Avant-Première VO: Review Barbarella #2

Icone de la BD de Science-Fiction française des années soixante, Barbarella fait ces temps-ci son retour chez Dynamite sous la houlette d’un scénariste reconnu, Mike Carey. Ça c’est pour les bonnes nouvelles et la présentation théorique du projet. Les mauvaises nouvelles commencent dès qu’on regarde au-delà des couvertures variantes, à l’intérieur. Et là, selon la formule consacrée, c’est le drame…

Barbarella #2Barbarella #2 [Dynamite]
Scénario de Mike Carey
Dessins de Kenan Yarar
Parution aux USA le mercredi 10 janvier 2018

Un peu à l’image de ce que nous disions de Taarna précédemment, Barbarella est à la fois un personnage connu et un produit de son époque. Qu’en 2018 elle ne ressemble pas forcément à ce que son créateur, Jean-Claude Forest, en faisait dans les sixties, c’est en théorie compréhensible. Reste qu’il existe une brassée d’artistes de comics qu’il serait intéressant de voir œuvrer sur cette héroïne. D’ailleurs il y un point où l’éditeur ne s’est pas trompé : faire appel à des Paul Pope ou des Marcos Martin pour les couvertures variantes. Voilà des gens qui pourraient donner une version actualisée mais cohérente de Barbarella. Sauf que…c’est peu de dire qu’on tombe de haut en tentant de lire les épisodes. Le mois dernier, nous étions partis pour vous parler de cette relance de Barbarella chez Dynamite. Sauf que. La lecture du premier numéro s’est révélée si indigente qu’on avait peine à ne pas croire à un accident, à une sortie de route qui, forcément, allait être corrigée par la suite. Le dessin était tel qu’il était même difficile d’avoir le moindre avis sur le scénario de Mike Carey. Des images finies s’interposaient entre nous et l’histoire. Dans ce deuxième numéro, il y a cette fois certains idées que le marasme visuel n’arrive pas à écraser, comme par exemple une jambe-prothèse qui distribue des munitions. Mais l’amateurisme du résultat saute au visage.

« Her body matrix conforms closely to human norms. But there were anomalies. »

Kenan Yarar est un vétéran de la BD turque, actif depuis le début des années 90. Une petite visite sur son blog démontre qu’il a un style volontairement caricatural mais expressif, qu’on pourrait définir comme à mi-chemin entre Métal Hurlant et Fluide Glacial. Soulignons donc qu’il n’y a pas ici de notre part une volonté particulière de « se faire » Yarar, de le descendre en flèche en tant qu’artiste. Cependant cette série Barbarella est très en deçà de sa production précédente. On peut logiquement se demander si c’est le temps où le budget qui lui a fait défaut mais certaines pages ne sont ni faites ni à faire. Typiquement, par exemple, la troisième page (scène où Barbarella et son amie retirent les éclats de verre) ne ressemble même pas à des cases que l’on n’aurait pas encré, à des crayonnés cohérents. C’est plutôt comme si on avait pris des croquis préparatoires de mise en place et qu’on les avait donné directement au coloriste en lui disant de s’en débrouiller. Vu que Kenan Yarar produit d’habitude des pages autrement mieux bâties, on peut se demander quel facteur extérieur vient gâcher son travail. En dernière analyse, de toute manière, ces pages ont été validées et publiées par une équipe rédactionnelle coupable. Un extrait vaut d’ailleurs « mieux » que toutes les explications possibles, voilà donc ce que donne Barbarella en 2018, telle que publiée par un éditeur supposé pro:

Barbarella #2

Insistons, ce n’est pas une charge contre le dessinateur. Par contre la responsabilité de l’éditeur se pose là. Son travail c’est de guider, d’accompagner et de ne pas tout accepter dans des délais impossibles. Vouloir faire revivre une licence, c’est une envie compréhensible. Mais ne pas se donner de quoi la faire vivre bien, se contenter d’une réanimation qui la voit à ce point diminuée, défigurée ? Barbarella serait ramenée chez Marvel/Disney ou DC qu’il y en aurait pour nous dire que c’est le Mal (parce que « gros éditeur », donc c’est le Mal). La voici charcutée chez Dynamite et ça passe inaperçu puisque c’est « indé » et que c’est moins lu. Vendue à 3.99$ (!!!) pour une histoire d’une vingtaine de page, cette Barbarella est impardonnable. Très sérieusement, malgré les réserves que l’on pouvait avoir pour Taarna, l’héroïne d’Heavy Metal évolue, elle, plusieurs étages plus hauts que ce « machin ». La licence de Barbarella s’en tirait sans doute bien mieux « en sommeil » que ramenée ainsi balafrée.

[Xavier Fournier]
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