[FRENCH] Ca y est. La série de Mark Millar et John Romita semble être passé à plein régime. Ou plus exactement elle est passé à plein regime dans les toutes dernières pages du numéro précédent et nous en voyons maintenant les fruits. Le personnage central, jusqu’ici assez insipide, gagne en dimension humaine au fur et à mesure que ses hésitations augmentent. Dans un mix qui emprunte aussi bien à la génération internet qu’à la philosophie d’Andy Warhol mais aussi au récent film Beowulf, Kick-Ass dévoile enfin son véritable objectif… Millar et Romita appuient sur le booster après deux épisodes d’échauffement.

Kick-Ass #3 [Marvel] Scénario : MARK MILLAR
Dessins : JOHN ROMITA JR.
Sortie américaine : 4 juin 2008

Nous avions laissé le jeune héros de Kick-Ass aux prises avec quelques brutes épaisses dans un combat immortalisé via YouTube. Du coup, Kick-Ass est devenu du jour au lendemain une petite célébrité, à la fois sur le net et dans les rues. La version super-héros d’un Chris Crocker ou d’un Star Wars kid . C’est là que la dimension Warholienne arrive: il a droit à sa célébrité en vitesse accélérée. L’ennui c’est que le héros est dépassé par sa réputation (et c’est là qu’on s’approche du film Beowulf). Les gens voient en lui un super-héros expérimenté alors qu’en définitive qu’un gars qui a survécu à deux bagarres de rues. Néanmoins cette reconnaissance lui donne plus d’assurance et lui permet de mieux assumer sa vie civile. Le passage où il se découvre une « amie » et où il comprend le pourquoi du comment est d’ailleurs à la fois amusant et captivant quand à l’évolution du perso.

Techniquement je bute néanmoins sur deux (petits) détails: J’ai un peu de mal à croire que quelqu’un puisse créer une page MySpace en espérant réellement conserver son anonymat (au mieux l’hébergeur à des traces de la connection) mais peut-être que cet élément reviendra par la suite hanter Dave. Pour l’instant je ne considère pas ça comme une faute. On verra par la suite. L’autre chose qui me fait tiquer c’est que d’une certaine manière Mark Millar a d’une main démontré le contraire de ce qu’il avançait avec l’autre. Avec sa promotion intensive de la série, il a fait réaliser ce petit film qui a circulé un temps présenté comme un « vrai » fait divers avant que les gens ne s’aperçoivent qu’il s’agissait d’une promo pour son comic. Pendant quelques jours des gens ont cru que la vidéo était vraie et se sont donc retrouvé dans la même situation que le public dans Kick-Ass. Et l’on a pas vu la même réaction se produire. Cela dit, j’aime bien l’épisode qui en résulte et je n’attends pas d’un comic book un réalisme méticuleux qui tuerait toute possibilité de fantaisie. Mais comparer l’effet de la vidéo dans la réalité et dans la BD est assez intéressant…

Rétroactivement, j’avais des problèmes avec le personnage de Dave dans les deux premiers numéros parce que les deux facettes qu’il nous montrait n’étaient pas très sympathiques. Dans le premier numéro c’est une sorte de névrosé looser qui mise tout sur le fait de se déguiser en super-héros. Bof. Dans le second, c’est un petit égoïste qui regoûte aux joies du costume sans s’occuper des conséquences et qui ment à son entourage sans l’ombre d’une hésitation. Là, dans cette troisième phase, Dave gagne beaucoup en relief car il commence à s’intéresser/s’ouvrir aux autres. Même si pour ça il lui faut un peu tricher sur les bords…

C’est un peu à l’image de l’objet de ses rêves. Dans le premier épisode il se comportait vraiment comme un « stalker », la pistait… Ici il a une relation avec elle qui tient beaucoup plus d’une réelle complicité. D’accord, il est toujours obligé de mentir à ce beau monde… Mais les doutes qu’il ressent, son introspection à ce sujet, sont plus intéressant que ce qui n’était jusque-là qu’une démarche égocentrique… Depuis le début de la série « Kick-Ass » est dépassé par les événements. L’ennui c’est qu’au début il n’avait pas réellement de sentiments détaillés. Là, la situation continue de lui échapper mais il ressent une certaine responsabilité. D’une certaine manière ce qu’il vit c’est la maxime de l’oncle Ben de Spider-Man revue et corrigée à l’heure où les médias ont pris l’importance qu’on sait. On pourrait en effet presque dire « Avec la grande notoriété viennent de grandes responsabilités« . La fin de l’épisode nous montre bien à quel point il n’a pas fini de se sentir responsable… Il est certain qu’on a franchit un palier et que la série commence à gagner en profondeur tout en allant un peu plus loin dans une nécessaire violence, histoire de démontrer comment le parcours du héros n’a rien de facile ou d’enviable… J’aurais tendance à dire que Kick-Ass a réellement commencé avec cette histoire de vidéo sur Internet. Voyons maintenant où tout ça va nous emmener…

[Xavier Fournier]