wolverine59.jpg[FRENCH] Logan est mort ! Vous me direz, on s’en balance : non seulement c’est monnaie courante dans les comics, mais lorsque, en plus, le héros possède un pouvoir auto-régénérant, la chose perd beaucoup de son intérêt. Oui, sauf que, cette fois, si, comme à l’accoutumée, son corps s’est parfaitement réparé, son activité cérébrale est restée de l’ordre du végétal. L’âme de Wolverine serait-elle en grève… ?

Alors qu’il exécutait une banale mission « black ops » (traque, assassinat, voire carnage – bref, la routine…) avec sa compagne du moment, Wolvie s’est fait dynamiter la tête par un mystérieux inconnu. Depuis, son âme est restée dans les limbes du souvenir. Et il en a des souvenirs… En particulier ceux qui le ramènent à l’un de ses premiers carnages, la « Grande Guerre » de 14-18. Seul survivant d’une boucherie particulièrement sanglante, il y avait affronté un étrange sabreur, particulièrement déplacé dans le décor. Après enquête, Dr. Strange a découvert que l’homme n’était autre qu’Azraël, le héraut funèbre des enfers, le collecteur des âmes. Mais, fait sans précédent, Logan a quelque peu changé la donne en triomphant de cette première confrontation.

Depuis, à chaque fois qu’il frôle la mort, il retourne dans les limbes où l’attend un Azraël avide de revanche. Et, à chaque fois, le résultat reste le même : Logan – Beaucoup ; la mort – zéro. Jusqu’à aujourd’hui… Est-ce le meurtre de sa nouvelle amante ? Toujours est-il que Logan a perdu l’envie viscérale de se battre, de conquérir sa prochaine tranche de vie à la pointe de ses griffes. C’est parti pour une petite séance d’auto-thérapie sous forme d’affrontement avec les reflets du passé. Wolverine contre Logan…

Howard Chaykin est visiblement inspiré par le scénario. La dimension trans-temporelle du récit lui sied bien – c’est dans les scènes de 14-18 qu’il est le plus à l’aise. Son dessin se fait plus lisible qu’à l’accoutumée, les lignes sont plus épurées et le résultat convainc même ses détracteurs les plus acharnés.

Guggenheim, pour sa part, est égal à lui-même : son Wolverine est l’un des plus intéressants qu’il nous ait été donné de lire depuis des années. Comme l’avait souligné Greg Rucka du temps où il officiait sur la série, il est très délicat de raconter plus de trois histoires fondamentalement différentes autour de ce personnage.

Non seulement, Guggenheim y parvient mais, cerise sur le gâteau, il inscrit « son » Wolverine dans la continuité, profitant de cet épisode introspectif pour raccorder ses wagons à la locomotive qu’est la vie du griffu. Sur le papier, son approche semble assez proche de celle de Claremont et Miller dans « Je suis Wolverine » (le combat entre l’homme est la bête) mais la relecture de Guggenheim trouve ses marques de manière crédible.

Le seul bémol, en fait, c’est que le coup de déprime de Wolvie tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. L’idée est bonne mais pas très bien amenée, dans le sens où l’on n’a pas franchement vu de signes avant-coureurs durant les deux dernières années.

On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec les Daredevil de Bendis : avant que ne tombe le verdict de la dépression, Murdock se comportait de manière étrange, parfois aux antipodes de la personnalité qu’on lui connaît, donnant tout son poids à l’explication rétrospective. Ici, l’effet est moindre, même si, répétons-le, parfaitement bien écrit et réalisé. En revanche, les conséquences possibles de l’épisode sont riches de potentiel.

Espérons juste que ce ne sera pas simplement un arc de plus avant de laisser les rênes de la série à un autre scénariste qui choisirait de ne pas en tenir compte…

[Antoine Maurel]