DC Comics n’a pas fait grand-chose avec le personnage de Question (version Vic Sage) depuis les années 90. On pourrait même dire que son heure de gloire principale est d’avoir transmis son masque à Renée Montoya. Mais avec cette nouvelle série du Black Label, Jeff Lemire et Denys Cowan (avec Bill Sienkiewicz à l’encrage) remettent le curseur sur le personnage d’origine. A moins qu’il ne soit pas le personnage d’origine, justement.

Question - The Deaths of Vic Sage #1The Question – The Deaths of Vic Sage #1 (DC Comics)
Scénario de Jeff Lemire
Dessin de Denys Cowan
Parution aux USA le mercredi 20 novembre 2019

Du personnage initial de The Question, on ne conserve principalement que deux versions. Ce que Steve Ditko en a fait chez Charlton le temps d’à peine quelques épisodes (c’est à dire un justicier intraitable, refusant toute compromission) et celle lancée chez DC en 1987 par Dennis O’Neil, avec la complicité du dessinateur Denys Cowan. Le héros y était un peu plus zen et la série démarrait en évoquant une sorte de compte-à-rebours avant la mort de Vic Sage. Il y a eu quelques autres initiatives intéressantes depuis mais elles ne se sont pas imposées sur la durée. Si bien The Question – The Deaths of Vic Sage démarre avec un sentiment de synthèse, comme si on tentait de faire cohabiter le « canal historique » de Ditko chez Charlton et celui de la série de 1987. Il faut dire que la présence commune de Cowan aux dessins – avec un Bill Sienkiewicz qui revient aussi faire les couvertures – contribue forcément beaucoup à cette impression. Mais passé quelques pages on se rend compte que Jeff Lemire a quelque chose d’autre en tête. Il force en effet le trait en ce qui concerne l’inflexibilité de The Question, justicier ultra-libéral, qui s’intéresse peu aux faibles ou aux pauvres. En un sens Lemire va plus loin que le Question d’origine et s’approche d’un personnage un poil plus extrémiste de Ditko, Mr. A. Mais les personnages de Ditko ont le chic pour voir le monde en noir ou en blanc, en Bien ou en Mal absolu, sans nuance, sans rédemption. Or, on sent bien que Lemire est parti pour confronter ce justicier plein de certitude à un monde où l’on ne distingue plus ces choses d’une manière si tranchées (en toile de fond de l’histoire, il y a une ébauche de mouvements sociaux, que The Question n’est pas pressé de couvrir).

« I didn’t come here to save you. »

Vient se rajouter à cela une intrigue qui, dans un premier temps, ressemble à un air connu. Vic Sage découvre que dans sa ville, Hub City, il existe une vieille cabale remontant au XIX° siècle, formée par des notables de la ville. Si au début on pense que Lemire est parti pour nous refaire une sorte de « Cour des Hiboux » sous un autre nom, le mystère est finalement différent. The Question trouve un masque de The Question… qui ne lui appartient pas et qui semble plus ancien. Avec le sous-entendu du titre, cela à quelque chose de funeste. Et on peut se demander aussi si Lemire va tenir compte de la version « immortelle » de Question de l’univers DC récent (mais ce n’est pas certain). La série démarre de façon intéressante mais il convient de savoir ce qu’on lui demande. Si vous êtes un lecteur récent, la « question » ne vous effleurera pas mais pour ceux qui chérissent la série de 1987, il convient de préciser que, non, ça n’a rien d’une suite directe des aventures que Cowan dessinait déjà à l’époque. Sous la houlette de Lemire, il s’agit bien de réunifier toutes les facettes (pour un héros sans visage, c’est paradoxal) du personnage depuis cinquante ans et d’y dégager de nouvelles pistes. Comme on l’a dit, cela fait un bail que DC Comics n’exploite pas le potentiel de Vic Sage à fond et on espère qu’il y gagnera au passage. A moins que, comme le titre l’indique, il s’agisse de lui préparer un enterrement de première classe ? Les prochains numéros nous le diront.

[Xavier Fournier]