Très remonté contre Kang, Vision a décidé d’effacer celui-ci de l’Histoire en modifiant son enfance. Mais on peut être deux à jouer à ce petit jeu et Kang lui-même a effacé la plupart des Avengers en s’en prenant à eux alors qu’ils n’étaient que des enfants. Autant dire que le Temps est dans un sale état et que les paradoxes se bousculent. Un peu trop d’ailleurs, car si certaines idées sont bonnes, elles ne sont pas toujours exploitées à fond.

Avengers #2 [Marvel Comics]
Scénario de Mark Waid
Dessins de Mike Del Mundo
Parution aux USA le mercredi 7 décembre 2016

Effacés du temps, les Avengers sont sauvés in extrémis par une version nouvelle de Kang, qui les accueille dans les Limbes, où ils sont protégés des effets de la réécriture temporelle. Le Kang classique, lui, est de manière assez floue renforcé par les paradoxes temporels, si bien qu’il faut tout pour en provoquer, générant par ailleurs de nouvelles versions de lui-même. Autant dire que le plan de Vision pour effacer Kang n’a pas du tout fonctionné comme l’androïde l’entendait. Et c’est un peu le problème parce quelque part en court de route, en agitant le drapeau « paradoxe temporel, donc j’ai le droit… », Mark Waid s’embrouille un peu – ou tout au moins oublie de nous fournir quelques subtilités. C’est à dire que si Vision empêche le bébé de devenir Kang, ce dernier n’est pas pour autant empêché d’exister… Alors qu’à l’inverse si Kang s’en prend aux bébés qui deviendront Avengers, la vague chronologique est instantanée et menace de les effacer. Ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionne pas pour les autres. Et c’est un peu dommage parce que du coup les règles de l’ensemble ne paraissent pas cohérentes et « paradoxe temporel » ne suffit pas à tout expliquer. A l’inverse, l’explication du « dernier Avenger restant », celui dont on ne peut pas effacer la naissance, est assez bien trouvée… même si demeure la question de savoir comment et pourquoi il se souvient encore de ses coéquipiers en théorie effacés. Là encore, Waid l’explique, nous dit que cela vient du « paradoxe », mais enfin à un moment ce paradoxe est un peu trop un coupe-circuit du scénario.

« I am Hercules, son of Zeus ! I’ll live to see the sun go cold! »

Si on enlevait l’enfant destiné à devenir Kang, on effacerait par la même occasion l’existence de Rama-Tut et les modifications du temps remonteraient à l’Egypte ancienne, provoquant des changements en cascade qui feraient que le monde moderne en serait irrémédiablement changé. Et si vous effacez, réciproquement, Spider-Man de l’Histoire, vous imaginez un peu la gueule de l’univers Marvel. Il y a de quoi, là-dedans, trouver la base d’une sorte d’Avengers Forever II mais Mark Waid reste finalement très casanier, préférant s’en tenir à de « petits résultats » vite balayés. Et Vision est à la fois lent à la détente (finalement il réalise qu’enlever un enfant n’était pas bien) et un peu trop rapide (il le réalise sans grande introspection, ce qui fait que si c’était si facile, on se demande pourquoi s’être lancé là-dedans). Par contre l’épisode joue un vrai rôle de réintégration d’Hercules, en soulignant l’importance et la spécificité du demi-dieu. L’épisode fonctionne surtout à l’émotion et à l’action (sans oublier les superbes pages de Mike Del Mundo). Dès qu’on commence à remettre les choses en question, par contre, on se rend compte que l’intrigue ne tient guère debout, malgré les tentatives de tout passer sur le compte des fameux paradoxes. Mais peut-être que Waid se conserve encore quelques explications dans les chapitres de l’arc qui restent à venir.

[Xavier Fournier]