Si les Avengers actuels de Marvel sont une équipe bien plus ramassée, compacte, que ce que l’on a pu voir cette dernière quinzaine d’années, cela n’empêche pas Black Panther (et à travers lui Jason Aaron) de continuer de recruter un certain nombre d’auxiliaires. Les « remplaçants » de Jarvis viennent des quatre coins de l’univers Marvel… et ne sont pas là pour faire la vaisselle.

Avengers #12Avengers #12 [Marvel Comics]
Scénario de Jason Aaron
Dessins d’Ed McGuinness & Cory Smith
Parution aux USA le mercredi 9 janvier 2019

Depuis le lancement de ce titre (et même avant, si l’on remonte à Legacy), Jason Aaron s’intéresse beaucoup à une forme de relation verticale entre les Avengers actuels et leurs prédécesseurs de la Préhistoire. Le scénariste les inscrit ainsi dans une logique d’héritage. Mais les membres actuels ne suffisent pas pour expliquer le fonctionnement de leur base, désormais grande comme un gratte-ciel (ou comme le cadavre d’un géant). Qui plus est, T’Challa n’est pas connu pour être un solitaire. Là où il va, désormais, il a aussi un entourage, des gardes du corps comme Okoye. Dans un univers Marvel désormais privé du S.H.I.E.L.D., se pose aussi la question de savoir qui surveille, qui veille au grain, qui mène l’enquête à travers le monde. Aaron prend toutes ces problématiques et y répond dans ce numéro. Jarvis est donc gentiment amené dans l’équation tout en expliquant qu’il ne correspond pas à la nouvelle situation. Et la couverture vous l’aura déjà dit, des héros tels que Gorilla Man (Agents of Atlas) ou Ka-Zar arrivent en lieu et place. Cela peut surprendre, mais rassurez-vous, il ne s’agit pas de montrer Ka-Zar en train de faire la vaisselle pour Captain America. Les choix d’Aaron (car les recrutements ne s’arrêtent pas à ces deux-là) sont un peu inégaux. Dans ce qu’il sera convenu d’appeler les « Agents of Wakanda », il y en a quand même un(e) ou deux qui ont le cursus pour être un(e) Avengers à part entière, y compris l’un des membres fondateurs. Les retrouver dans un « rôle subalterne » peut paraître étrange, comme si on les rabaissait. Mais à mesure que l’on avance dans l’épisode, on comprend ce que fait Aaron : il sort de sa logique « verticale » pour travailler un réseau « horizontal », une organisation étendue de soutien autour des Avengers officiels. En faisant cela, il trouve à toute une partie de l’univers Marvel une fonction dans la série. Les Avengers ne sont plus seulement sept types autour d’une table mais potentiellement des dizaines de héros, utilisés comme les agents de Mission Impossible, selon que l’on ait besoin d’eux ou pas. On retrouve le Jason Aaron qui écrivait Wolverine & The X-Men (d’ailleurs il y a ici un ou deux personnages en communs) : de la même manière que l’on pouvait trouver un Deathlok, un Brood ou des Shi’ars dans son académie des mutants, il transforme la série Avengers en un foisonnement, une multitude. Il y a le cercle premier de l’équipe et puis, désormais, tous ces « amis » qui viennent en renfort. Malgré la présence de Black Panther comme superviseur du projet, certains auront l’impression de ne pas lire un épisode des Avengers tant on parle d’autres personnages. Mais le scénariste a prévu le coup et se garde pour les toutes dernières pages un changement dans le line-up de l’équipe première.

« Given that, I’d like to open discussion regarding an active roster addition for.. »

Marvel aime l’idée d’Ed McGuinness sur ce titre. Mais McGuinness n’est pas fait pour une cadence régulière, ni même, il semble, semi-régulière. Ce qui fait que même lorsqu’on lui trouve un épisode isolé, il faut trouver le moyen de partager la pagination avec un autre artiste, dans le cas présent Cory Smith. Et Smith n’est McGuinness (qui a un style beaucoup plus chargé en ombres) mais plus proche d’un Paul Pelletier, ce qui fait que l’épisode a quelques sautes d’humeur graphiques. Pourtant Smith son épingle du jeu sur certaines scènes, comme le passage concernant Ka-Zar, par exemple. Il aurait sans doute fallu que la colorisation se fasse plus sombre sur ses pages, de manière à mieux coller avec McGuinness. Globalement, scénario et dessins amorcent un virage dans ce numéro. Avec le risque de provoquer des réactions assez diverses. Il y en aura sans doute pour rester sur le fait que Jarvis se voit installé dans une sorte de retraite dorée. D’autres, comme dit plus haut, coinceront sur l’idée que certains héros qui n’ont rien de mineur se retrouvent à jouer les seconds couteaux. Mais le virage amorcé, et en particulier par Aaron, permet de se projeter vers autre chose que des histoires d’Avengers préhistoriques. Potentiellement, cette organisation pourrait permettre à sa série de toucher à tout ce qui fait l’univers Marvel, pas seulement dans son Histoire mais aussi dans son « espace ». C’était déjà un peu le cas récemment avec une approche géopolitique classifiant les équipes homologues des Avengers dans différents pays. Mais là il y a une impression d’ouverture et de richesse. Si certains choix peuvent déstabiliser, il devrait être intéressant d’en surveiller les conséquences dans les mois à venir.

[Xavier Fournier]