Equipe de DC disparue depuis une quinzaine d’années, Young Justice avait la particularité de rassembler des personnages ensuite durement impactés par le reboot de 2011. Tandis que (Red) Robin et Wonder Girl subsistaient (mais sous des formes altérées), Superboy (Conner Kent) et Impulse étaient carrément rayés des tablettes. En choisissant Young Justice pour initialiser son label Wonder Comics, Brian Bendis s’attelait donc à la tâche de restituer à DC une partie de son innocence perdue. Quid du résultat ?

Young Justice #1Young Justice #1 [DC Comics]
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessins de Patrick Gleason
Parution aux USA le mercredi 9 janvier 2019

On garde de l’ère Marvel de Bendis l’idée d’un corpus plutôt orienté vers la « déconstruction » de la figure super-héroïque, que l’on parle d’Avengers: Disassembled, de Daredevil, de Jessica Jones et de nombreux autres projets. L’image d’Epinal de Bendis, pour certains, ce serait un héros urbain désespéré. Pourtant, même chez Marvel Bendis a fait preuve d’un intérêt certain pour les super-adolescents, que l’on parle d’Ultimate Spider-Man (Peter Parker puis Miles Morales) ou des All-New X-Men. Quand bien même ces personnages restaient liés à une logique de responsabilité et de pathos. Disons que lorsqu’on parle de Bendis, on penser rarement au fameux « sense of wonder », à la capacité d’émerveillement, quand bien même il a pu écrire des choses comme Takio (2011). Aussi, une fois arrivé chez DC, l’idée de nommer sa gamme personnelle « Wonder Comics » pouvait sembler inattendu. Les mois récents nous ont montré que glissé aux commandes des titres Superman, Bendis s’adapte aux fondamentaux de son employeur. Dysfonctionnel chez Marvel, puisque les personnages y sont plus complexés, Bendis vise chez DC à un courant plus « iconique ». Ou bien peut-être que, plus simplement, les deux éditeurs acceptent les choses proposées par Bendis qui vont le plus dans le sens de leur ADN respectif. Ce préambule pour vous dire que Young Justice #1 est l’exact contraire d’un Disassembled. C’est avec une joie évidente, triomphale, que Bendis convoque en quelques pages des personnages comme Robin (Tim Drake), Wonder Girl mais aussi Impulse, qu’à l’évidence tout ce petit monde se souvient très bien les uns des autres (le récent retour d’Impulse dans les pages de Flash a sans doute eu un effet « rebirth » comparable à ce qui est arrivé aux Titans). Bendis introduit aussi de nouveaux personnages qui pour le coup demanderont sans doute quelques épisodes avant qu’on s’habitue à eux. Teen Lantern, surtout, est un peu balancée dans l’action comme un cheveu sur la soupe. Et le discours de Jinny Hex, sorte d’héritière lointaine de Jonah Hex, sur les armes à feu va sans doute demander une forme de « réglage » dans le contexte actuel. Mais ce qui importe, c’est que dans son écriture Bendis marche, sur cette série, à la joie, ramenant de la camaraderie, du lien, de l’humour (la vanne sur le Canada) entre des personnages qui s’étaient perdus de vue. Voire qu’on avait perdu de vue depuis huit ans pour l’un d’entre eux : autant le dire puisqu’il est sur les couvertures normales du numéro, Young Justice marque en effet le retour de Superboy (Conner Kent), ce qui explique sans doute que par ailleurs Bendis ait un peu éloigné Jon Kent des affaires. Sans se renier (par exemple les doutes de Wonder Girl au démarrage sont vraiment « Bendis »), le scénariste choisi une trame un peu voisine du New Teen Titans #1 de Wolfman et Perez (tout ce beau monde est (ré)uni fortuitement pour lutter contre une invasion venue d’ailleurs).

« Again, my friend gets excited. »

Patrick Gleason s’amuse visiblement beaucoup avec Impulse, qui véhicule une énergie caricaturale, parodique et « auto-consciente » dans l’histoire. Sans avoir besoin de le dire à voix haute ou de l’expliquer en en faisant des tonnes, Bart Allen a conscience de ce qui a été perdu au fil des années. Il est donc à la fois un parfait symbole de ce que les personnages retrouvent… et il est le premier à s’en féliciter. Ajoutez-y les pouvoirs liés à la rapidité et, sous le crayon de Gleason, Impulse anime véritablement l’épisode. Le dessinateur donne aussi quelques moments intéressants à Jinni Hex et à Wonder Girl (son entrée réelle dans le combat). La chose sur laquelle Gleason triture un peu, se cherche encore, c’est sur l’âge de certains personnages. A l’évidence, les personnages ont été un peu rajeunis (c’est évident pour Bart qui n’est plus Kid Flash mais est redevenu Impulse, idem pour Conner Kent qui a laissé tomber le look de ses années Teen Titans). Ce qui fait que parfois l’artiste tâtonne, en particulier pour ce qui est de Robin. Enlevez ou rajoutez deux ou trois ans à un Tim Drake et vous ne savez plus trop si vous êtes face à Dick Grayson ou Damian Wayne. Clairement, quand Robin entre en scène, on a une petite interrogation en se demandant duquel d’entre eux il s’agit. Et par la suite, dans le reste de l’épisode, Gleason lutte un peu pour conserver un âge constant à Tim. Mais c’est sans doute un détail qui se réglera avec l’habitude.
Young Justice is back, assurément. Bon, ça vous fera une belle jambe si vous n’avez pas la moindre idée de qui est, de ce qu’est, Young Justice, tant les auteurs partent du principe que Tim, Cass, Bart et Conner sont connus des lecteurs et, de fait, ne perdent pas de temps à les présenter. Mais c’est enjoué et efficace. C’est un peu à l’étroit par moment, Bendis aurait sans doute été plus à l’aise dans un numéro double-size. Mais le sentiment de joie, le « sense of wonder », il est là, il est tangible… « Wonder Comics » indeed !

[Xavier Fournier]