Diana, alias Wonder Woman, arrive dans le « monde des hommes » en compagnie de Steve Trevor. Mais elle et lui ne parlent pas la même langue, se comprennent vaguement, au mieux, et le fossé culturel se creuse quand l’armée américaine met son nez dans l’affaire, pas du tout mais alors pas du tout convaincue que le militaire ait été sauvé, comme il le raconte, par une île peuplée par des amazones. Une femme suspecte que personne ne comprend ? Et si on la mettait au cachot ?

Avant-Première VO: Review Wonder Woman #6Wonder Woman #6 [DC Comics]
Scénario de Greg Rucka
Dessins de Nicola Scott
Parution aux USA le mercredi 14 septembre 2016

Greg Rucka continue sa reformulation des origines de Wonder Woman. Avec ce premier contact avec l’humanité « normale », le scénariste insiste sur le côté sensible et spontané de l’héroïne. Dans un premier temps elle est loin d’être présentée comme invincible. Et il est vrai que lors des épreuves du tournoi, dans le chapitre précédent de Wonder Woman Year One (soit Wonder Woman #4), on notait que Rucka semblait avoir revu les aptitudes des Amazones à la baisse. Cet épisode permet de faire le lien avec le niveau de puissance que l’on associe d’habitude avec Diana mais dans un premier temps la « femme-merveille » est avant tout perdue dans un monde dont elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. Et si Trevor sait, par la force des choses, qu’il peut lui faire confiance, il a le plus grand mal à ce que ses semblables suivent sa version des faits. Dans cet environnement peut-être pas hostile mais en tout cas nettement moins amical que ce à quoi Diana pouvait s’attendre, chaque nouveau visage ami est le bienvenu et c’est donc le moment que choisi l’auteur pour enrichir un peu la supporting cast de cet arc (dans la mesure où les « nouveaux » personnages sont déjà connus, par ailleurs, dans la phase moderne de la série).

« Diana. He didn’t mean… it wasn’t an attack. »

La dessinatrice Nicola Scott s’éclate clairement avec les gabarits différents des personnages, qui ne font pas tous le même poids, n’ont pas tous la même carrure, semblent innocents ou méfiants selon ce que l’histoire exige d’elle. Elle anime véritablement un épisode qui ne contient pas beaucoup d’action, qui négocie un virage mais qui, avec bien des artistes, tournerait au vite lu. Là, les choses prennent le temps. Et si les couleurs semblent encore un peu flashy, des scènes finalement pas si évidentes, comme l’intervention des animaux, donnent à ce numéro un certain fond. A ce sujet, on notera que Rucka aime à organiser des ellipses. De la même manière que dans WW #4 on sautait carrément la dernière épreuve du tournoi puisque l’issue était finalement évidente, cette fois la rencontre de Diana avec certains protagonistes importants est elle aussi joué « hors-champ ». Même si on y reviendra sans doute par la suite, ce décrochage permet de présenter l’héroïne comme moins dépendante de certains bienfaiteurs. Il y aussi une sorte de sentiment libératoire (au propre comme au figuré) dans sa démonstration de pouvoirs. On appréciera aussi la référence cette fois totalement assumée à G. Pérez, auteur emblématique de l’amazone dans les années 80. Rucka et Scott continuent si bien sur leur lancée qu’on en prendrait facilement pour plusieurs dizaines d’épisodes racontant sur le même ton comment Wonder Woman s’est acclimatée au monde, avec ses premières rencontres avec d’autres protagonistes de l’univers DS. L’arc dans le passé sera sans doute bien plus court, évidemment, mais ce sentiment témoigne de la réussite des auteurs.

[Xavier Fournier]