C’est le troisième volume du Shadow depuis que Dynamite a récupéré la licence de ce grand-père de tous les super-héros urbains américains, de Batman au Punisher en passant par Daredevil ou le Green Hornet. Cette troisième série se donne pour but d’importer le maître de l’ombre dans l’ère contemporaine. Mais il y a un twist. L’homme qu’on suit dans ce premier numéro est-il réellement le héros classique ? Pour le coup, même le Shadow ne le sait peut-être pas lui-même.

The Shadow #1 [Dynamite Comics]

Scénario de Si Spurrier & Dan Watters
Dessins de Daniel HDR
Parution aux USA le mercredi 9 Août 2017

Pratiquement chaque éditeur de comics récupérant un temps les droits du Shadow (justicier de pulps actif avant tout dans la période 1930-1950) s’est posé la question de savoir comment transplanter le héros dans le « présent ». Cela nous a donné aussi bien des choses pitoyables (le Shadow d’Archie Comics, en collant vert et bleu) que carrément plus énergiques (la réinvention du Shadow chez DC, par Howard Chaykin). On se doutait que Dynamite, après avoir installé le profil vintage du personnage dans les années 30, via une relance de Garth Ennis, e viendrait aussi à cette approche du présent. D’abord parce que cela cadre avec la manière qu’à Dynamite de gérer ce genre de héros (le Green Hornet aussi a été décliné en plusieurs générations passées, présentes et futures), ensuite parce que cela colle avec divers crossovers qui sont la marque de l’éditeur. Que le Shadow, être mystique dont on limite mal les aptitudes, sorte de « Fantômas du Bien » ait pu non seulement survivre à l’ère actuelle mais aussi en restant assez en forme pour pourchasser les gangsters n’est donc pas une surprise. Ce qui l’est plus, c’est l’approche choisie par l’équipe créative pour ramener (ou pas) le héros. De nos jours, une infirmière qui a été sauvée par le Shadow, voit arriver aux urgences un homme défiguré et dément, peut-être amnésique, qui ne sait guère dire que quelques phrases typiques du héros. Et surtout il possède son rire caractéristique, qui glaçait d’effroi les malfrats. Convaincue qu’il s’agit du Shadow et qu’elle est la seule à savoir qui il est, elle tente tout pour le soigner…

« Best part of a century and nobody knows shit about who he is. »

Ce premier numéro pose surtout les bases de la problématique mais donne finalement peu d’indices sur ce qui se passe vraiment. Le patient est-il le Shadow ? Ou peut-être l’un de ses ennemis, traumatisé par son phrasé ? Tout est possible. Les deux scénaristes posent ici une sorte de question, mais ce qui donnera réellement le sel de la série viendra de leur manière d’y répondre. A la base, le Shadow est un personnage qui cultive les identités multiples (Moon Knight est un petit joueur à côté de lui). Même son identité classique de Lamont Cranston est un « emprunt » à un millionnaire corrompu dont c’était réellement le nom. Autant dire que cela laisse beaucoup de potentiel dans la manière de régler la situation. Pour un peu on serait tenté de dire que même l’infirmière pourrait être le Shadow, mentant pour mieux approcher son adversaire. Avec l’Ombre, tout est possible. A condition de le vouloir et on espère que le scénario sera à la hauteur de l’ambition dans les mois à venir. Le dessinateur Daniel HDR est plus ou moins à l’aise selon les ambiances des séries mais il semble bien convenir à celle-ci, en restant clair sans se complaire dans le côté gore. C’est un premier numéro qui pique l’intérêt mais on a envie de dire que c’est le deuxième épisode qui nous donnera réellement le « la » et nous fixera sur les capacités de ce titre.

[Xavier Fournier]