Les Mighty Crusaders, équipe fédératrice (façon Avengers ou Justice League) de l’univers Archie, font face aux Eliminators, une bande de super-villains clairement plus entrainés et puissants qu’eux. Entre vétérans fatigués et petits nouveaux qui se font avoir comme des bleus, les Crusaders se cherchent un sens, au propre comme au figuré…

Mighty Crusaders #4Mighty Crusaders #4 [Archie Comics]
Scénario de Ian Flynn
Dessins de Kelsey Shannon
Parution aux USA le mercredi 21 mars 2018

Depuis les années soixante, Archie relance périodiquement les Mighty Crusaders, équipe qui lorgne ouvertement sur les Avengers. A la décharge de l’éditeur, il faut dire que c’est lui qui, en 1939, a lancé le Shield, le super-héros patriotique originel, avant Captain America. Et il publiait The Fly plusieurs années avant Yellowjacket. Après que Marvel ait pillé ses archétypes, on comprend qu’Archie ait voulu valoriser ses propres héros. Mais la chose a rarement été faite avec panache. Hormis une version au début des années 80, les Mighty Crusaders ont souvent été freinés par la volonté de l’éditeur de garder un ton familial et naïf. C’est encore le cas avec cette version 2018, peut-être même encore plus cette fois-ci. Archie a en effet lancé il y a quelques temps une gamme Dark Circle, qui se veut plus sombre/réaliste que la gamme Red Circle (qui serait plutôt la gamme classique). On a pu y croiser des séries sur Black Hood et sur une nouvelle Shield. Mais Archie Comics est rattrapé par son naturel et décide donc de relance les Crusaders sous l’égide de Dark Circle, tout en y injectant des personnages de Red Circle et en donnant au groupe un ton léger. S’ajoute aussi une volonté (au demeurant louable) d’intégrer toutes les versions précédentes du groupe dans une même continuité (même les deux époques où DC publiait sous licence ces personnages sont prises en compte). Le tout résulte en un cocktail maladroit. Trop naïf, il ne peut satisfaire les lecteurs endurcis. Mais il repose aussi d’une trame trop complexe, utilisant certains héros des années 40, Darkling (héroïne liée à la version des années 80), des membres relativement récents du webcomic New Crusaders et enfin la nouvelle Shield. Au passage, cette dernière change totalement de registre. Sa propre série reposait sur une forme de parano patriotique envers les autorités, la voici transformée en gentille samaritaine. Bref, une chatte peinerait à y reconnaître ces petits. Et c’est quelqu’un qui a lu TOUTES les versions antérieures des Crusaders qui écrit ces lignes. Alors imaginez un lectorat moins spécialisé…

« The Crusaders are away on a mission. The only one here is this old man. »

Depuis des lustres, Archie Comics a un petit catalogue de super-héros qui ont le potentiel pour être les nouveaux Ultimates. Ou à défaut, on pourrait faire des Mighty Crusaders une série à la Invincible/Guardians of the Globe (le passage avec Dino Rex, en particulier, ressemble à quelque chose qu’on pourrait voir dans l’univers de Robert Kirkman). Mais n’est pas Kirkman qui veut et le tout retombe comme un soufflé, avec les dernières pages occupées à gentiment visiter les héros blessés tout en jurant que ce n’est jamais vraiment fini (ce qui par conséquent donne bien l’impression que c’est la fin). Paradoxalement, Archie Comics est arrivé à réinventer ses titres ados liés à Riverdale, à les intégrer dans des histoires de zombies, de vampires ou de meurtre. Les Crusaders, eux, restent les fesses entre deux chaises, le dernier épisode de l’arc s’achevant sur la promesse tacite d’un autre reboot alors qu’est déjà annoncée pour juin une autre mini opposant les Mighty Crusaders aux Super-Teens. Mais, hey, parce que ce serait sans doute trop facile, les Mighty Crusaders de juin ne seront pas ceux de cette série mais une version utilisée dans les années 1990/2000. Les personnages ont du potentiel et on se demande vraiment ce qu’ils donneraient avec des auteurs animés par une véritable vision. Là, on a l’impression de lire un comic-book inspiré par un dessin animé. Le moment où Joe décrit une attaque coordonnée incroyablement complexe (alors qu’en fait ils se font simplement attaquer à deux endroits à la fois) sonne presque comme un aveu d’une incapacité à gérer la difficulté. D’un côté on vise les plus jeunes, de l’autre on jongle avec cinquante ans de continuité et, on le disait, sans grand panache. Espérons qu’un jour les Mighty Crusaders reviendront d’une manière enfin inspirée…

[Xavier Fournier]