Deux siècles dans le passé, Krypton, la planète d’origine de Superman, abrite une civilisation recluse, convaincue d’être seule dans l’univers. Parce qu’ils croient le contraire, les El sont privés de leurs privilèges et considérés comme des moins que rien. Seg-El est d’ailleurs peut-être le dernier de la lignée. Jusqu’à ce qu’un mystérieux étranger vienne lui raconter qu’il est destiné à être le grand-père du plus grand héros de l’univers. Sauf si certains ennemis le tuent avant…

Without Honor

Après Arrow, Flash, Gotham, Supergirl, Legends of Tomorrow, Black Lightning et (en comptant large) Lucifer, Krypton est la huitième série actuellement active qui adapte sur le petit écran les recoins de l’univers de DC. Comme Gotham, elle est néanmoins tenue à l’écart des autres par une question de temporalité. Et même encore plus que pour Gotham puisqu’ici il ne s’agit pas de montrer la jeunesse du petit Kal-El/Clark (il faut dire qu’avec Smallville, DC et Warner ont déjà donné) mais de remonter encore plus loin, à une époque où le grand-père du héros n’était encore qu’un jeune homme, élevé dans une dictature tenant à la fois du fondamentalisme religieux et de la junte militaire. Val-El, l’aïeul de la famille (le grand-père du grand-père, si vous préférez) illustre d’ailleurs ce point en s’imposant comme le Galilée de sa planète, avançant devant ses contemporains qu’il existe de la vie ailleurs quelque part ailleurs dans l’univers. Il n’en faut pas plus pour que, devant les yeux affolés du petit Seg-El, on condamne l’ancêtre à la mort (mais d’une manière qui, après tout, n’exclue pas son retour dans un épisode futur, parce que lorsqu’on ne voit pas le corps…). Du coup, les El perdent leur rang, leur emblème et ne sont plus guère tolérés que comme serviteurs des castes supérieures. Quelques années plus tard, Seg-El a grandi mais trempe dans de petites magouilles, au grand désespoir de ses parents. C’est alors qu’un inconnu aborde Seg, se présente comme Adam Strange, venu non seulement de la Terre (un endroit qui n’est pas supposé exister selon la civilisation kryptonnienne) mais aussi du futur. Adam prévient Seg qu’il est destiné à devenir le grand-père du plus grand héros qui soit mais que certains feront tout pour empêcher que cela se réalise. Seg-El, bien évidemment, ne le croit pas et c’est là que les ennuis commencent (ou continuent, si l’on prend en compte la disparition de Val-El).

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A better tomorrow

On connaissait le synopsis de Krypton, avec un Adam Strange venu du futur pour sauver la lignée El de l’éradication mais aussi un Brainiac (imposant au demeurant) remplissant la fonction d’un T-800. Pour ce qui est de ce premier épisode, le spectre d’un remake de Terminator n’est pas de mise. D’abord parce qu’on voit peu Adam (il n’a guère que deux scènes parlantes) et Brainiac (quelques secondes pour ce dernier, juste histoire de nous rassurer et de nous montrer que c’est, ouf, un autre niveau que le Brainiac 5 aperçu dans la série Supergirl). Le focus de l’histoire est totalement différent. Pourtant, il appartient bien à un modèle connu, celui de la dystopie adolescente. Le monde dans lequel vit Seg-El se limite à Kandor, une cité protégée par un champ de force alors que le reste de la planète semble ravagé et difficilement vivable. A Kandor, les gens sont organisés en castes, avec les militaires, les faiseurs de loi, les scientifiques… A défaut d’y reconnaître des traces de Terminator, le lien avec des films comme le Labyrinthe, Hunger Games mais surtout Divergente est indéniable. D’un autre côté cela est cohérent avec la cible habituelle des séries diffusées par la chaine SyFy (à ce compte-là, il aurait cependant été plus logique de penser à une série Legion of Super-Heroes, qui s’y prêtait mieux).

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On avait dit pas les mamans

Dans ce premier épisode la série Krypton s’intéresse surtout à nous montrer le périmètre, le monde sur lequel elle se déroule. Pour ce qui est des effets spéciaux, s’ils sont plus ou moins inspirés selon les scènes, on sent clairement qu’on est à un autre niveau que des productions comme Inhumans (ouf) ou même la récente escapade futuriste des Agents of S.H.I.E.L.D. Producteurs et décorateurs ne se sont pas contentés de monter en biais quelques étagères Ikea pour singer une culture étrangère. On reste cependant dans quelques raccourcis faciles (dans une société où le couvre-feu est décrété pour les sans-castes, la mère est quand même super-experte pour se procurer comme ça un vaisseau pour aller et venir en dehors de la barrière). Et certains éléments ne collent pas avec les différentes versions de Krypton vues ces huit dernières décennies, notamment le bar façon Cantina de Star Wars. Encore que les scénaristes aient pour eux de couvrir une période peu montrée de la planète, ce qui laisse de la marge. C’est plutôt Seg-El en mode kéké du quartier,insultant les mamans et les soeurs de ses adversaires, qui demande à convaincre. Au lieu de faire écho à Terminator, il se rapproche peut-être plus du Kirk des films Star Trek modernes, avec ce double angle du type honnête mais qui se fout dans la panade tandis que, peut-être, on vole à sa famille la vie qu’elle aurait pu avoir. Surtout, on ressent très peu d’empathie pour lui, ne serait-ce que parce que plusieurs fois on voit certains proches se sacrifier pour lui sans que Seg fasse réellement mine d’ouvrir la bouche pour dire qu’il est le réel responsable. En fait, beaucoup de temps est passé à nous montrer Krypton, ses usages, ses décors… mais on aborde assez peu les contours de l’histoire et le personnage est finalement le principal artisan de la disparition de certains proches. A ce niveau-là on se dit que les ennemis de Superman n’ont pas besoin de remonter le temps, que Seg fait de lui-même un excellent boulot pour détruire la famille El. A ce sujet, ce ne serait d’ailleurs pas un mal qu’Adam Strange se souvienne que si on efface cette lignée ce sont deux super-héros qui sont menacés… Mais seul Superman semble l’intéresser tandis qu’il parle à celui qui est, aussi, destiné à devenir le pépé de Supergirl.

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Un début poussif

Krypton n’est pas catastrophique et on évite certains comportements caricaturaux parfois croisés dans les séries Supergirl ou Legends of Tomorrow. Mais les personnages manquent à ce stade de charisme, le plus souvent à cause de l’écriture. Parmi les acteurs, l’ancêtre Val-El est l’un des seuls à donner un peu d’envergure. Mais il n’est pas rare qu’un premier épisode soit plus poussif que la suite. Et on demande à voir ce que donnera l’histoire une fois qu’Adam Strange, Brainiac et d’autres (la Voix de Rao, par exemple) prendront plus d’ampleur. Il y aussi des pistes possibles (par exemple les prêtresses voilées qui suivent la Voix font qu’on se demande s’il n’y a pas matière à injecter certains personnages de Dark Knight III). Mais pour l’instant Seg-El est un héros pour lequel on a bien peu d’intérêt et qui vise de manière inégale un public ado. Rien d’irréparable mais pour l’instant on en reste à un peu mieux faire…

[Xavier Fournier]