Les Sentinelles - Interview de Julien Mokrani[FRENCH] Les habitués de comicbox.com connaissent déjà le nom de Julien Mokrani, jeune réalisateur très inspiré qui a déjà signé (entre autres choses) deux fanfilms mémorables : Batman Ashes to Ashes et Welcome To Hoxford. Le talent et la détermination de Julien ne sont plus à prouver. Sur l’adaptation de la BD de Ben Templesmith il avait réussi à convaincre un acteur d’envergure internationale, Jason Flemyng, de s’impliquer. Mais depuis quelques temps Julien a d’autres ambitions que le court-métrage. Comme il l’a annoncé hier pendant le Comic Con’ Paris, sur le stand de notre table ronde consacrée aux fanfilms, son nouveau projet voit plus grand, plus long. Julien Mokrani est en effet le réalisateur attaché à un long métrage qui va porter à l’écran la BD « Les Sentinelles » de Dorison et Brecchia. Un projet qui nous intéresse au premier chef, au même titre que cette bande dessinée géniale qui véhicule d’autant plus une logique super-héroïque que Dorison en a eu l’idée à partir d’un projet d’abord pensé pour Marvel, qui devait transposer Iron Man en 1917. Julien ayant réservé cette annonce pour la conférence, nous avons pris ensuite quelques minutes pour parler de ce film…

Les Sentinelles - Interview de Julien MokraniComment est-ce qu’on passe des fanfilms à un long-métrage tel que les Sentinelles ?

Tandis que j’étais en train de terminer Welcome to Hoxford je me suis rapproché de plusieurs maisons d’édition, dont Delcourt. Juliette Matthieu, qui s’occupe des droits audiovisuels, m’avait envoyé plusieurs ouvrages, dont les Sentinelles. Je ne connaissais pas du tout mais par contre je suis tombé amoureux de l’histoire et tout spécialement du fond : Comment réussir à faire de la science-fiction ultra-réaliste dans quelque chose qui appartient au passé et qui, pourtant, n’est pas une uchronie. C’est quelque chose qui, pour moi, aurait pu se passer… C’est l’approche qu’on va avoir avec cette adaptation. Dès que j’ai lu les Sentinelles j’ai dis « Je veux le faire ». J’ai donc rencontré Xavier Dorison. En fait on a fait beaucoup de réunions, beaucoup réfléchis ensemble à ce qui était possible et, quand on a trouvé une approche qui nous convenait à l’un comme l’autre, on a décidé que c’était le moment d’attaquer… J’ai alors rencontré plusieurs producteurs.

Du mal à convaincre les producteurs ?

Mes producteurs sont Alexandre Aja et Pavlina Hatoupis… Il y a aussi Alix Taylor qui est Executive Producer. Les convaincre, eux, n’a pas été spécialement compliqué. Mais les trouver et pouvoir leur présenter le projet l’a été beaucoup plus (rire).

Sur un projet qu’on pourrait qualifier de « reconstitution historique », est-ce que le travail de documentation est lourd ou bien, à ce niveau du projet, vous n’en êtes pas encore là ?

Ah si si ! Ca fait déjà de nombreux mois qu’on est dessus. D’ailleurs, j’ai eu un choc positif… quand j’ai commencé à travailler sur ce film je me suis dis « OK, il va falloir réinventer tout un monde ». En fait ce qui m’a surpris c’est qu’en ouvrant quantité et quantité d’archives, en creusant, je me suis vraiment rendu compte qu’il n’y avait pas besoin d’inventer des choses, que tout était déjà là. Qu’il y avait des références visuelles aux chevaliers, à la Grèce antique. Aujourd’hui, dans la tête de beaucoup de gens, c’est du steampunk. Mais il faut savoir que, par exemple, beaucoup de concepts visuels de Star Wars ont été inspirés par la première guerre mondiale. Du coup il y a des similitudes… Et c’est plutôt chouette !

On dit toujours que les films de super-héros ne sont pas possibles en France, que ca décourage pas mal de gens…

Plus qu’un film de super-héros, c’est un film où les codes des super-héros sont à l’image mais je le vois plus pour ma part comme un Robocop, avec des références francophiles à la Jules Verne et une approche ni Steampunk ni Cyberpunk mais « Radiumpunk »… On utilise de l’énergie nucléaire pendant la première guerre mondiale et de la manière la plus réaliste possible.

Julien MokraniAvec des producteurs de ce type, on pense plus à un casting français ou international ?

C’est une des questions qu’on se pose pour le moment. A vrai dire j’ai très envie de le faire en Français. De toute façon c’est la langue qui va décider de ça. Soit le film est en Anglais et alors là on va travailler sur les accents, avec une optique plus internationale. Soit on oriente vraiment la chose comme un film français (un peu dans l’esprit du Pacte des Loups par exemple) et là effectivement on ira chercher un casting plus francophone. En sachant bien entendu que, vu le sujet, on a aussi des personnages qui sont d’origine germanique…

Allez hop, Michael Fassbender !

(rires) De toute façon il est encore beaucoup trop tôt pour en parler…

Il est sans doute également trop tôt pour parler d’une date de sortie mais comment se passe l’adaptation ? Vous travaillez seul ? Avec Dorison ? D’autres collaborateurs ?

On travaille effectivement à plusieurs. Moi j’amène ma vision de réalisateur. J’ai travaillé d’abord sur ma vision du projet, avec Alexandre, Alex et Pavlina. Ensuite, bien entendu, on fait lire à Xavier. Je suis très friand de son avis car il écrit aussi, par ailleurs, pour le cinéma et il comprend la position qu’on lui demande d’avoir. C’est vraiment quelqu’un d’ultra-conscient que je prends beaucoup de plaisir à écouter. Et là, au stade où nous en sommes, il y a un scénariste qui va bientôt arriver dans la partie pour travailler avec nous.

[Propos recueillis par Xavier Fournier]