Malgré Infinity Wars, malgré aussi les nombreuses séries Hunt for Wolverine, rien n’est jamais venu expliquer pourquoi et comment Wolverine a refait surface dans Marvel Legacy #1, mystérieusement revenu et à la recherche des pierres de l’Infini… pour sembler s’en désintéresser aussi sec après ça. Wolverine: Infinity Watch s’affaire à résoudre la question et comment dire… c’est ce qui s’appelle se prendre les pieds dans le tapis alors qu’on prétendait le ranger.

Wolverine: Infinity Watch #1Wolverine: Infinity Watch #1 [Marvel Comics]
Scénario de Gerry Duggan
Dessins d’Andy MacDonald
Parution aux USA le mercredi 20 février 2019

Des fois, c’est à se demander s’il y a quelqu’un aux commandes. Automne 2017: Marvel se réoriente à travers la sortie de Marvel Legacy #1 qui contient, ô surprise, le retour express d’un Wolverine qui, au volant d’un camion, s’en prend à ceux qui auraient voulu mettre la main sur une des pierres de l’Infini. S’en suit une sorte de feuilleton dans les titres Marvel, un « where’s Charlie » avec Wolverine qui poursuit un but mystérieux… avant que tout cela bascule, que l’éditeur s’oriente vers Hunt For Wolverine pour nous justifier le retour de Logan et que les Pierres de l’Infini prennent une autre route, vers Infinity Wars, série dans laquelle Wolvie ne tient qu’un rôle anecdotique. Bref, que faisait le héros dans Marvel Legacy #1, pourquoi s’est-il intéressé aux pierres avant de s’en désintéresser aussi sec ? Tout cela ne collait pas avec les comic-books parus depuis. Voici donc une minisérie qui répond à ces questions. Mais disons-le d’emblée… elle y répond mal. Comme si personne à l’époque ne s’était réellement demandé de ce qu’on allait faire de ce Logan avec une pierre de l’Infini et que maintenant il s’agissait de sauver les apparences en trouvant une histoire qui donne un sens à tout ça… sans y arriver vraiment. Pour le coup on ne peut vraiment jeter la pierre (sans jeu de mot) à Gerry Duggan, qui récupère sans doute la patate chaude que d’autres n’ont pas voulu travailler. Alors voilà le scénariste obligé de trouver un fil à tout ce truc qui ne colle pas à Hunt for Wolverine. Et sa réponse ? Facile, on peut vous le dire sans spoiler : ce n’était pas le vrai Wolverine dans Marvel Legacy #1. Et ouais ! Le vrai était encore amnésique, aux mains de Perséphone comme on l’a vu dans Return of Wolverine. Le type qui sort de son camion pour mettre la main sur la gemme est un imposteur (on ne vous dira pas si c’est un skrull, une version alternative ou autre chose). Déjà, cela peut être considéré comme un motif de fâcherie puisque ce retour avait été le point d’orgue du spécial (nous dire maintenant que ce n’était pas vrai, c’est un peu léger). Mais surtout cela n’a guère plus de sens une fois qu’on sait qui était vraiment le personnage de Marvel Legacy #1, sachant que lui, pour le coup, n’avait aucune raison de se faire passer pour Logan ou de conduire un camion, connaissant l’étendue de ses pouvoirs. A partir de là c’est un peu n’importe quoi et on sort les rames pour expliquer comment le vrai-faux Wolverine a pu orienter les pierres vers Infinity Wars. Déjà que le crossover en lui-même était décousu, lui rajouter des mois plus tard une sorte de préquelle qui tire encore sur la ficelle ne fait rien pour arranger à l’affaire.

« We never talked about the Infinity stones. »

Et c’est sans parler de certaines scènes complètement biscornues où l’on ne sait pas forcément qui dicte quoi. Le dessinateur Andy MacDonald commence l’épisode plutôt bien avec quelques passages plutôt bucoliques, où Wolverine revit les événements de son trépas et de sa résurrection. Après ? Ça se complique un peu et on cherche parfois la signification. Comme Logan surpris de tomber sur une photo des « All-New, All-Different X-Men » dirigés par Kitty Pryde alors que cette situation existait pourtant avant qu’il meure. Par contre allez savoir si c’est le scénariste ou le dessinateur qui a trouvé intéressant de représenter Iceman en train de pisser de la glace… Une fois la question du vrai/faux Wolverine réglée, vient alors une sorte de virage forcément qui tend à expliquer que bon, même si ce n’était pas vraiment LE Wolverine, c’est la responsabilité de ce dernier de prendre la suite des événements et de s’assurer… de ce que sont devenues les pierres à la fin d’Infinity Wars. Bon sang, quelle usine à gaz, bien éloignée du côté « laissez, je m’en occupe, j’ai un plan » de Marvel Legacy #1. Avant Wolverine: Infinity Watch #1, les lecteurs pouvaient s’étonner que ce pan de scénario n’ait plus jamais été mentionné. Avec Wolverine: Infinity Watch #1 ? Ils peuvent au contraire faire un facepalm en se demandant ce qu’auteurs et personnage viennent faire dans cette galère. Totalement superflu et ça ne fait que rajouter à la débandade d’Infinity Wars Prologue, Epilogue et tout le tintouin. Ou comment diluer le retour de Wolverine à travers encore une minisérie de plus tout en nous expliquant qu’en fait, au début, ce n’était pas vraiment lui. Et alors si vous faisiez partie des lecteurs promenés d’un titre à un autre pour guetter les indices de « Where’s Wolverine », vous avez le droit d’avoir l’impression de vous être fait avoir en profondeur. Franchement il y a des fois on se demande ce qui leur passe par la tête…

[Xavier Fournier]