pottersfield1.jpg[FRENCH] Il y a des morts qui sont partis sans avoir livré tous leurs secrets et dorment dans des tombes sans noms. Dans le cimetière de Potter’s Field, ils sont comme autant d’énigmes restées sans réponse. Mais un certain John Doe a décidé d’y mettre bon ordre. Et quand c’est Mark Waid qui est derrière les manettes, ce nouveau titre de Boom! Studios vaut le détour.

Potter’s Field #1
[Boom! Studios] Scénario de Mark Waid
Dessins de Paul Azaceta
Couverture de J.G. Jones
Sortie américaine prévue: 12 septembre 2007

Du temps où le scénariste Mark Waid oeuvrait pour le défunt Gorilla Comics, il était prévu qu’après Empire (sa mini-série dessinée par Barry Kitson) il enchaîne avec un projet qui, à l’époque était titré « John Doe » (sans rapport avec la série TV homonyme plus tardive). Et puis patatra. Gorilla Comics n’avait pas tenu la distance, Empire n’avait même pas pu être terminé. Et « John Doe »? Renvoyé dans les limbes tandis que Mark Waid partait travailler en exclusivité, d’abord pour Marvel puis pour DC Comics. Ce mois-ci, après bien des années de mise en jachère, John Doe parait finalement, après un changement de titre (puisqu’entretemps, comme nous le disions, une série TV a utilisé le nom). Devenu Potter’s Field, le bébé de Waid n’a rien changé de sa substance…

La série, qui sera enfin accessible aux lecteurs la semaine prochaine, conte les enquêtes d’un mystérieux inconnu (il n’a même pas d’empreintes digitales). Ses plus proches collaborateurs (peut-on vraiment parler d’amis ?) ont beau redoubler d’efforts, ils ignorent tout de son identité. « John Doe » (ce n’est plus le titre de la série mais ça reste le nom du personnage) vit pratiquement au cimetière de Potter’s Field. L’endroit a la particularité d’abriter les cadavres que la police n’a pas su identifier (et donc, en général, l’enquête n’a jamais été terminée). Doe s’est donné pour mission d’identifier tous ces morts sans nom.

Voilà pour le pitch initial. L’intrigue est intéressante et digne des grosses séries TV américaines, avec son déroulement à deux niveaux. Sur le court terme, bien sûr, il y a la question de savoir si John Doe et ses alliés résoudront le cas du jour. A plus longue échéance, il y a l’énigme que représente John Doe en lui-même. Qui est-il vraiment ? Même les autres personnages sont à court de théorie. Mark Waid instaure une certaine mystique de son héros. On en sait peu sur lui et on ne voit guère les événements de ses yeux. Le regard de référence, c’est plutôt celui des « agents » de Doe: autant de gens qui lui doivent une faveur et qui sont un peu embarqués dans l’intrigue à leur corps défendant. Scénaristiquement cet aspect fait un peu penser aux rapports qu’avait le Shadow avec ses propres exécutants ou encore ce qui se passait dans la série TV « Equalizer ».

Le dessin assez noir (d’une école proche de John Paul Leon pour donner une idée) de Paul Azaceta contribue beaucoup à donner l’ambiance. Maintenant il est certain que ce style de dessins très encrés, avec de larges zones d’ombres, a ses admirateurs comme ses détracteurs. Pour ma part j’apprécie l’esthétique qui en résulte mais tout le monde n’est pas forcément preneur. Mais cette ambiance noire est un très bon reflet de l’histoire (on commence avec quelqu’un étouffé par un sac en plastique tandis que l’épisode se termine de manière presque un peu gothique avec une scène où on grave un nom sur la tombe, enfin identifiée). Potter’s Field réussit, en un épisode, à mettre la machine en marche et démontre un potentiel qui pourrait lui permettre de tenir longtemps en terme d’intrigues. Ne reste plus qu’à ce que les lecteurs lui laissent sa chance (méritée).

[Xavier Fournier]