Adam Strange réapparaît dans le radar de DC Comics à la faveur de cette minisérie produite essentiellement par l’équipe créative de la récente série Mister Miracle (à laquelle on rajoute Evan Shaner). D’où une curieuse impression au démarrage. Si cela fait des années, même des décennies, que DC n’a pas autant mis l’accent sur Adam, une grande partie de ce premier épisode fait « déjà vu », avant de trouver sa vitesse de croisière.

Strange Adventures #1Strange Adventures #1 (DC Comics/Black Label)
Scénario de Tom King
Dessin de Mitch Gerads et Evan « Doc » Shaner.
Parution aux USA le mercredi 4 mars 2020

Adam Strange est revenu sur Terre et y a écrit ses mémoires. Fini les voyages dans l’espace. Avec sa femme, il se contente de suivre sa tournée de dédicaces et de se laisser porter par sa popularité. Mais il y a comme un vide, un sentiment forcé qui est brièvement battu en brèche par l’intrusion d’un homme qui l’accuse d’avoir menti. Heureusement personne ne croit l’accusateur. Mais alors pourquoi Adam et son épouse, Alanna, se mettent-ils à surveiller cet inconnu ? On connait les marottes de Tom King, alimentées par ses propres expériences professionnelles : le retour à la vie civile, au calme, d’un guerrier qui, malgré un appétit affiché de normalité, porte en lui un traumatisme qui fait qu’il est toujours en guerre, au moins dans un coin de sa tête. Adam Strange promenant son spleen dans sa chambre d’hôtel, conseillé par une épouse impassible, a des furieux airs de redite de choses déjà faites dans Mister Miracle. Vous nous direz que selon qu’on ait aimé ou pas Mister Miracle c’est une bonne chose mais non. Si ceux qui n’ont pas aimé le précédent projet de King et Gerads sont assurés de ne pas mieux s’y retrouver cette fois, ceux qui ont aimé vont d’abord avoir la singulière impression de se faire refiler un scénario très proche, pas identique mais très voisin, dans lequel on aurait changé les noms propres. Si cette impression demeure pendant les deux premiers tiers de l’épisode, cependant, elle s’estompe par la suite quand Tom King introduit une « complication », une variation qui n’existait pas avec Mister Miracle. Strange Adventures, en effet, c’est avant tout un récit de genre. Mais alors qu’on pouvait s’attendre à de la Science-Fiction, le récit se révèle être une « crime story », qui a même son équivalent de Columbo.

« Can I sign a book for you? »

Il y a deux visions du monde dans cette histoire, deux visions qui sont supposées se suivre chronologiquement mais dont on pressent qu’elles ne cohabitent pas réellement. D’ailleurs, connaissant ce qu’a pu faire King sur d’autres séries (les hallucinations du héros dans Batman ou les souvenirs virtuels dans Heroes in Crisis), on se gardera bien de tout prendre pour argent comptant. Mais la répartition des pages (avec Gerads qui raconte la « vie civile » et Shaner la « vie héroïque ») opère assez bien. On lit tout ça de manière naturelle, sans tiquer sur les variations d’ambiance puisqu’elles sont intégrées dans l’histoire. On appréciera aussi l’intervention de l’autre protagoniste de la série, puisque visiblement cela va être une sorte de team-up (ou bien un « versus », c’est possible aussi). Le fait qu’Adam Strange ait besoin d’aller chercher de l’aide ailleurs et de faire entrer dans la boucle un personnage bien identifié (celui rencontré sur la fin) fait que justement on ouvre une porte différente des projets récents. Même si Heroes in Crisis aussi pouvait se définir comme une crime story, le fait de faire entrer si tôt un enquêteur connu pour son efficacité change la donne. On n’est plus dans la confusion du héros. Si elle existe encore, elle doit se mesurer à une présence beaucoup plus pragmatique. Autant dans les premières pages on doute, autant sur la fin de l’épisode la promesse de l’histoire nous donne quelque chose d’autre. On pique beaucoup mieux notre intérêt en tout cas. A voir donc, à partir du problème exposé, comment le destin des personnages va basculer.

[Xavier Fournier]