[FRENCH] « Hanté », le terme serait peut-être un peu exagéré, mais il est vrai que le premier tome du nouveau héros made in « McFarlane Productions » nous avait bien emballé en février dernier. Alors que Delcourt nous en propose les épisodes 7 à 12, revenons donc sur ce nouveau poids lourd de l’écurie TMP, et voyons aussi si les réserves que nous avions exprimées étaient fondées…

Tu vas mouru Overkill

La situation n’est guère réjouissante, puisque les conclusions scientifiques de feu le Professeur Schillinger sont désormais entre les mains du vil Hurg. Les tests génétiques sur les animaux ont commencé et la phase « humaine » du protocole ne saurait tarder. Daniel Kilgore, de son côté, est promu agent à temps plein par les services gouvernementaux. A peine son entrainement achevé, la directrice Beth Tosh envoie le « Haunt » à la rescousse d’un commando qui vient d’être décimé…

Clins d’œil ou redondances ?

On a beau vouloir éviter toute comparaison, essayer de lire cet album avec un regard neuf, les ressemblances sont trop grandes. Plus encore que Kurt et Daniel, « Spawn » et « Haunt » sont donc les véritables frères de cette histoire. Déjà le premier tome nous avait cueilli à froid par la sensation de nouveauté et, il faut le dire, le buzz qu’avait su créer Todd McFarlane. Mais après 12 épisodes et quelque 250 pages, il est évident que le mimétisme est total. Que ce soit l’ambiance paramilitaire ou les personnages (Mirage, la belle qui se tient à distance ; Hurg le véreux, sorte de Jason Wynn de circonstance, ou encore les gros bras testostéronés des soldats génétiquement modifiés au look proche d’Overkill), on tourne les pages en faisant l’évident constat que Robert Kirkman et Todd McFarlane recyclent des situations et des archétypes déjà largement rebattus au cours des quelques 200 numéros de « Spawn ».

Entre clins d’œil et répétitions à outrance, la limite est donc bel et bien franchie. Vous voulez du symbiote ? Vous aurez même du « Carnage » en toute fin de volume… Maintenant, à défaut d’un scénario en adamantium, la série conserve son caractère attachant grâce à des dialogues matures, cyniques… et parfois drôles. Un pétillant qui doit également, c’est une constante, au travail remarquable de Greg Capullo, dont les planches se font plus claires que lors de son run sur « Spawn ».

Un bluff qui passe

Clairement, ce deuxième tome du « Haunt » permet d’y voir plus net quant au potentiel de cette série. Et force est de constater que l’aventure possède un souffle très limité. En l’état, on hésite entre la satisfaction d’avoir lu une BD franchement divertissante et l’amère sensation d’y trouver des redites à chaque page. Alors bien sûr, on ne peut pas en vouloir à Todd McFarlane d’y répéter cycliquement, tel le symbole arboré par notre héros, des motifs déjà explorés dans « Spawn ». Difficile en effet de lui en tenir rigueur complètement, dans la mesure où la plupart des auteurs tendent à reproduire sans cesse des schémas narratifs comparables, tout au long de leur carrière. Mais le dénominateur commun d’un œuvre, s’il existe bel et bien, peut s’exprimer avec plus ou moins de flagrance, tout de même… Et là, on est dans le frontal, dans le bien visible.

Et pourtant – est-ce du masochisme ? ou un goût pour les territoires connus ? – quoi qu’il en soit, et même resitué dans sa portée limitée, il n’en reste pas moins que ce deuxième tome fait le boulot et envoie surtout le bois côté dessins. Greg Capullo, une fois de plus et peut-être plus encore que sur « Spawn », laisse ici admirer l’étendue de son talent tant pour illustrer les scènes « dans la trogne » que celles – plus normales – voyant les personnages dialoguer ou partager un quotidien banal. Là encore, c’est donc principalement sur la classitude du graphisme que repose l’intérêt du volume. Et si l’arrivée récente de Joe Casey au numéro 19 de la série conduira peut-être Daniel Kilgore à vivre des situations franchement inédites, malheureusement, ce nouveau cycle se fera sans Capullo, désormais dessinateur exclusif du « Batman » de Scott Snyder. D’un coup d‘un seul, le baromètre vient ainsi de tomber pour le « Spider-Man » de TMP…

[Nicolas Lambret]

« Haunt – T. 2 : Mirage », par Robert Kirkman, Todd Mc Farlane (scénario), Greg Capullo (dessin), Delcourt, août 2011, 135 p.