Thomas et Martha Wayne, l’un des couples les plus célèbres de Gotham, viennent de se faire tuer. Qu’à cela ne tienne : le Commissaire Gordon peut compter sur l’aide de Batman pour résoudre ce crime et apporter un peu de réconfort au petit Bruce, seul survivant de la famille. De quoi laisser perplexe une partie du lectorat, avant de réaliser ce qui se passe vraiment…

Batman #61Batman #61 [DC Comics]
Scénario de Tom King
Dessins de Travis Moore
Parution aux USA le mercredi 19 décembre 2018

Batman #61 n’est pas la continuation directe du coup de théâtre glissé à la fin du numéro précédent. Au contraire on commence, au moins en apparence, en explorant à nouveau les origines de Bruce, c’est à dire la nuit où ses parents sont assassinés. C’est devenu un leitmotiv ces derniers temps (dans le récent Batman Annual #3 on retrouvait la disparition des parents Wayne vue à travers les yeux d’Alfred). Et puis bien sûr, il y a aussi la vue en miroir, les références au Batman de Flashpoint qui ont remis les choses sur le tapis, au moins thématiquement parlant. Mais cette fois-ci, il y a un élément radicalement différent puisque… c’est Batman qui enquête et qui coince l’assassin. Oui, l’adulte Batman et le jeune Bruce semblent coexister dans le même temps. De quoi se poser des questions sur ce qui se passe et penser que, quelque part, Batman est en train de revisiter ses propres souvenirs. Il n’en est rien (ce serait spoiler de dire ce qui se passe précisément) mais, Tom King est fidèle à ses principes narratifs. Rien que le debrief du jeune Bruce, en début d’épisode, fait écho au débrief des personnages dans Heroes In Crisis. King explore le traumatisme d’un enfant, débouchant sur quelque chose de terriblement sombre (le face à face entre le jeune garçon et l’assassin de ses parents a un effet choc). Réalité alternative ? Illusion ? Le lecteur va tiquer quelques fois en lisant l’épisode, avant de réaliser que King poursuit en fait quelque chose qu’il a déjà entamé bien plus tôt dans la série. Du coup, passé quelques pages, sans doute que certains verront le coup venir mais le glissement reste percutant et réhausse encore le degré de dangerosité que l’on pouvait accorder à un personnage déjà rencontré.

« The first sort of breakage seems to happen quick.. »

Pour ce premier segment de l’arc nouveau Knightmares, le dessinateur Travis Moore est particulièrement indiqué. En fait il sait être « cinétique » quand il le faut (le combat de Batman contre les gangsters, par exemple) mais reste la plupart du temps tout en retenue, instaurant une ambiance faussement détendue. Alors que des choses horribles se passent, le style propre, acidulé, de Moore fait monter la pression et explose lors d’une scène dans une cellule. On retiendra cependant quelque chose d’assez curieux, une case où normalement un personnage au sol devrait être ensanglanté mais où il apparaît propre comme un sou neuf. Le trait, en plus, se fait plus maladroit que dans le reste de l’épisode et on peut se demander si cette case n’a pas été censurée ou retouchée à la va-vite. Même avec/sans cette correction, l’épisode fonctionne bien. On passe d’un moment où on se demande vraiment ce qu’il en est à la découverte du pot-aux-roses. La détermination du coupable et sa folie n’en sont que plus apparent. Reste qu’il s’agit d’un premier chapitre et que l’on se demande vraiment quelle sera la pertinence du protagoniste dans les épisodes restants de l’arc. King et Moore lui donnent une férocité imprévisible en tout cas…

[Xavier Fournier]