Suite à un sortilège de sorcières, Titi et Grosminet s’incarnent dans l’univers DC et reprennent leur lutte traditionnelle. Il n’y a qu’un problème : ils représentent désormais une « charge totémique ». Si le chat dévore le canari, tous les personnages liés aux oiseaux vont périr. Et si c’est l’inverse, si Titi l’emporte, alors ce seront tous ceux qui ont basé leur image sur des félins sont voués à disparaître. Et ça, Catwoman, bien sûr, ne veut pas en entendre parler…

Catwoman - Tweety and Sylvester #1Catwoman – Tweety and Sylvester #1 [DC Comics]
Scénario de Gail Simone, Shea Fontana
Dessins d’Inaki Miranda, Walter Carzon
Parution aux USA le mercredi 29 août 2018

Il est des titres dont on ne pouvait guère se douter qu’ils existeraient un jour, tant ils sont basés sur une rencontre en apparence impossible. La confrontation des personnages de DC Comics avec les Looney Tunes, engagée depuis quelques temps déjà, ne manque pas de nous fournir ce genre de projets à intervalle régulier. Cette semaine, l’éditeur de comics nous livre une nouvelle vague de ces « team-ups » improbables, qui sont cette fois plus spécialement orientés vers les super-villains (Lex Luthor, Joker…), incluant donc aussi Catwoman. Si les fans de Selina Kyle seront prompts à pointer que la femme-chat n’est plus une super-criminelle depuis belle lurette, elle n’en reste pas moins un personnage à la marge. Disons qu’elle n’est pas une « bonne samaritaine ». Mise devant un choix ingérable, Catwoman choisira souvent l’option qui lui est plus bénéfique. C’est pour cela, sans doute, que cette étranger aventure prend une forme de sens qu’elle n’aurait pas si Superman en était la vedette. Deux êtres, un chat et un canari, portent le destin d’une partie de la population. Selina va vite comprendre que si Sylvestre perd sa propre vie sera en danger et, sans le moindre scrupule, elle se lance donc avec lui à la chasse au Titi. En fait le titre de ce numéro spécial est un brin trompeur puisque la scénariste Gail Simone profite de l’opération pour lorgner sur ce qu’elle écrivait à une certaine époque de Birds of Prey. On a même droit à une courte d’apparition d’Oracle. De facto, l’histoire raconte surtout l’opposition entre Catwoman (qui a pris le parti du chat) et Black Canary (qui forcément tient plutôt à l’oiseau). Et puisque ce genre de projet se passe un peu dans une version malléable de l’univers DC, où l’on écrit un peu ce qu’on veut, Simone invoque certains personnages sans s’occuper de savoir s’ils appartiennent à telle ou telle version de la chronologie. Vous croiserez donc aussi bien le Red Robin post-New52 qu’un membre de la JSA pré-2011… Sans que cela choque puisque quelque part c’est là aussi un signe qu’il ne faut pas trop prendre les choses au sérieux.

« Well, hellooooo, gorgeouth! »

Reste que s’il s’agît de confondre les périmètres de DC et des Looney Toons, ce genre de projet s’occupe aussi de « moderniser » les personnages de dessin animés concernés. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’effet à la Roger Rabbit. Titi et Grosminet ne débarquent pas comme des toons dans un univers de super-héros mais sous la forme de « vrais » animaux, sans anthropomorphisme visuel. S’ils conservent bien leur mentalité d’origine, ils sont représentés par Inaki Miranda de manière réaliste. La « fanbase » des cartoons peut donc avoir la sensation de ne pas retrouver réellement Sylvestre et Titi « canal historique ». Mais cette capacité à réinvention est aussi ce qui donne à ces projets un certain espace de liberté (rien que l’idée de retrouver Grosminet en concert façon Baby Metal…). D’ailleurs il y a une sorte de match retour dans le même numéro, une histoire servie par Shea Fontana et Walter Carzon qui permet de retrouver les versions plus classiques de Titi & Grosminet confrontés à une Catwoman plus compatible avec leur univers animé. Et force est de constater que le récit est du coup beaucoup plus guindé, daté, qu’il remplit sa fonction de back-up mais qu’il ne saurait égaler la première histoire. Catwoman – Tweety and Sylvester reste une sorte d’OVNI, une dose de non-sens totalement assumée. C’est aussi, pour ce qui est du récit principal, une occasion de (re)voir Gail Simone faire à avec l’univers DC comme elle l’entend et retrouver au passage, quand bien même juste pour des « caméo », quelques vieilles connaissances tirées des rangs des Birds of Prey ou des Secret Six.

[Xavier Fournier]