Dans le futur, Hulk vit un véritable rêve éveillé. Membre des Avengers, il connait le bonheur auprès de son épouse et de ses enfants. Alors tout va pour le mieux ? Bien sûr que… non puisque Peter David, épaulé par German Peralta et Dale Keown, entreprend de nous raconter les origines de l’incarnation la plus terrible de Banner/Hulk : le malfaisant Maestro. Le géant vert se prépare donc un réveil particulièrement violent.

Maestro #1Maestro #1 (Marvel Comics)
Scénario de Peter David
Dessin de German Peralta & Dale Keown
Parution aux USA le mercredi 19 août 2020

Au demeurant c’était simple : Un jour, en marge du célèbre « run » de Peter David sur la série Incredible Hulk, l’auteur entraîne son vert héros dans l’avenir, à la faveur de la minisérie Future Imperfect. Là, le Hulk du « présent » découvre qu’il est destiné à devenir une sorte de dictateur surpuissant, le Maestro ayant à l’évidence éliminé tous les super-héros qui auraient pu le gêner. Par la suite le Maestro est devenu un ennemi semi-régulier de Hulk ou même des Exiles. Mais près de trente ans plus tard Peter David revisite ce futur alternatif en s’intéressant à ce qui a fait basculer le « géant vert ». Un « combo » intéressant puisque l’on sait que le scénariste a une légitimité sur le personnage de Hulk mais de plus a souvent faire des choses intéressantes avec la notion de futur (Spider-Man 2099, par exemple) et des personnages instables et amoraux (son Captain Marvel). L’origine du Maestro, plus qu’un simple coup d’état planétaire, raconte une époque où les gens sont devenus trop cons et provoqués eux-mêmes la perte de la planète (selon la formule consacrée « toute ressemblance avec la réalité… »). Du coup être le « bon gars de service » n’a plus de sens. Hulk découvre cette nouvelle donne alors qu’il n’est pas encore le Maestro mais a déjà tout perdu. David en profite pour placer quelques références inattendues, comme une vanne à l’attention de la version ciné de Black Widow. La minisérie se place thématiquement un peu à mi-chemin entre Old Man Logan (bien que Hulk y connaisse un sort très différent) et Batman: Last Knight On Earth, mais avec cette sensation que Peter David pourrait très bien tenir des années sur le destin de ce Hulk qui n’a plus rien.

« WE WON’T WARN YOU AGAIN!’

Bien que l’essentiel de la série Maestro soit dessiné par German Peralta, Marvel joue sur l’effet de réunion des noms de Peter David avec Dale Keown (artiste devenu très rare dans les pages intérieures). David et Keown fûrent, en un autre temps, une équipe créative phare d’Incredible Hulk. Pour le coup les scènes de Keown sont assez bien intégrées dans l’histoire. Elles ont une raison scénaristique de faire le lien avec l’époque où Hulk était intelligent (et donc le fameux run David/Keown). Mais pour autant il ne faudrait pas passer sous silence le travail de Peralta qui fait le portrait d’un monde en ruines et délabré. Dans des conditions idéales, la santé de G. Pérez ne l’aurait pas forcé à prendre sa retraite et l’artiste originel de Future Imperfect aurait sans doute lui aussi moyen de glisser quelques pages. Hélàs ce n’est guère possible et, faute de pouvoir nous proposer ce cocktail, Peter David et les deux dessinateurs nous proposent une série intéressante qui démontre que le destin du Maestro n’est pas aussi « écrit par avance » qu’on pourrait le croire. Il reste à l’évidence du terrain à couvrir. Et c’est tant mieux.

[Xavier Fournier]