Avant-Première VO: Review Patsy Walker AKA Hellcat #1[FRENCH] Après que Patsy Walker/Hellcat ait gouté à une exposition médiatique dans la série TV Jessica Jones, Marvel Comics tente de capitaliser sur la chose, ce qui est plutôt une bonne idée. Mais l’exécution de la chose est un véritable accident industriel, une « fausse bonne idée » avec en plus ce handicap ajouté qui fait qu’on se demande pourquoi la dessinatrice semble brouillée avec les mensurations de l’héroïne, d’une case à l’autre…

Patsy Walker AKA Hellcat #1Patsy Walker AKA Hellcat #1 [Marvel Comics] Scénario de Kate Leth
Dessins de Brittney L. Williams
Parution aux USA le mercredi 23 décembre 2015

Patsy Walker peut se transformer magiquement en Hellcat, super-héroïne qui – ne me demandez pas pourquoi – perd une vingtaine de centimètres selon qu’elle soit en costume de super-héros ou pas. Pour une raison qui m’échappe, Brittney L. Williams a choisi de représenter Hellcat en « hyper-deformed » version bouboule quand elle est en action. Bon, mettons que ce soit un choix pour lorgner plus sur le manga mais la vérité c’est que l’héroïne n’arrête pas de changer de configuration d’une case à l’autre, comme si l’artiste était incapable de la représenter de façon cohérente. S’ajoute à ça une sorte de discours scénaristique qui se veut assez tendance mais semble en même temps contreproductif. Ainsi Hellcat est sur le point d’arrêter un voleur mais le combat s’arrête quand les deux personnages se rendent compte qu’ils sont fans de la même comédie musicale. Alors tout est oublié, pardonné, et ils décident en quelques pages de devenir colocataires et les meilleurs amis du monde. Du coup, tout au long de la lecture, on comprend que Patsy Walker AKA Hellcat est une sorte de sous-Squirrel Girl, avec la confirmation en fin de numéro que la série se veut « all-ages ». Or, ce n’est pas le cas. La légèreté du scénario n’en fait pas une lecture pour tous les âges, non. Au mieux on s’adresse aux petites filles de six ans. En soi, ce n’est pas un mal, il faut aussi des choses à lire pour les petites filles de six ans. OK. Mais d’une part cela n’excuse pas le fait de ne pas savoir représenter le même personnage d’une case à l’autre et, plus important, on surfe sur un gigantesque quiproquo…

« I’m sensing some confusion here… »

Il y a ces temps-ci dans l’univers des comics un quiproquo assez généralisé sur la notion de diversité, qui veut que pour troquer les silhouettes de poupées Barbie trop omniprésentes on est passé vers un autre modèle « vraiment trop trognon » de jeune fille. La vraie diversité, c’est autre chose. C’est le choix. Plein de portraits différents, qui soient le reflet de la complexité de ce que la société peut offrir. Ce n’est pas remplacer des pommes par des oranges mais proposer une corbeille de fruits variés où, dans l’idéal il y en aura pour tout le monde. Patsy Walker a été remise au goût du jour à travers Jessica Jones, une série TV qui est tout sauf destinée aux petites filles de six ans pour le coup. La mise en avant du nom de Patsy, le « AKA » et le fait que les personnages réagissent de la même manière à sa popularité dans le récit, tout ça témoigne qu’à un moment Marvel s’est dit « Patsy/Trix Walker est connue du grand public maintenant, allons-y… ». Sauf que le contraste est gigantesque entre les deux versions du personnage. Le public de la série TV ne risque pas de se reconnaître là-dedans. Mais, surtout, c’est passer totalement à côté d’une opportunité. A l’heure actuelle, Marvel ne dispose pas/plus d’un comic-book à la Alias/Jessica Jones. Et on comprendra bien que tout relaunch qui ne serait pas l’œuvre d’un Brian Bendis et Michael Gaydos souffrirait d’un déficit de légitimité. Avec le principe de base d’un comic-book Patsy Walker AKA Hellcat, il y avait donc le potentiel pour faire un spin-off, une série un peu noire que Marvel n’a pas dans sa gamme à l’instant T. En lieu et place, on a donc quelque chose qui est un sous-She-Hulk, sous-Squirrel Girl, qui pense qu’en visant le « mignon » on n’a pas besoin de s’embêter avec les détails du scénario ou le storytelling visuel dans la page. Donc ok, j’ai compris, ce n’est pas pour moi. D’accord. Mais alors pour qui est-ce ? Car, quand bien même, si pour les fêtes je devais conseiller une lecture à une petite fille anglophone, ce n’est très certainement pas vers Patsy Walker AKA Hellcat que le choix se porterait. A moins de considérer qu’une fillette ne mérite qu’une succession d’effets Kawaii cheaps et pas une histoire réellement structurée (et une fois encore, sur le même créneau, Marvel a déjà d’autres séries)… J’ai quand même du mal à croire que « PWAKAH » va trouver sa place dans le marché actuel.

[Xavier Fournier]