[FRENCH] Comme une provocation, une semaine après la journée mondiale de la femme, on me propose de lire et de chroniquer Alice au Pays des Merveilles, un artbook édité chez Milady. Pour une fois, pas de long scénario, ni de bulle racontant une histoire improbable : c’est le principe de l’artbook ! En échange d’une certaine paix intellectuelle, une myriade d’illustrations d’Alice et de ses copines réalisées par les meilleurs dessinateurs du coin. Mais n’allez pas imaginer de jolies Alice, toutes innocentes, rêvassant sous un arbre, croisant un petit lapin blanc, mignon comme tout et portant une énorme montre à gousset. Que nenni ! Il s’agirait  plutôt d’une Alice qui, en poussant la petite porte au bout du tunnel, aurait atterri à Las Vegas et serait devenu strip teaseuse par amour de l’art !

Chaque page est un moment de la vie fabuleuse de notre héroïne : Alice joue avec son lapin topless, Alice regarde la taille des sous vêtement de sa copine, Alice se penche pour ramasser un champignon, Alice a coincé son string dans les dents du chat, Alice à oublié de remonter sa culotte qui tombe sur ses genoux, Alice rencontre le chapelier fou… Bref, un bonheur pour les yeux, un régale pour les sens… enfin si l’on est un homme ! Une fois de plus, le monde des comics m’a poussé à m’interroger (comme quoi ça peut faire réfléchir). Pourquoi les femmes sont elles toujours réduites à un objet quasi sexuel dans les comics ? Pourquoi tant de sexisme ?  La première réponse qui me vient à l’esprit concerne le lectorat même de ces bandes dessinées. Ces hommes qui lisent des comics n’ont peut-être jamais dépassé le stade affectif de l’école primaire : ils aiment encore regarder sous les jupes des filles pour voir à quoi ressemble le monde. Et une Alice qui se baisse aussi facilement pour ramasser des champignons, forcément ça leur parle. Certes, c’est un peu facile, mais Freud serait d’accord avec moi : dépasser le stade annale est indispensable pour l’épanouissement de l’homme !

Plus sérieusement, j’ai lancé le débat au sein de la rédaction et de l’avis de deux inconditionnels de comics, il n’y a rien de dégradant pour l’image de la femme dans ce genre d’illustrations. Pour eux, ce ne sont ni plus ni moins que des Pin Up modernes et ils apprécient avant tout la patte des illustrateurs. Regarder la petite culotte d’Alice est totalement secondaire. Nous serions donc face à un art qui peut se permettre de dénuder de jolies jeunes filles aux formes généreuses sans pour autant les réduire à des figures érotiques. Il est vraie que des illustrations de filles à moitié nues dans des poses plus que suggestives n’ont aucun caractère sexuel ou en tout cas ce n’est pas le premier que l’on remarque ! Comme je ne peux pas me permettre de remettre la bonne foi et l’intégrité intellectuelle de mes collègue en question, j’en déduis qu’ils ont gardé de la femme une image d’Épinal et que cet Artbook d’Alice au Pays des Merveilles à la même valeur artistique que L’origine du monde de Courbet ou la Naissance de Vénus de Botticelli.

Après tout je suis peut-être un peu intégriste et les costumes légers des héroïnes de comics ont finalement leur utilité : elles ont besoin d’être à l’aise pour faire toutes leurs acrobaties et sauver le monde ! Et effectivement il n’y a aucune tenu plus confortable que celle d’Ève. Laissons à tous ses fans de comics le bénéfices du doute. L’innocence de l’enfance qu’ils ont su garder pour pouvoir être encore emportés parar le volume 1592 des aventures d’Iron Man et la dixième saison de Smallville ne nous permet pas de penser qu’il y ait une once de malhonnêteté dans leur propos. Je pourrais commencer à en douter le jour où je verrais fleurir des posters à caractère pornographique dans les bureaux. Mais heureusement nous n’en sommes pas (encore ?) là !

[Mathilde Reveyron]