C’est ce soir que la chaine américaine CW diffusera le premier épisode de la série CW, reprise en diffusion francophone d’ici quelques jours par Netflix, qui nous a permis de voir en avance les deux premières livraisons de ce héros de DC Comics, qui change un peu les règles de ce que nous proposait DC/Warner en matière de série télévisée

« Do you believe in resurrections ? »

9 ans plus tôt, la ville de Freeland avait un super-héros, Black Lightning (« La foudre noire »), mystérieux redresseur de torts pourvus de pouvoirs électriques. Et puis d’un coup il a disparu. Les gens se sont fait une raison… et le Gang des 100 a tranquillement pu étendre son influence partout dans la ville. A l’exception d’un endroit, un lycée possédant un principal charismatique, Jefferson Pierce (Cress Williams) connu de tous et admiré par ses élèves. Au point qu’il a été surnommé par certains le « Black Jesus ». Secrètement, il s’agît de l’ex-super-héros, qui a sacrifié sa carrière super-héroïque pour tenter de sauver son mariage et voir grandir ses filles. Pierce a juré de ne plus jamais redevenir Black Lightning. Mais la petite dernière, désormais adolescente, est irresponsable et a de mauvaise relations, liées au Gang des 100. Si Pierce ne va pas à la violence, alors cette dernière vient à lui. Inexorablement, la promesse va devoir être brisée. Mais quand bien même, est-ce que parce qu’on sauve sa fille on est prêt à réellement redevenir le défenseur que toute une communauté attend ?

Black Lightning Épisode 1 et 2

« Black Lightning born again »

Voici donc à l’écran la création de Tony Isabella et Trevor Von Eeden, lancée dans les comics il y a 41 ans (et qui a été le premier super-héros noir et autonome de DC à véritablement disposer de son propre titre). Un super-héros de plus pour la CW et pour Netflix, oui, mais celui-là n’appartient pas au Arrowverse (en tout cas à ce jour, puisqu’il faut se souvenir du cas de Supergirl). La décision peut sembler bizarre mais Arrow, Flash, Legends et la cousine de Superman existent dans des mondes où l’apparition des surhommes à l’ère moderne reste une chose relativement nouvelle. Black Lightning, lui, échappe à ce moule car il ne s’agit pas d’un jeune geek qu’on pourrait par ailleurs caster dans une sitcom. Le modèle est totalement inversé. Au lieu d’avoir de jeunes héros hantés par le souvenir de parents disparus, la nouvelle série a pour rôle principal un quadragénaire père de famille. C’est un peu comme si dans Flash c’est Jesse L. Martin qui avait hérité de pouvoirs et qui était au centre des choses. La comparaison entre Cress Williams et Martin est une chose aisée puisque les deux hommes sont grands, barbus et souvent sapés dans des costumes bleu sombre.

Black Lightning Épisode 1 et 2

Sombre justice

Mais il y a une autre manière de définir Black Lightning en le rapprochant… du début de Dark Knight Rises. Dans les deux cas il y a un héros absent depuis des années, qui a laissé sa ville se débrouiller. Mais le rapport de force est inversé. Là où le Bruce Wayne de Nolan éprouvait une incapacité chronique à arrêter (et où c’est Alfred qui le suppliait d’oublier Batman), Jefferson est très bien là où il est et n’a aucune intention de rempiler, au grand désespoir de Peter Gambi, son mentor, qui tente de le convaincre que la ville et la communauté ont besoin du retour de Black Lightning. Au point que dans le premier épisode qu’il nous a été donné de voir, il y a carrément une reprise du thème de Zimmer pour Nolan dans un moment crucial. C’est probablement une musique temporaire remplacée pour la diffusion finale mais cela en dit long sur le rapport que la production voit entre les deux situations. Reste le problème de la série, à savoir le costume électrique du héros, qui le fait ressembler à un membre d’Earth, Wind and Fire quand il passe à l’action. Et le masque est très peu convaincant quand il s’agit de se faire passer pour Black Lightning devant un voisin ou sa famille. C’est peu pratique et un peu trop « funky » (en particulier dans le moment où le héros passe à l’action dans le deuxième épisode, avec une ambiance presque comique, qui jure avec un ton généralement bien plus pragmatique). Dommage car il nous est permis d’entrevoir l’ancien costume de Jefferson, plus proche de sa version comics des années 2000.

Black Lightning Épisode 1 et 2

« The Hell, We’re not good ! »

Black Lightning sera probablement comparé par beaucoup au Luke Cage de Marvel/Netflix. Il ne devrait pas forcément l’être. C’est à dire pas seulement en raison d’une couleur de peau mais bien pour une vision de la cité et de la communauté. Objectivement, en essayant dans sa vie « civile » de suivre le système, d’avoir confiance en la société, Jefferson Pierce a plus en commun avec Matt Murdock qu’avec Luke Cage. Mais ils existent dans une même Amérique où, les statistiques le prouvent, vous n’êtes pas égaux lors d’un banal contrôle de police selon que vous soyez blanc ou noir. Avec Cage, les dés étaient quelques peu pipés puisqu’il passait par la case prison à cause d’un rival. Jefferson Pierce est un type normal, qui ne rêve rien d’autre que d’une vie normale. Mais qui n’échappe pas aux humiliations de la police. Black Lightning, la série, fait un autre choix que Cage. C’est à dire que même s’il y a une bande son travaillée, référentielle, héros et bad guys donnent assez peu dans la référence et le name-dropping à tout va (à part une petite mention de Martin Luther King). Plutôt que simplement nommer les repères de la communauté noire, on discute de la société. Les dialogues entre Pierce et ses filles, son ex-femme et ses élèves sont pratiquement une dissertation constante (mais à échelle humaine) sur le fait de chercher sa place. Faut-il intervenir ou chercher sa place ? On pourrait dire qu’à leur manière même les gangsters, les sbires de Tobias Whale (Marvin ‘Krondon’ Jones III), sont un reflet de cette discussion. Dans un système qui de toute façon ne leur donnait que ce rôle, ils ont pris la direction de la pègre. Des discussions comme le fait d’installer ou pas une dérive sécuritaire à l’école, le vocable de « fakenews », tout cela nous projette explicitement dans la société de 2018. Même le nom de la ville, Freeland, tient de la parabole. Et voilà un héros électrique que la police ne peut pas teaser…

Black Lightning Épisode 1 et 2

« Addicted »

En faisant un bond le temps, en plaçant Jefferson Pierce après une première carrière, la production donne aux lecteurs de comics l’occasion de penser que l’essentiel du parcours du héros dans les comics des années 70 est quelque part « valable ». Williams fait un bon Jefferson Pierce mais il faut espérer que le costume « échappé de la discothèque » de Black Lightning sera vite remplacé ou mis à jour. James Remar en Paul Gambi semble pratiquement sorti des pages des comics. La fracture est par contre plus marquée pour Whale, beaucoup plus fluet que son modèle (qui ressemblait sans doute trop à un proche cousin du Kingpin). Par ailleurs la série incorpore les deux filles de Pierce, rarement vues avec lui dans la BD car elles étaient surtout des prétextes à fournir de nouveaux membres aux Outsiders et à la Justice Society. Ici, elles sont véritablement des membres de la famille et on leur devine déjà un avenir plus « masqué ». La série se distingue aussi par une acceptation directe de la diversité. La sexualité d’Anissa (Nafessa Williams) est ainsi directement assumée sans passer par une révélation feuilletonnante. Beaucoup de choses intéressantes. Espérons qu’elles continueront de grandir. En terme de violence, la série de la CW se rapproche plus de Arrow que de Flash. Le héros n’hésite pas à tuer si besoin et on aperçoit de temps en temps des filets de sang jaillir des mâchoires des gangsters. Reste que le costume du héros est un obstacle à la crédibilité dans une série autrement mieux écrite (en particulier pour le premier épisode, le second étant un peu plus entre deux eaux, en raison de l’indécision du héros).

[Xavier Fournier et Pierre Bisson]