[ENGLISH] Depuis le dernier épisode JMS a amorcé un virage dans la série. Rien de très spectaculaire, pas de changement de direction mais plutôt une nuance qui fait que ce qui était jusque là une suite de retrouvailles entre les dieux perdus d’Asgard vire à l’intrigue de palais. Le ver est dans la pomme : là où il y a quelques temps encore le règne de Thor s’annonçait comme un nouvel âge d’or, le rêve commence à se fendiller. La faute à qui ? A Loki, pardi, comme de bien entendu…

Thor #10 [Marvel] Scénario de J.M. STRACZYNSKI
Dessins d’Olivier COIPEL
Sortie prévue aux USA le 30 juillet 2008

Le mois dernier l’épisode s’achevait sur la révélation d’un nouveau frère de Thor. L’idée de JMS n’est pas du tout absurde puisque dans le pantheon nordique Odin était bien le « père de tous ». Aussi apprendre  qu’il a un rejeton de plus dans Asgard n’est pas qu’une question de logique : c’est un retour vers la mythologie réelle d’Asgard. Maintenant, dans Thor #10, ce n’est pas tellement la révélation du mois dernier qui créée des ondes de chocs mais plutôt les conditions dans lesquelles ce secret a été révélé, ouvrant la porte à des prises de tête entre frangins.

Balder le Brave mérite décidément de plus en plus son surnom. Oui, il est brave (et même « bien brave » le Balder) de se laisser manipuler de la sorte. C’est d’ailleurs le maillon faible de l’intrigue de JMS. A priori on pourrait s’attendre à que ce que, depuis des millénaires, les asgardiens aient appris à se méfier de tout ce que Loki peut dire ou laisser entendre. Mais non, Balder, lui, il préfère rester les yeux écartillés et boire comme du petit lait les paroles de la demi-soeur de Thor. A force, au fil des années, on se demande si Balder n’est pas un peu le dieu de la crédulité…

On notera la prestation d’Olivier Coipel, une fois encore particulièrement expert quand il faut représenter la culture asgardienne (tandis que sa Loki ressemble de plus en plus à Marylin Manson), en particulier quand il représente les festivités du palais. Mais aussi la science des détails que place JMS dans la confrontation Asgard/Midgard. Les tranches de vies des américains ruraux tentant de se faire à la proximité des Asgardiens continuent de donner à l’ensemble le nécessaire recul et sa tranche d’humour. C’est d’ailleurs ce qui permet à l’ensemble de fonctionner. Les petites touches comme l’histoire d’amour entre le mortel et l’énigmatique déesse. On se dit que ces touches convergeront à un moment pour former un nouveau pan de l’histoire. Mais quoi ? Ca, impossible d’en avoir le coeur net et c’est là que JMS montre un certain talent. Si la crainte pouvait être, il y a encore quatre ou cinq épisodes, qu’on se contente de nous ressortir l’un après l’autre les dieux d’Asgard, la tournure actuelle semble dresser une tapisserie bien plus riche…

[Xavier Fournier]