Spider-Woman est désormais la garde du corps d’une jeune fille avec qui elle sympathise… tandis que le courant ne passe vraiment pas avec son véritable client, le père de l’adolescente. Alors que l’héroïne a le sentiment qu’il lui cache des choses, l’enquête se complique avec un retour vers une contrée connue de Marvel et… des hommes dinosaures. Vous avez dit « bizarre ? »

Spider-Woman #3Spider-Woman #3 (Marvel Comics)
Scénario de Karla Pacheco
Dessin de Pere Pérez
Parution aux USA le mercredi 19 août 2020

Dans la conjoncture de 2020, entre l’épidémie, les confinements et les soubresauts de l’industrie des comics, il est difficile, voir impossible, de deviner l’avenir de séries qui n’ont pas le nom de Batman ou des Avengers estampillés sur la couverture. Bien que Spider-WOMAN puisse être indirectement rattachée à Spider-MAN, Jessica Drew n’échappe pas à cette incertitude… Et c’est bien dommage car Karla Pacheco en trois épisodes a déjà établi une véritable note d’intention qui fait que son run a le potentiel d’être le plus intéressant, le plus authentique de Spider-Woman depuis Ann Nocenti dans les années 80. Certes entre-temps la femme-araignée est passée dans diverses mains, a été chasseuse de skrulls ou connu la maternité. Mais l’approche de Pacheco a quelque chose de naturel pour le personnage, en bâtissant sur l’historique de Jessica. Et la chose vaut d’être soulignée car le nouveau costume de Jess pourrait faire croire que l’idée est de la renvoyer à un rang de subalterne, de sous-Spider-Man. Bien au contraire la scénariste construit son intrigue autour de la personnalité et de la nature propre de sa protagoniste. En quelques épisodes on a déjà vu un retour à un rôle de détective/mercenaire/garde du corps qui était la marque de fabrique de SW dans les épisodes de Claremont puis de Nocenti. Pacheco écrit aussi Jess en lui donnant un caractère de cochon dont s’amuse sa jeune protégée. Mais l’autrice fait tout cela en s’arrangeant pour ne pas faire double emploi avec des choses vues ces dernières années avec Jessica Jones. La Spider-Woman de Pacheco a une mentalité propre, c’est certain. Mais la scénariste va encore plus loin en nous rappelant, dès la fin de l’épisode, qu’il y a bien des choses au sujet de Spider-Woman qui n’ont été évoquée que brièvement, à l’occasion, et que tout cela laisse beaucoup de place pour qui veut broder sur l’histoire de Jessica.

« SURE, SURE. YOU’RE EXTREMELY COOL, JESS. »

Le dessinateur Pere Perez produit des pages efficaces, ce qui n’est pas une mince affaire puisque le costume de Spider-Woman, bien qu’inspiré de celui de Spider-Man, fourmille de détails tout en étant moins connu. Rien que la tâche de représenter Jess dans toutes ces cases est, en un sens, une toute autre affaire que dessiner d’autres héros. Le scénario de Pacheco n’épargne rien à Perez puisqu’il lui faut alterner avec des décors comme un complexe industriel, une ferme, l’intérieur d’un avion etc… Perez s’en tire pas mal, encore que pas toujours aidé par la mise en couleur, qui a tendance à égaliser les lumières et les ambiances. Là où le dessinateur pêche un peu, c’est dans sa narration et sa découpe des cases. Par exemple dans une page où Jess frappe l’agresseur de Rebecca de son « venom blast », on a six cases (ce qui est dans la moyenne des pages de comics) mais agencées de manière désordonnée, certaines étendues dans la largeur et d’autres alignées en oblique. C’est encore plus évident quelques pages plus loin dans une scène de crash. Perez dessine assez bien les personnages mais peine un peu quand il s’agit de scénographier les moments d’action. Ressort de tout cela un sentiment de « premier degré » qui serait totalement différent si la colorisation créait une hiérarchie dans les plans. Le dessin de Perez n’est pas désagréable mais pas inoubliable. On a surtout l’impression que bien encadré éditorialement il pourrait être bien plus performant. Mais le scénario tient la rampe et nous propose une extension de l’univers de Spider-Woman dont on est curieux de voir jusqu’où elle ira. Le prochain numéro devrait fournir, déjà, quelques pistes d’explication.

[Xavier Fournier]