La Justice League toute entière bascule dans l’arc Drowned Earth, alors qu’Aquaman est porté disparu. Les anciens dieux des mers, libérés d’une captivité millénaire, décide de se venger en passant leurs nerfs sur les gens de la surface. Et Mera est bien obligée d’aller chercher des alliés là où elle peut les trouver. Quitte à forger une alliance contre-nature.

Justice League/Aquaman: Drowned Earth #1Justice League/Aquaman: Drowned Earth #1 [DC Comics]
Scénario de James Tynion IV
Dessins d’Howard Porter
Parution aux USA le mercredi 31 oct 2018

A l’approche d’un film Aquaman, DC Comics met sur pied un arc/crossover énormément basé sur Arthur Curry et Atlantis. Pour mesurer cet objectif « cinématographique », il suffit de se reporter à la couverture variante de Francis Manapul, avec un Aquaman brun, qui lorgne autant que possible sur quelque chose de compatible avec Jason Momoa. Et c’est de bonne guerre. Si l’éditeur ne le faisait pas, on aurait beau jeu de lui reprocher de louper le coche. L’intention de départ est donc assez compréhensible, d’autant plus que vers 2012-2013 la saga Throne of Atlantis avait secoué la League et par extension l’univers DC tout en promettant une forme de suite majeure qui n’a jamais vraiment débouché sur quelque chose d’envergure. Retrouver Atlantis au sein d’un crossover DC est donc naturel à bien des niveaux. Néanmoins, même si ce numéro spécial est écrit par Tynion, l’influence de Scott Snyder est manifeste. Ce qui n’est pas, en soi, une mauvaise chose, dans l’absolu tout au moins. Mais là, clairement, on a l’impression de lire quelque chose qui fait pratiquement un copié-collé de la structure de Dark Nights: Metal. Au lieu que ce soient Barbatos et ses Dark Knights qui se libère du Dark Multiverse pour capturer Batman et se retourner contre la League et le reste des héros DC, ce sont donc des divinités aquatiques qui étaient prisonnières dans une tombe depuis des millénaires. Et qui comme de bien entendu capturent Batm… pardon Aquaman… pour suivre à peu près le même plan, avec de l’eau partout. Drowned Earth est donc un peu la « version liquide » de Metal, avec tout ce que cela implique de points forts et d’inconvénients. A partir de là, comme dans Metal, l’idée est de démontrer qu’il y a des secrets dans les secrets. Et comme cela fait déjà quelques temps que la League, sous l’influence de Snyder, fonctionne selon cette mécanique de « vous ne connaissiez que la partie visible de l’iceberg », les leaguers passent leur temps à se faire balader par des menaces aléatoires. On est bien loin du côté « détective », ou tout au moins d’un « détective compétent ».

« I thought our storm walls were ready for this kind of crap. »

Malgré ces réserves, cela ne veut pas dire que Drowned Earth (et en tout cas ce numéro spécial) est dénué de substance et d’intérêt. D’abord le choix du dessinateur Howard Porter est judicieux. Sans chercher à se comparer à des modèles kirbyesques, Porter pose des super-héros (et des super-villains) massifs, qui s’opposent aux éléments et à l’étrange virus qui transforme les habitants de la surface en autant de pseudo-zombies aquatiques. Il pêche peut-être dans la représentation des seigneurs des mers, ces dieux qui en fin de compte n’ont guère de personnalité visuelle (une fois l’épisode refermé on serait curieux de savoir combien de lecteurs seraient capable de les décrire de mémoire). Mais globalement Porter véhicule le sentiment de tension qui convient. Dans le même registre, au-delà des ressemblances structurelles avec Metal, Tynion profite de l’occasion pour ressortir un adversaire d’Aquaman et lui donner, aux côtés de Mera, un rôle important. Là aussi, c’est peut-être la première fois depuis Throne of Atlantis qu’on le retrouve avec autant de prestance. Il y a donc des pistes et du potentiel. On espère simplement que la suite de l’arc nous servira autre chose que cette structure snyderienne trop répétitive et que les dieux des mers deviendront rapidement autre chose que des Barbatos de baignoire.

[Xavier Fournier]