[FRENCH] Le voici donc, le premier épisode du nouvel univers DC (si on fait exception des dernières pages de Flashpoint). A n’en pas douter le comic-book qui fera parler le plus (en bien ou en mal) de la semaine ou même du mois. Même sans ses retombées cosmogoniques, un renouveau de la Justice League par Johns et Lee était certain d’attirer l’attention. Alors avec l’effet relaunch en plus… Mais au final, qu’est-ce que Justice League #1 a vraiment dans le ventre ?

Justice League #1 [DC Comics] Scénario de Geoff Johns
Dessin de Jim Lee
Parution aux USA le mercredi 31 août 2011

Batman est une légende urbaine. L’existence de Green Lantern, personnage pourtant plus criard, est elle aussi méconnue par l’opinion publique. Ce qui fait que quand ces deux-là se croisent alors qu’ils chassent une même créature mystérieuse, ils tombent pratiquement des nues en se retrouvant pour la première fois de leur vie face à un autre super-héros. Batman, jusqu’ici, avait prospéré dans la discrétion. Green Lantern (Hal Jordan) est, lui, comme un éléphant dans une boutique de porcelaines. Mais bien vite un troisième héros va s’ajouter à la distribution… Et voilà résumé, en gros, le premier épisode de la nouvelle mouture de la Justice League. Un épisode qui se lit à une vitesse effarante alors qu’il fait pourtant partie des seuls titres que DC conserve à 3,99$ ! Il faut dire que la narration visuelle laisse beaucoup à désirer. Je ne sais pas si cette nouvelle manière de découper les pages (nombreuses sont celles qui ne font que trois ou quatre cases) est réellement pensée, comme on a bien voulu le dire, en prévision d’une lecture sur tablette… ou si, au contraire, ce ne serait pas plutôt pour faciliter la tache à Jim Lee en termes de cadences (moins de cases par pages c’est aussi moins de silhouettes à dessiner) mais le résultat est là : on referme le numéro en se disant que c’est un peu court et dans tous les cas pas très dense. Sur le dessin en lui-même il n’y a rien qui « cloche » : on retrouve le même dessinateur que sur All-Star Batman. Le lecteur ne peut pas prétendre être pris par surprise. Mais, justement, j’ai l’impression de retrouver la même cadence que sur les premiers All-Star de Lee, avec les fameux quatre épisodes qu’il avait fallu pour rouler jusqu’à la Batcave tandis que Batman se contentait de répéter à qui voulait l’entendre qu’il était le « Goddamm Batman »… S’il faut trois ou quatre épisodes pour que les personnages centraux arrivent à tous se croiser et quelques autres numéros avant qu’ils décident de fonder la Ligue, ça promet… Là, pour le coup, Justice League #1 bat les records en termes de vitesse de lecture et, pour 3,99$, vous vous offrez presque l’impression d’être Barry Allen !

Mais, en ce qui concerne cette désagréable impression, le dessin n’est pas le seul en cause. Geoff Johns livre ici un des scénarios les plus « light » qu’il m’ait été donné de lire au fil de sa production (comparé à Flashpoint sorti le même jour la différence de niveau est sidérante). Certes, il y a de bonnes phrases, la discussion Batman/Hal sert d’épine dorsale au numéro et véhicule une certaine ironie. L’impression que ça donne, aussi, avec ce Batman en bisbille avec les forces de l’ordre, c’est que chronolohiquement on est très proche du Batman de Year One (ce qui reviendrait à confirmer déjà la validité d’une saga ancienne dans ce nouvel univers). Mais bon sang que c’est court. Je veux bien qu’on s’adresse à un nouveau lectorat « hyperactif » mais là, ca sonne creux, qu’on le lise en version papier ou numérique. Bon, maintenant, ne soyons pas naïf, ce comic-book là est assuré de marcher. Les dès sont déjà jetés, les exemplaires précommandés… Je ne me fais pas de souci pour DC et son chiffre d’affaire en septembre. Et Justice League, d’une manière où d’une autre, devrait très bien marcher dans les mois qui viennent. Je ne ferais pas non plus l’erreur de juger tout le nouvel univers DC sur la seule lecture de ce numéro d’une seule série. Je serais en effet très étonné si toutes les créatives teams utilisaient une narration si décompressée. Mais pour un numéro très très attendu qui est supposé convaincre de nouveaux lecteurs et aider à booster les séries moins en vue, Justice League #1 est très poussif. Ce n’est pas le rattage du siècle (n’oublions pas la relative illisibilité de Justice League of America ces derniers mois) mais la mention « doit mieux faire » scintillerait presque sur la couverture. JLA #1 par Morrison et Porter avait, en son temps, une autre pêche. Et même le Justice League of America #1 de Brad Meltzer était bien plus riche, bien que pas sans défaut. Pris comme le numéro d’une nouvelle série, ce Justice League #1 est en deça de ce qu’on pouvait attendre. Si on le considère comme le fer-de-lance de la nouvelle gamme de DC, on se dit que l’éditeur a encore bien des choses à prouver… Peut-être que le nouvel univers DC sera bien (ou pas). Mais, pour l’instant, ce qui devait être l’entrée en matière semble bien petit… Une impression qui, espérons-le, s’estompera dans les numéros à venir…

[Xavier Fournier]