Le dessinateur américain Norm Breyfogle s’est éteint il y a quelques jours à l’âge de 58 ans. Très associé avec l’univers de Batman, il avait commencé sa carrière il y a un peu plus d’une quarantaine d’années. Il est surtout connu pour son travail chez DC Comics et Malibu.

Norm Breyfogle (1960-2018)Jeune dessinateur surdoué, Norm Breyfogle réalisait son propre fanzine au lycée. Mais il a véritablement publié son premier dessin (un redesign du costume de Robin) dans les pages de Batman Family #13, en 1977. Un vrai présage puisque son parcours dans les comics allait devenir (presque) indissociable du justicier de Gotham City. Passé cette publication comme « lecteur inspiré », Breyfogle débarque réellement chez DC quelques années plus tard, à travers la série New Talent Showcase (anthologie conçue pour recruter de jeunes artistes, qui a également révélé Steve Lightle ou Tom Grindberg). Pourtant, dans un premier temps, c’est plutôt la scène indé qui lui ouvre ses bras après ce passage dans NTS. On le retrouve ainsi chez First Comics ou encore Eclipse Comics. Il se voit confiée une « back-up » satirique, Bob Violence, dans les pages d’American Flagg. On s’en rendra compte par la suite mais Breyfogle a un talent pour l’exagération, un surjeu maitrisé. Ses personnages ne sont pas musclés, non, ils débordent de muscles, ils explosent de muscles. Quand un héros à une cape ? Ce sont des mètres de tissus qui s’animent au vent. Dans la pratique, le Batman de Breyfogle semble avoir une masse de tissue qui devrait, théoriquement, l’empêcher de marcher. Mais Breyfogle se sert de cet abus de matières pour insister sur les expressions et les attitudes de ses personnages. Il devient, en cours de route, le dessinateur régulier de la série Whisper (chez First).

Sa vraie révélation aux yeux du grand public vient quand DC Comics lui propose de dessiner le Batman Annual de 1987 (suivant un script de Max Allan Collins) et Detective Comics, en équipe avec le scénariste Alan Grant. Si l’on y ajoute des épisodes produits pour la série sœur Shadow of the Bat, Breyfogle va travailler sur Batman pendant pas moins de six ans. Ses capes extensibles et ses musculatures délirantes font que – même s’il a un style différent – Breyfogle s’inscrit un peu dans la même mouvance que de jeunes artistes de l’époque tels que Todd McFarlane et Erik Larsen, qui jouent aussi sur le même genre de surenchère.

De ce fait, au moment de « l’explosion Image » qui chamboule la scène des comics vers 1993, il n’est pas étonnant que d’autres éditeurs fassent appel à Norm pour tenter d’émuler la même ambiance (et les mêmes ventes). Le dessinateur est donc « débauché » de DC Comics par Malibu où, avec Bob Jacob, Gerard Jones, et Len Strazewski, il créé le super-héros Prime, sorte de variation délirante de Captain Marvel/Shazam, sur un adolescent de 13 ans qui a le pouvoir de se créer le corps d’un adulte surpuissant (et surmusclé, donc). Prime devient à bien des égards le héros principal de l’univers Ultraverse chez Malibu. Mais les revers de l’éditeur et son rachat par Marvel feront que le personnage est ensuite largement tombé dans l’oubli. En 1994 (alors qu’il est encore chez Malibu), Norm Breyfogle écrit et dessine son propre titre « creator owned », Metaphysique, mais la série passe relativement inaperçue. Breyfogle passe ensuite chez Valiant où il dessine pendant quelques mois les aventures de Bloodshot.

Au début du XXI° siècle, Norm Breyfogle revient chez DC Comics. Il est le dessinateur de la minisérie Flashpoint (pas la série qui a transformé l’univers DC en 2011 mais un projet antérieur – et à bien des égards similaires, paru en 2000). Il dessine aussi pendant plusieurs mois les aventures du Spectre. Moins facilement associé avec Marvel, Breyfogle y a pourtant produit quelques épisodes, notamment tout ce qui concerne la résurrection d’Hellcat en 2000 (à travers les annuels Avengers et Thunderbolts de cette année, ainsi qu’une minisérie Hellcat). A partir de 2004, cependant, Breyfogle commence à se faire plus rare sur la scène « mainstream », retournant travailler pour de petits éditeurs tels que Markosia ou Speakeasy. En 2011, il revient chez DC le temps d’un one-shot, DC Retroactive: Batman – The ’90s, réalisé à nouveau avec Alan Grant et qui retrouve la même ambiance que leur run des années 80-90. Entre 2012 et 2013, il est employé par le même éditeur sur plusieurs épisodes du comic-book digital « Batman Beyond Unlimited ». Ces dernières années des problèmes de santé, notamment une crise cardiaque en 2014, l’avaient forcé de freiner sa production et, essentiellement, de se retirer des comics. La crise l’avait en effet privé de l’usage de sa main gauche (alors qu’il avait été gaucher toute sa vie). Dans la pratique, l’artiste était donc devenu incapable de dessiner, bien qu’il ait un temps expliqué sur les réseaux sociaux qu’il espérait apprendre à dessiner de la main droite et, éventuellement, reprendre une activité dans les comics. Breyfogle écrivait cependant beaucoup et était notamment un passionné de Haiku. Cette « absence » des comics coïncide cependant avec une certaine redécouverte du travail de l’artiste. Sans doute parce que, dans le même temps, une partie de ses personnages se sont fait connaître du grand public à travers de nombreuses adaptations.

Il a été et restera le co-créateur et le dessinateur initial de personnages qui font désormais partie intégrante de la mythologie de Batman (que ce soit dans les comics, les jeux vidéo ou à l’écran). On lui doit ainsi les designs initiaux du Ventriloquist, Victor Zsasz, Anarky, Amygdala, le Ratcatcher, Corrosive Man, Aborigine et Jeremiah Arkham (autant dire qu’une série TV comme Gotham lui doit bien des éléments). Pour la petite histoire, un jour Norm Breyfogle était tombé par hasard sur un numéro de Comic Box illustrant un article sur Bill Clinton par l’une de ses images tirées de Prime. L’homme, très modeste, était tombé des nues en réalisant que son travail était également connu en France.