C’est bien connu, les différentes réalités de DC sont connectées entre elles. Tenez, il suffit qu’Harley Quinn jette un oeil dans un comic-book pour qu’elle se… regarde ! D’où un effet d’effondrement des barrières entre les dimensions. Harley Quinn est-elle vraiment responsable de la destruction du Multivers DC ? En tout cas c’est à elle de le réparer. Autant que dire que la réalité est dans de sales draps.

Harley Quinn #50Harley Quinn #50 [DC Comics]
Scénario de Sam Humphries
Dessins de John Timms, Whilce Portacio, Agnes Garbowska, John McCrea, Kelley Jones, Jon Davis-Hunt, Brett Booth, Guillem March et d’autres…
Parution aux USA le mercredi 19 sep 2018

Alors que Harley Quinn fête son cinquantième numéro (en tout cas pour le présent volume), Sam Humphries propose une histoire autonome qui fait que même si on n’a pas lu depuis des lustres les aventures de l’ex-psy ravagée on n’est pas perdu pour autant. En fait « Destroys DC Continuity » (le titre de l’épisode a, sous, un certain angle, le parfum d’un épisode de Deadpool, le grand rival de la maison d’en face… Mais aussi un peu de Multiversity et même, un peu du film Infinity War (en empruntant l’effet final quand les gens sont effacés). La continuité est cassée, les réalités s’effondrent et, comme elle était au centre de la cassure, Harley se retrouve à chaque destruction d’un monde projetée dans le suivant. Cet épisode, en fait, c’est une sorte de mille-feuilles où l’on a dit à chaque dessinateur « vas-y, fais-toi plaisir, dessine un univers DC comme tu veux ». Chaque segment propose donc une réalité différente, aussi vite produite qu’oubliée. Si ce genre de livre-chorale fait (aussi) un peu penser à World’s Funniest (avec le même procédé de zapping de mondes), les dessinateurs ne s’occupent guère de storytelling et balancent un peu leurs pages au petit bonheur la chance. Elles sont parfois jolies mais – pour la plupart – un peu chaotiques. Du coup, certains « gags » trainent un peu la patte (par exemple le sens du « fun » dans la scène d’un jeune Bruce Wayne devenu expert en art martiaux est très… relatif). D’autres passages sont (potentiellement) plus marrants (le monde des pirates ou la Justice League of Dinos). Mais entre le potentiel et l’avéré, il y a un pas. Globalement, cependant, ce numéro l’emporte à l’élan. Les haltes individuelles d’Harley ne sont pas forcément inoubliables mais l’ensemble se lit assez bien.

« Dan and Jim are going to kill me if I don’t put this back together, fast! »

D’autant qu’il y a des moments plus inspirés, comme la rencontre avec Lobo. Harley et Lobo dans la même scène, ce n’est forcément pas de tout repos. Les fans de continuité en seront quittes, aussi, pour jongler avec des scènes de foules de héros qui ramènent aussi bien Carrie, la Robin de Dark Knight, que Superboy (Kon-El) ou la Batwoman des origines (y compris aussi un Thunderbolt de Charlton dont j’aurais pu jurer que DC n’avait plus les droits). Et puis, comme toutes les Crisis, il y a la question des conséquences. Et pour le coup l’épisode s’achève en ramenant un personnage ancien… encore que cela n’a rien à voir avec Rebirth et le retour d’un Wally West. Il y a même de bonnes chances que la plus grande partie du lectorat se demande de qui il s’agit. Mais on peut parier qu’il va jouer dans les aventures d’Harley le rôle d’un nouveau « clown blanc », un type hyper sérieux et daté qui va rajouter du contraste au délire de la jeune femme. A moins qu’ils essaient de s’entretuer, ce qui est possible aussi. On aurait aimé que le casting des dessinateurs nous propose quelque chose de plus tranché et maîtrisé. Mais c’est quand même un numéro marrant au bout du compte, sans prise de tête.

[Xavier Fournier]