous parlerons de ce dernier dans un prochain French Collection).

The Fiddler est le frère jumeau d’un virtuose du violon alors que lui n’est qu’un médiocre voleur. Il est arrêté en Inde et emprisonné avec un fakir. Ce dernier va lui apprendre les secrets de la musique des charmeurs de serpents. The Fiddler va même dépasser son maître en jouant une musique hypnotisante. Il force leur gardien à les libérer puis tue son maître. Il va ensuite revenir aux Etats-Unis et affronter plusieurs fois Flash [Jay Garrick]. Il fera partie de la seconde Injustice Society. Il sera également membre des Crime Champions d’Earth Two qui seront à l’origine du premier cross-over entre la Justice Society of America et la Justice League of America. The Thinker est lui un avocat de second ordre. Il avait remarqué que la plupart de ses clients étaient compétents dans leur spécialité mais incapable d’élaborer un plan pour éviter d’être arrêter. Il décida donc d’être « le penseur » derrière la réussite des gangsters. Il leur livrait sous l’identité de The Thinker des plans prêts à l’emploi.

Il se heurtera malheureusement à Flash [Jay Garrick] et commencera à développer des inventions censées lui permettre de prendre le dessus sur son adversaire. Le plus célèbre est son « Thinking Cap » qui lui permet de projeter son énergie mentale et de réaliser toutes sortes d’exploits. The Thinker sera également membre de l’’Injustice Society et récemment de la deuxième version de la Suicide Squad (cf . French Collection #97). Missing in Action au cours d’une mission, il resurgira quelques temps plus tard pour mourir définitivement d’un cancer du cerveau provoqué ironiquement par son Thinking Cap. Flash of the Two Worlds! est donc un événement majeur dans l’histoire des super-héros et me semblait parfaitement adapté à cette centième chronique de French Collection.

Je voudrais profiter de l’occasion pour remercier toute l’équipe de Comic Box qui m’a proposé d’animer cette chronique (et plus particulièrement Xavier Fournier). Je remercie tous les lecteurs et commentateurs de leur fidélité, sans oublier mes amis des Forums Pimpf et Buzz Comics qui réagissent également sur les fils consacrés à French Collection. Enfin, un remerciement très spécial à mon adorable épouse Christelle qui supporte la présence des milliers de bouquins de ma collection et le temps que je passe à les lire pour préparer toutes mes contributions au fandom des comics.

[Jean-Michel Ferragatti]