[FRENCH] Cette semaine, nous avons rendez-vous avec le gentilhomme le plus célèbre de Transylvanie, celui dont le nom fait frissonner les nostalgiques de la « Hammer » : le très sanguin Comte Dracula. Ca faisait un moment qu’on n’en avait plus de nouvelles… Enfin, si, grâce au petit-fillot de son créateur, Bram Stoker, qui a récemment tenté de donner une suite au roman d’origine (« Dracula the Un-dead » en 2009)… Mais diantre, laissons le jeune Dacre et revenons donc aux sources. En ce premier jour du printemps, et avant que vous ne vous repaissiez des premiers halos de soleil, nous vous proposons une dernière plongée dans l’obscurité, en souvenir de ce délicieux – mais peu regretté – hiver. Car fin 2010, Panini a eu la bonne idée de publier en France une mini-série en 5 chapitres parue en 2009 chez Dynamite Entertainment. Orchestrée par le duo de scénaristes Leah Moore (fille d’Alan) et John Reppion (« Albion », « The Trial of Sherlock Holmes »), époux à la ville, cette adaptation ambitieuse s’avère suffisamment rigoureuse et appliquée pour rendre son lustre d’antan au descendant de Vlad l’Empaleur. Deux plumes, auxquelles s’ajoute un virtuose du pinceau digital, c’est autant de sang neuf au service d’un grand conte.

Plus classique, tu meurs…

1897. Jonathan Harker, clerc de notaire de profession, est chargé de préparer l’acquisition du domaine anglais de Carfax par un étrange comte transylvanien. Il se rend donc en Europe de l’Est, sur le territoire de l’actuelle Roumanie, et pénètre au cœur d’un territoire inaccessible fait de brume, de forêts aussi denses qu’inquiétantes et de loups hurlant à la lune. Après quelques premiers cauchemars, la calèche atteint un sinistre château surplombant la région. Son hôte, le seigneur Dracula, pourrait s’avérer plus terrifiant encore que toutes les légendes bien connues des régionaux… Alors que l’Angleterre s’apprête à accueillir le Mal en personne, Harker se retrouve prisonnier du château et sombre dans la démence. Sa jeune fiancée, Mina, fera tout son possible pour retrouver Jonathan et le ramener à la raison. Aidés du très occulte docteur Van Helsing, ils tenteront alors de mettre en échec les sanglants desseins de D. …

Dynamite nous explose les mirettes

Loin des étranges ou hasardeuses appropriations, relectures (errances ?) qui ont malmené l’œuvre de Bram Stoker depuis sa parution en 1897, Leah Moore et John Reppion ont pris le parti de s’en tenir à un respect total à l’égard du roman d’origine. Avec un soin évident et une volonté de réalisme constant, ils nous offrent un condensé cohérent et fidèle d’un scénario qui compte plus de 500 pages de prose. Suivant quasiment à la lettre le bouquin, le comic-book en reprend également la forme en succession de notes ou journaux tenus par les différents protagonistes. Ces premiers épisodes sont fluides, rythmés. Contemplatifs ? Juste ce qu’il faut pour ne pas peser sur la narration.

Le script, bien construit, s’appuie en outre sur la peinture digitale d’un excellent graphiste, en la personne de Colton Worley (http://artistcoltonworley.blogspot.com/, plus actualisé depuis 2006), qui signe ici une copie brillante – à l’exception de quelques visages parfois figés, essentiellement dans le cas de vignettes plus petites. La palette de couleurs retenue s’avère particulièrement bien employée, et concours à l’ambiance glaciale qui nous raidit l’échine tout au long de ces pages. En confiant le projet à Worley, Dynamite Entertainement permettait ainsi à ce très bon artiste de produire sa première œuvre de référence dans le comic-dom.

Rhésus O- pour BD universelle

Si sa contribution au 7e art reste très relative, la saga djeun’s de « Twilight » aura en revanche eu le mérite de ramener sur le devant de la scène le mythe du vampire. La redingote en velours toute élimée, il faut dire que le genre était, aux yeux du grand public, quelque peu tombé en ruine depuis le début des années 2000 – après avoir connu des réussites inégales notamment autour de « Buffy » ou de l’œuvre d’Ann Rice (Chroniques des vampires) sur grand écran… Bref, cette publication de la meilleure adaptation BD du chef d’œuvre de Bram Stoker tombe à point nommé et permet à un public très large de le (re)découvrir dans une version de haute volée. Reste à savoir quelle orientation prendra cette version dans son deuxième et dernier tome. Pour rester dans le domaine du cinéma, on se souvient que Francis Ford Coppola avait ajouté une romance shakespearienne intéressante au matériel originel. A priori, vu la manière dont ces 3 premiers épisodes collent à la vision de Stoker, il n’y a pas de raison que la conclusion s’éloigne du propos initial. Un dénouement désormais attendu le mors aux dents.

[Nicolas Lambret]

« Dracula T1 », d’après le roman de Bram Stoker, par Leah Moore, John Reppion (scenario) et Colton Worley (dessin), Editions Panini, Coll. Fusion Comics, décembre 2010, 88 p.