drafted01.jpg[FRENCH] Le monde part en vrille. Déchiré entre des opérations de « pacification » et des guerres « saintes », ravagé par des catastrophes naturelles… Oui, c’est le monde du JT de 20 heures. Mais voilà que les choses dégénèrent encore plus et les aliens débarquent. Heureusement le président des USA est là pour gérer les choses avec diplomatie. Uh-ho, c’est pas gagné…

Drafted #1
[Devil’s Due] Scénario de Mark Powers
Dessins de Chris Lie
Sortie américaine prévue: 12 septembre 2007

Mark Powers. Ce nom reste associé à une certaine période éditoriale des X-Men, avec tout ce que celà implique de bon et de moins bon. Certains lecteurs seront sans doute obligés de laisser leurs préjugés à la porte en feuilletant Drafted. Ce n’est pas Mark Powers l’éditeur mais bien le scénariste qui est à l’oeuvre et le résultat est surprenant par son intensité. Bon, évacuons tout de suite le problème du dessin. Devil’s Due a fait le choix de confier le graphisme à Chris Lie, qui dessine tout au trait, sans encrage « façon plume ». La volonté est sans doute de s’éloigner des conventions habituelles des comics pour lorgner sur les mangas et même une certaine production européenne. Mais ça n’y arrive pas vraiment. Disons que Lie est un peu jeune pour un projet qui aurait mérité un style plus noir. Dessiné par un Quitely ou une Cloonan, le scénario aurait en effet tout à fait sa place parmi les séries plus incisives de Vertigo. Il faut donc lire Drafted en dépit du dessin mais l’histoire est intriguante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Berlin vient d’être détruite par un tremblement de terre et ce n’est le dernier cataclysme en date dans un monde qui, comme le notre, n’avait de toute façon pas besoin de ça pour se trouver au bord du gouffre. Pendant ce temps le Président des USA s’occupe de sa communication et donne des conférences de presse. Il ne se nomme pas Bush mais le « modèle » est directement visé puisqu’il s’agit du Président Walker (intéressez-vous, si besoin est, au second prénom de Bush et vous comprendrez). Powers campe d’ailleurs assez bien le discours bushiste, dans ses déclarations à l’emporte-pièce et ses lapsus (du genre « Pourquoi j’aurais besoin de penser ? »).

On nous présente rapidement des personnages qui, j’imagine, seront les héros des épisodes à venir. Un jeune épicier américain, une femme afghane luttant contre les Taliban, une working girl canadienne. Puis le monde entier commence à recevoir une sorte de message télépathique collectif, qui demande à l’humanité de s’éveiller. Une sorte d’annonciateur, de messager, est venu les prévenir d’un danger, d’un mal absolu qui approche. Et ce message explique que la Terre toute entière doit se joindre à l’armée qui repoussera ce mal. Scénaristiquement, ce n’est pas sans évoquer l’arrivée du Silver Surfer et de Galactus ou, plus directement, la version qu’en avait donné Warren Ellis dans Ultimate Nightmare. Sauf que l’approche de Powers est assez intéressante aussi bien par son côté politisé, international que par la perspective qui reste centrée sur l’homme de la rue. Disons que ce #1 de Drafted ressemble un peu à l’arrivée de Galactus dans le monde tel qu’il est depuis le 11 septembre 2001 (et vu que le comic sort le 12 septembre, le timing est plutôt bien choisi en terme éditorial)…

Le Président Walker monte alors sur ses grands chevaux. Quoi ? Comment ? Une race extra-terrestre qui déciderait pour nous ? Par pûre arrogance, il arrive à convaincre le reste de l’ONU de décliner l’offre. Les nations répondent aux aliens qu’ils ne négocieront que lorsqu’ils seront traités en tant qu’égaux, pas comme une race inférieure. Et tandis que les divers Présidents jouent de leur égo, Jérusalem est détruite à son tour, recouverte par les sables.S’agit-il d’une ripostes des aliens ou bien un signe du mal absolu qui approche ? On ne le sait pas à ce stade. A travers le titre (Drafter veut dire « enrolé ») et les couvertures, on devine qu’au moins une partie de l’humanité finira enrolée dans les épisodes à venir. Mais par qui et/ou contre qui ? Le Président américain recrutera-t’il une armée pour lutter contre les « bons » aliens ? Où les humains rejoindront-ils l’armée contre le Mal ? La série est-elle vouée à devenir une sorte de Starship Trooper ? On n’en saura pas plus pour l’instant sur la direction à venir pour cette série. Le casting multiculturel des personnages laisse quand même entendre que l’auter n’a pas finit de jouer sur les travers « géopolitiques » du genre humain. L’histoire de Mark Powers est très intriguante mais, comme nous le disions, sortirait sans doute grandie si elle était servie par un graphisme plus corsé.

[Xavier Fournier]