[FRENCH] Non seulement la fin du monde est proche mais c’est déjà presque un ancien souvenir pour les sujets du seigneur Darius, qui vivent dans l’ombre de tours dévastées, derniers vestiges de ce qu’était la civilisation avant un grand affrontement atomique. Les derniers survivants ont régressé vers un système féodal mais les humains restent à la merci de monstrueux mutants. Darius et sa « grande armure » sont la dernière lueur d’espoir. Et Darius, lui, n’a pour espoir que son fils.

Last Reign #1 [Boom!]
Scénario de Walt Becker, Michael Alan Nelson
Dessins d’Ed Estevez
Sortie américaine : Mercredi 12 novembre 2008

Première constatation, Ed Estevez apporte des graphismes très cohérents à cette nouvelle minisérie. Ici pas de décrochage de style comme nous le notions dans Gavelston. L’ambiance reste homogène du début à la fin dans cette description du domaine de Darius, sorte de baronnie où les humains peuvent vivre en paix en espérant qu’aucune bête ne s’échappe du grand dépotoir qu’est devenu le monde extérieur. Mais des bêtes, il en vient cependant de temps en temps et il ne reste plus alors qu’à compter sur la chance et sur Darius, descendant des Huit et dépositaire d’une Grande Armure (un exosquelette qui améliore visiblement ses capacités). En dehors de cette armure la technologie a complètement disparu et les gens se déplacent à chevaux, dans une atmosphère de privation. Beaucoup de gens ont oublié que les « bêtes » sont en fait des mutants, qu’il s’agit de post-humains vivant dans des ruines radioactives. Même le fils de Darius est étonné quand il l’apprend. Et pourtant c’est dans ce fils, Alston, que réside l’espoir du châtelain. Il représente son futur. D’autant qu’Alston est jeune mais que ses progrès au combat sont prometteurs.

Mais ce monde est plus qu’une séparation humains/monstres mutants. Le domaine de Darius s’intègre dans un empire bien plus large, tenu par des fanatiques en partie mutés. Ces derniers ont une chose en commun avec les « bêtes »: les humains les intéressent. Au mieux en temps qu’esclaves, au pire comme une ligne au menu. L’arrangement que l’empire propose à Darius est simple : continuer d’exister à partir du moment où Darius s’engagerait à fournir une taxe. Il s’agirait d’offrir une poignée de sujets chaque année. Darius a alors une réponse proche de celle de Léonidas roi des Spartes : il préfère mourir la tête haute que renoncer à ce qui lui parait acceptable. Et pourtant Darius n’est sans doute pas prêt à payer le prix de sa noblesse d’esprit. En tout cas la fin de l’épisode fait de lui un homme marqué.

Les univers post-apocalyptiques ne passent pas toujours très bien en BD. Les civilisations féodales non plus. Disons que ce sont des exercices délicats où les scénaristes s’égarent souvent, en particulier dans les dialogues, à force de trop vouloir faire dans la décoration. Ici Michael Alan Nelson s’en tire plutôt bien, avec un contexte qui d’un côté est rapidement défini mais de l’autre laisse sa part de mystère (qu’étaient les Huit, qu’est ce qu’une Grande Armure…). Last Reign commence assez bien et cette minisérie devrait être intéressante à suivre…

[Xavier Fournier]