[FRENCH] Les aventures de Superboy reposaient sur une mécanique bien huilée qui voulait que, périodiquement, des extra-terrestres s’aventurent du côté de Smallville. Autant de personnages éphémères qui apparaissaient le temps d’un épisode pour jouer, selon les cas, le rôle de l’adversaire ou de l’allié du mois. Mais la série allait connaître quelques exceptions un peu plus récurrentes comme le Superboy venu de Mars, Marsboy…

Créé en 1945 (dans les pages de More Fun Comics #101), Superboy (Superman quand il était jeune) fonctionnait à la base comme une sorte de récit super héroïque « de situation ». C’est-à-dire que si une partie de ses aventures consistaient à déjouer des brutes ou des voleurs de banques, un autre pan conséquent de ses activités était dévoué à défendre un status quo général : rien ne devait détruire Smallville, bien sûr, mais rien, non plus, ne devait permettre qu’on le « démasque » (Superboy ne porte pas de masque à proprement parler mais vous m’aurez compris…). A un certain égard c’était aussi le cas dans les aventures de Superman adulte, qui défendait Métropolies tout en se démenant pour que Lois Laine ne l’identifie pas. Mais avec Superboy le degré de dangerosité était en un sens plus aigu. Il était IMPENSABLE que l’identité secrète de Superboy (Clark Kent) soit publiquement révélée dans sa jeunesse. Cela aurait provoqué comme une sorte de paradoxe temporel qui aurait rejaillit sur le Superman adulte. Bien sûr le lecteur savait que le jeune héros était destiné à devenir Superman sans trop d’encombres.

C’était écrit : Les choses finiraient par converger vers les événements d’Action Comics #1 (l’arrivée de Clark à Métropolies). Mais les scénaristes se démenaient pour mettre le jeune Clark dans des situations loufoques qui remettaient en cause la notion même de normalité à Smallville. De ce fait Superboy ne se battait donc pas seulement pour son « présent » mais aussi pour son « futur » (sa carrière de Superman, rendue impossible si quelque chose lui arrivait avant). Dans un coin de son cerveau le lecteur savait bien que rien n’arriverait à Clark/Superboy. Du coup le suspens n’était concentré sur le sort du héros mais, souvent, sur la manière dont il se tirerait de la problématique de chaque nouvel épisode. De leur côté, les auteurs savaient bien que la série avait quelque chose de prévisible, que Lena ne découvrirait pas (en tout cas pas dans cette version) le secret de Superboy. Pour jouer les perturbateurs il fallait donc des personnages extérieurs à la chronologie connue du héros, qui en plus étaient de taille à se mesurer à lui. D’où un flot très régulier de jeunes rivaux, aussi puissants que Superboy, qui passaient du côté de Smallville le temps d’un épisode. Ou pas. D’autres allaient s’installer de manière un peu plus permanente. C’est le cas de Marsboy…

La première histoire de Superman #14 (Mai 1951) résume bien la situation en guise d’introduction : « Superboy a rencontré de tout… Des escrocs, des assassins, des scientifiques qui ont suivi les voies sinueuses du crime… Et aucun opposant n’a été capable de se mesurer à lui en termes de force et de ruse ! Mais qu’arriverait-il si son antagoniste était équipé des mêmes pouvoirs que Superboy et qu’il devait détruire le garçon d’acier ? ». Bien sûr, si l’auteur pose la question, c’est qu’il a déjà une petite idée de la réponse. L’histoire du « Garçon de Mars » commence sans perdre de temps, en nous racontant directement les origines de ce personnage.

Le narrateur nous explique que « Quelques années plus tôt, sur une planète étrangère » (on comprendra vite qu’il s’agit bien de Mars) un jeune garçon regardait un astéroïde rouge passer dans le ciel quand il fut aveuglé par la lumière qui en émanait et ressenti une impression étrange. Bien vite, le garçon se rend compte qu’il est pourvu de superpouvoirs et qu’il peut observer une conversation entre scientifiques qui se déroule à plusieurs kilomètres. Puis il se sent également devenu subitement plus fort. Quelques instants plus tard il découvre qu’il peut voler et détourne l’astéroïde de manière à ce qu’il ne s’écrase pas au sol. Bien en lui en prend car quelques secondes plus tard le corps céleste explose. Si le jeune garçon n’était pas intervenu, l’astéroïde aurait sans doute tué des milliers d’habitants de cette planète. Le garçon, lui, n’a rien (même si ses vêtements sont en lambeaux). Il déduit alors que « les rayons supra-universels de cet astéroïde ont du me donner des superpouvoirs ! ». Vous n’aurez pas manqué de remarquer que l’essentiel de ces pouvoirs (vision télescopique, force, vol, indestructibilité…) correspond à ceux détenus par Superboy. D’ailleurs le garçon ne manque pas de créer une tenue jaune, verte et violette tout en décidant de mettre sa nouvelle puissance « au service du bien de mon peuple ! Et je cacherais mon identité de manière à ce que ceux qui font le mal ne menacent pas ceux que j’aime ! ». Pour enfoncer le clou, le commentaire insiste : « Oui, lecteur ! Un autre Superboy, sur la planète Mars ! ».

L’origine de Marsboy n’est pas sans évoquer celle de Captain Comet (un enfant terrien mutant parce qu’une comète est passée dans le ciel alors que sa mère était enceinte). Mais il convient de noter que Marsboy apparaît en mai 1951 tandis que Captain Comet, lui, date de juin de la même année. L’antériorité va donc au « garçon de Mars ». Quand à savoir pourquoi, parmi tous les martiens, il fut le seul à regarder ce corps céleste et à profiter de ses rayons, là c’est mystère et boule de gomme…

Bien qu’il soit martien, le nouveau héros n’a pas la peau verte ou de particularité physique qui le distinguerait d’un américain moyen. Le fait que les martiens ressemblent autant aux humains ne tardera pas à être expliqué. Les années passent et le héros, qui répond au nom de Marsboy, est devenu un adolescent célèbre sur son monde. Il est appelé par les scientifiques de son monde (drapés dans des toges) qui lui expliquent qu’ils ont découvert que leur peuple est originaire de… la Terre. A la base, il y a de nombreux millénaires, ils habitaient sur le continent mythique Mu. Quand ils réalisèrent que celui-ci était condamné, ils construisirent des fusées pour venir s’installer sur Mars (il faut croire qu’il était plus facile de s’installer sur Mars qu’en Australie ou en Amérique). Mais Mars aussi est menacée d’extinction et les documents originaires de la Terre révèlent qu’il existe une solution qu’il faut aller récupérer sur la planète bleue. Très bien. Alors pourquoi

ne pas se servir ? Marsboy a beau être un héros il ne fait pas dans la dentelle : « Nous avons des vaisseaux spatiaux et nos armes sont supérieures aux leurs ! ». Un des scientifiques le calme cependant. Ce n’est pas si simple. Les observations de la Terre prouvent qu’il y a un problème : Superboy ! Contre lui les armes de Mars seraient impuissantes ! Seul Marsboy est de taille à le battre ! Il a donc été décidé d’envoyer le héros martien sur Terre pour qu’il ramène le secret qui pourrait sauver la planète rouge. Mais si Superboy devait s’opposer à lui… il faudrait le détruire ! Les martiens ne sont pas si belliqueux qu’on pourrait le croire mais entre la survie de leur monde et le sort d’un être qui vit sur une autre planète, le choix est vite fait !

Bientôt, Marsboy fait son apparition sur Terre mais, au début, ses actes n’ont pas grand sens. Il se précipite en Égypte et arrache le Sphinx de son socle avant de le lancer vers l’espace. Son but est de prendre Superboy de vitesse, avant qu’il puisse intervenir : « Une fois que cette relique sera sortie de l’atmosphère terrestre, nos rayons de gravité l’attireront vers Mars encore plus vite que je peux bouger ! ». Mais au même moment, à Smallville, la vision télescopique de Clark Kent lui permet d’apercevoir la vision incroyable du Sphinx s’élevant à travers le ciel. Il faut croire qu’en plus Clark fait aussi usage, au même moment, de sa vision à rayons-X car en raison de la courbure de la Terre, même en étant capable de voir sur des milliers de kilomètres, le Sphinx volant devrait lui rester caché. Ou en tout cas ne lui apparaître que bien après avoir quitté l’atmosphère terrestre (et donc en route pour rejoindre Mars). Bien sûr, la curiosité de Clark est piquée. Et pas question de laisser partir dans le ciel ce trésor de l’humanité !

Il suffit de quelques secondes pour que Clark fausse compagnie à un camarade de classe, s’habille en Superboy et, déjà, redescende le Sphinx au sol, à proximité des pyramides : « Je ne sais pas ce qui t’a rendu errant mais je te ramène là où est ta place ! ». De loin, Marsboy a observé la scène : « Hmm… je vais devoir gérer l’intervention de Superboy ! ». Aussitôt le jeune martien décide de tester les limites des pouvoirs de son rival. Il commence par lui lancer de loin un grand rocher. Superboy, qui n’a pas remarqué son assaillant (bien qu’il puisse pourtant surveiller le Sphinx, même quand il est au Kansas) ne comprend pas ce qui se passe mais n’a pas de problème à réduire en miettes le projectile. Marsboy comprend alors que la force ne suffira pas à arrêter Superboy. Il décide d’utiliser une autre technique, en traversant à toute vitesse l’atmosphère et en manipulant les courants aériens de manière à regrouper les nuages.

Bientôt un orage massif, tel que la Terre n’en a jamais vu, s’amasse dans le ciel. Superboy, sans se douter qu’il y a un stratagème, voit cet orage sans précédent et comprend que s’il atteint la ville (quelle ville, ça on le sait pas, aucune n’étant représentée ou mentionnée. Le Caire ?) ce sera une catastrophe. Mais le jeune surhomme remarque un rocher bourré de particules métalliques. Il extrait alors le métal et le façonne en une grande pointe qu’il tient au dessus de sa tête, fonctionnant comme un paratonnerre vivant. De loin, Marsboy assiste, incrédule, à l’exploit : « Des millions de volts traversent son corps ! Il peut supporter n’importe quoi… Mais cependant… Est-ce qu’il possède une super-force ?« .

Le temps de la ruse est terminé. Cette fois Marsboy atterrit devant son rival. Superboy est passablement surpris : « Quoi ? Un garçon comme moi ? volant à travers l’espace ? Est-ce possible ? Et cependant, cet orage… ce rocher ! Mais… qu’est ce que ça veut dire ?« . Marsboy, lui, est moins loquace et saute sur son rival sans faire mine de se présenter. Ils commencent à s’affronter. Mais il rapidement évident qu’ils sont de force égale. C’est le match nul. Superboy tente alors de parlementer : « Nous ne pouvons pas rester comme ça jusqu’à la fin des temps. Qui est-tu ? D’où viens-tu ? Pourquoi essayer de voler le Sphinx ?« . Mais Marsboy refuse de répondre à la moindre question : « Je peux seulement te prédire qu’entre nous deux, ce sera un duel jusqu’au bout !« . Néanmoins pour l’instant Marsboy s’envole. Superboy pourrait le suivre mais se ravise. Il pense qu’il apprendra plus s’il laisse son adversaire faire le premier pas. En fait, Marsboy, qui ne semblait pas très bien connaître l’étendue des pouvoirs de Superboy quelques cases plus tôt, en sait visiblement assez sur la vie de son rival pour comprendre qu’il lui faut surveiller Smallville. Pendant quelques jours le jeune martien se cache et étudie, de loin, le comportement des adolescents terrestres. Bientôt il en sait assez sur leurs habitudes, leurs expressions ou leur manière de s’habiller. Et c’est sous le nom de Joe Mars qu’il s’inscrit comme étudiant à Smallville High, croisant Clark Kent sans le reconnaître. L’ironie est que le déguisement de Joe Mars consiste à porter une paire de lunettes pour passer inaperçu. Et ce qui fonctionne pour Clark fonctionne aussi pour Joe. Le jeune Kent, convaincu d’être confronté à un nouvel élève du collège, se charge de l’accueillir et de sympathiser avec lui. Aucun des deux ne soupçonne la réelle identité de l’autre. Quand Clark demande à son nouvel ami quelle est sa matière préférée, Joe répond simplement « l’Histoire ancienne« …

En fait, une fois que les cours commencent, il devient vite évident pourquoi Joe préfère parler du passé antique. En termes de sciences, il n’a qu’une idée approximative des connaissances des terriens. Il doit faire attention de ne pas répondre aux questions des professeurs de manière trop avant-gardiste, de manière à ce qu’on ne s’aperçoive pas qu’il vient d’une culture en avance sur la Terre. Ainsi Joe botte en touche. Quand on l’interroge il prétend que dans l’école d’où il vient ils n’avaient pas encore étudiés ce point. Mais pourquoi Marsboy s’oblige à un tel subterfuge et en quoi ceci l’aiderait à voler le Sphinx ? En fait c’est simple : l’extra-terrestre sait que Superboy vit dans les parages mais ignore tout de la vie secrète de son ennemi : « Je ne dois pas poser de questions, ce qui trahirait mon ignorance… Et cependant pour pouvoir le détruire je dois tout apprendre à son sujet !« . La mascarade commence à prendre du sens. Mais Joe est tellement plongé dans ses pensées alors qu’il traverse la rue qu’il n’entend pas un camion qui arrive. Quand il le remarque, c’est trop tard… D’où un dilemme : Joe pourrait facilement se sortir de ce mauvais pas et sortir de la trajectoire du camion mais il lui faudrait du coup utiliser sa super-vitesse. Et inversement, s’il laisse faire et que le camion le heurte, on se rendra compte qu’il est indestructible. Dans les deux cas il risque d’être démasqué. Heureusement pour lui Superboy montait la garde. Le super-héros de Smallville se précipite à son secours, pensant toujours que Joe Mars est un simple humain, et l’écarte du camion. S’assurant que Joe va bien, Superboy lui dit : « J’imagine que là d’où tu viens il n’y a pas autant de trafic« . Joe Mars répond par l’affirmative. Mais forcément ce qu’il ne peut pas dire à Superboy c’est que là d’où il vient ce genre de véhicule est tellement dépassé qu’il n’en a pas l’habitude. Maintenant la supercherie, Joe remercie son « sauveur » et lui jure de faire plus attention à l’avenir. Mais intérieurement il pense : « Oui ! Beaucoup plus attention ! J’ai découvert sa seule faiblesse ! Encore une information et je pourrais le détruire ! Il doit avoir une identité secrète, tout comme j’en ai une sur Mars !« . On maintient le parallèle entre Superboy et Marsboy. Non seulement leurs pouvoirs sont identiques mais en plus leur vie sociale est similaire. Là où le passage est moins explicite, par contre, c’est quand le Martien se félicite d’avoir découvert une faiblesse puisque Superboy n’a pas fait mine d’en avoir une dans cette scène… On verra cependant plus loin que la phrase de Joe a bien un sens.

Plus tard, Joe Mars et Clark Kent sont en cours d’histoire. Et une enseignante interroge Joe sur le nom des signataires de la déclaration d’indépendance. Il semble qu’instinctivement l’extra-terrestre se doute que, cette fois, répondre pas un simple « on n’a pas étudié ça dans mon école d’origine » ne passerait pas. Du coup, il lui faut impérativement donner une réponse. Il décide alors de tricher et d’utiliser sa vision à rayons-x pour voir l’information dans le livre de Clark, qui se trouve devant lui tout en tournant le dos. Pour lire le livre, Joe doit donc faire passer sa vision augmentée à travers le corps de Clark et c’est à ce moment-là qu’il s’aperçoit que l’autre porte, sous ses vêtements, la tenue de Superboy ! Joe connaît le secret de Clark ! « Maintenant ça devrait être facile ! » pense le jeune martien. Mais peut-être moins qu’il le croit. Car au même moment Clark sent bien qu’il est traversé par une onde de chaleur (les rayons X émis par Joe). Par réflexe il se retourne et balaye lui aussi la classe de son regard surhumain (avec deux projecteurs de rayons x dans la pièce, c’est à se demander si toute les élèves ne récoltent pas brûlures et cancers… Mais à l’époque la nocivité des rayons X était méconnue et il est normal que l’auteur ne s’intéresse pas à cet aspect des choses. A plus forte raison parce que de nos jours les méfaits des abus de rayons X sont mieux cernés et que ce n’est pas pour autant que les scénaristes modernes de Superman lui ont fait retiré ce mode de vision si particulier. Depuis le temps, Lana Lang ou Lois Lane ont du recevoir des doses assez titanesques pour les priver de toute chance d’enfanter ! Pour l’heure, cet échange de rayons X a un débouché plus direct : Clark aperçoit également le costume de Marsboy sous les vêtements de Joe Mars. Chacun sait à quoi s’en tenir sur l’autre !

Après les cours, Joe n’a plus de raison de faire semblant : « Il est temps d’être franc, Clark Kent, alias Superboy. Maintenant que je connais ton identité je vais faire pression sur toi ! Je veux le Sphinx… sans interférence de ta part !« . Mais Clark proteste : « Désolé, Joe, les trésors de la Terre appartiennent à la Terre« . Clark ignore le nom martien de son interlocuteur mais sans doute que la direction prise par le Sphinx quand il a été lancé dans l’espace lui a fait comprendre que son rival n’était pas terrestre. Joe ne se démonte pas : « Bien, et bien ce sera un combat jusqu’au bout alors. En tout cas merci de m’avoir permis de trouver la réponse à cette question en utilisant ma vision à rayon X !« . Curieuse considération (et politesse) de la part de Marsboy, qui normalement devrait se moquer du cours comme de sa première chemise. Mais la réflexion fait tiquer Clark. Car, voyez-vous, ce cher Clark, ce bon Clark, est trop honnête pour risquer de tricher, même accidentellement, pendant les cours. Il a donc pris le soin de glisser de fines feuilles de plomb dans la doublure de ses livres de cours de manière à ne pas pouvoir lire par réflexe les informations pendant les examens. Et, bizarrement ce cher Clark, ce bon Clark, au lieu de se concentrer sur la manière d’empêcher que Joe ne révèle son identité secrète ou vole le Sphinx, préfère s’occuper de son ego. Car si les rayons X de Joe peuvent traverser le plomb (à la différence de ceux de Superboy), cela veut donc dire qu’il est plus puissant que Clark en au moins un domaine ! Snif !

Joe Mars décide de mettre la pression sur Clark en faisant tout pour le démasquer. Il faut croire que le jeune martien aime se compliquer la vie car plutôt que de s’écrier dans le couloir du collège « Hey les gars, Clark Kent est Superboy ! » ou encore de profiter de l’effet se surprise pour déchirer les vêtements « civils » de Superboy (ce qui révélerait son uniforme), Joe se lance dans une tentative plus biscornue. Le même après-midi la classe visite une usine. Alors que Clark passe à côté d’un bassin d’acide, Joe utilise son super-souffle pour le déséquilibrer et le faire tomber dans la cuve. Parce que les collèges américains aiment bien faire passer leurs élèves à côté de bains d’acide sans protection genre grille ou périmètre de sécurité, c’est bien connu. Du coup les vêtements et les lunettes de Clark fondent et Superboy émerge du bassin. Aussitôt un des autres élèves s’écrie « Hein ? Mais alors… Clark doit être Superboy !« . Heureusement pour lui, le super-héros n’est pas à cours d’astuce : « Ne fais pas de conclusion hâtive, Fred ! J’ai du voler si vite pour sauver Clark que vous ne m’avez pas vu bouger. Regardez dans l’autre pièce, vers la porte !« . Tout le monde se retourne et voit, dans la pièce voisine,… Clark en train de se remettre de ses émotions, sous une couverture. En fait Superboy/Clark arrive à maintenir l’illusion qu’il est deux personnages distincts en se déplaçant à super-vitesse. Superboy explique : « Clark a juste souffert d’un accident mineur et une partie de ses vêtements ont été détruits par l’acide. Allez, vas chez toi, Clark !« . Puis Superboy referme la porte, ce qui fait qu’il n’a plus besoin de tenir les deux rôles en même temps, la classe pensant que Kent vient de quitter l’endroit. Bien sûr, Superboy a de la chance. D’abord parce que le dénommé Fred ne tique pas en se disant « Mais comment Superboy connaît-il mon prénom ? » et ensuite parce que, par on ne sait quel miracle, le Clark vu dans l’autre pièce porte une paire de lunettes. C’est, bien sûr, obligatoire puisque sinon tout le monde verrait qu’un Clark sans lunettes a le même visage que Superboy (et ceci briserait la base même du « déguisement » du héros). Mais on se souviendra que tout son « déguisement civil » vient d’être dissout dans l’acide. Y compris ses lunettes. Alors d’où vient cette paire ? Le scénariste ne se pose pas la question. Soyons charitables et imaginons que, vue l’importance stratégique des lunettes pour son identité secrète Superboy a toujours une paire de rechange dans une poche intérieure de sa cape indestructible, là où l’acide ne pouvait rien dissoudre.

Après avoir refermé la porte de l’autre pièce, Superboy s’éclipse en prétendant qu’il lui faut maintenant ramener Clark chez lui pour qu’il se change. Intérieurement Jo Mars ricane : « Bien joué, Superboy ! Ca n’avancerait pas mes plans de révéler vraiment ton identité ! Je veux juste de mettre la pression… beaucoup de pression !« . On comprend donc que c’est là le point faible dont parlait plus tôt Joe, quand il a lui-même failli trahir sa véritable identité. C’est sur ce terrain là qu’il veut déstabiliser Superboy ! Quelques heures plus tard, Clark a repris ses activités humaines et se trouve à bord d’un tramway bondé. Mais soudainement Marsboy surgit, dans son super uniforme, sur la voie. Il soulève les rails et est visiblement sur le point de provoquer un déraillement. Mais Clark ne peut agir. La foule est trop dense pour qu’il puisse se changer sans être remarqué. Alors Clark fait semblant d’être projeté vers la vitre et de tomber. Il s’habille à super-vitesse en Superboy sans que personne puisse le voir et est donc en état de sauver le tramway et ses occupants : « Hmm… Ce Joe Mars fait tout pour me tenir occupé !« . En fait, Joe, pendant ce temps, s’est à nouveau habillé en humain et observe la scène : « Hmm… Je pense qu’il est temps de tendre mon piège ! Il est assez prêt !« 

Quelques instants plus tard, Joe aborde Clark Kent et lui confie : « Quand je suis sur Mars je combat le Mal. Je détesterais passer tout ce temps à cacher mon identité !« . Clark est abattu. A l’évidence Joe a raison. Le jeune Kent ne peut rien faire d’autre quand il est occupé à cacher son secret. Sur un air faussement sympathique, Joe lui propose alors un rendez-vous plus tard dans la journée « pour discuter des choses« . Clark accepte, bien qu’il voit clair dans le jeu de son interlocuteur : « Ca doit être un piège mais je vais prendre cette chance« . Plus tard, c’est habillé en Superboy que le héros arrive dans la maison où Joe lui a demandé de le retrouver. Marsboy ne tarde pas à surgir par la fenêtre : « Notre duel est terminé, Superboy ! Et j’ai gagné ! Je vais quitter cette pièce et quand je vais le faire tu ne pourras pas me suivre ! Mais d’abord je te dois une explication ! Nos scientifiques ont appris qu’à l’intérieur du Sphinx est cachée une formule pour fabriquer de l’eau qui a été découverte par nos anciens ancêtres d’Atlantis. Cette formule est notre seule chance de survie sur Mars !« . La déclaration de Marsboy peu paraître surprenant car le voici donc non seulement martien mais aussi en partie atlantidéen. Mais surtout ce terme ne semble pas coller avec ce que les scientifiques de Mars expliquaient au début de l’histoire à leur émissaire. Eux disaient que les gens de Mars venaient de l’ancien continent terrestre Mu, pas d’Atlantis ! Serait-ce une erreur de raccord ? Pas vraiment. En fait, en mélangeant Atlantis, Mu et le Sphinx de l’ antique, le scénariste de cet épisode semble se baser précisément sur les travaux de d’Augustus Le Plongeon, auteur du dix-neuvième siècle qui popularisa l’idée du continent englouti de Mu. D’après lui les survivants de Mu, lieu basé dans l’Atlantique, avaient ensuite migré en et en Amérique. Ce n’est qu’ensuite, pour séparer les légendes de Mu et de l’Atlantide que certains auteurs plus tardifs décidèrent que Mu était dans le Pacifique (par opposition à Atlantis qui ne pouvait, vu son nom, ne se trouver qu’en Atlantique). De ce fait, dans la version de Superboy #14, Mu et l’Atlantide peuvent très bien être une seule et unique nation qui aurait eut pour capitale Atlantis, avant d’être engloutie. Et, effectivement, les secrets de cette civilisation auraient pu se retrouver en si l’on suit les mouvements de population décrits par le Plongeon [1]. A l’époque, cette description d’une Atlantis détruite n’était pas incompatible avec l’existence du héros Aquaman car dans le Golden Age ce dernier était le fils d’un scientifique qui avait découvert les ruines d’Atlantis. Ce n’est que vers la fin des années cinquante que DC changerait de version en décrivant Aquaman comme un demi-Atlantéen, issu d’une ville engloutie qui existait encore. Que Marsboy parle d’une Atlantis détruite colle à ce moment-là assez bien avec ce qu’on savait alors du Aquaman du Golden Age.

Mais les détails de cette explication importent peu à Superboy qui, lui, ne s’intéresse qu’à une chose : Pourquoi ne pourrait-il pas poursuivre Marsboy lors de son départ ? Le jeune martien se justifie alors : « Pendant mon séjour sur Terre j’ai appris ta faiblesse. Tu ne ferais jamais de mal à un de tes semblables ! Avant que tu viennes ici, j’ai tapissé cette pièce avec du radium. Puis j’ai bombardé le radium avec ma vision à rayons-X ! TU est maintenant radioactif et tu es nocif pour quiconque croiseras ton chemin ! Et tu ne peux t’échapper d’ici parce qu’il n’y a pas de cuivre pour te permettre de t’isoler !« . Et Marsboy s’envole par la fenêtre, sans perdre plus de temps à discuter. Peut-être faudrait-il quand même expliquer aux deux jeunes que Marsboy aussi, ayant séjourné dans la même pièce, est en théorie tout aussi radioactif et que le laisser partir revient pour Superboy à le laisser contaminer les environs mais la pensée ne semble pas effleurer les personnages. Superboy, lui, a tiqué sur un terme utilisé par Marsboy. Cette histoire de cuivre. Car ce n’est pas le cuivre qui isole des radiations mais le plomb ! C’est pour ça que Superboy ne peut jamais lire à travers le plomb ! Et d’un seul coup le kryptonien comprend quelque chose qui est lourd de sens mais qu’il n’expliquera que dans quelques cases. Pour l’instant il se rue sur un tuyau en plomb (de nos jours de tels tuyaux sont reconnus nocifs pour la santé) et, avec sa super-force, modèle le plomb pour en faire une fine pellicule : « Ainsi je pourrais m’en recouvrir jusqu’à ce que j’atteigne la stratosphère, là où il doit emmener le Sphinx« .

Quelques instants plus tard une masse couverte de plombe fonce dans le ciel. Une fois dans la stratosphère et loin de tout humain, Superboy se débarrasse de sa protection et retrouve vite Marsboy, qui est en train d’emmener le Sphinx dans l’espace. Mais c’est là que Superboy peut lui crier d’attendre… et de lui expliquer ce qu’il vient de comprendre. Le cuivre a sur Marsboy exactement le même effet que le plomb sur Superboy : il bloque sa super-vision. Marsboy est étonné de comprendre que Superboy, du coup, peut voir à travers le cuivre (Ouf, Clark ! L’honneur est sauf, Marsboy n’est pas plus puissant que toi il a simplement des pouvoirs différents mais égaux !). Et Superboy a fait une autre déduction : La formule vitale cachée dans le Sphinx doit se trouver dans un récipient en cuivre sinon le martien n’aurait pas besoin d’emmener tout le monument. Il lui aurait suffit de lire la formule à travers le Sphinx ! Et puisque Superboy peut lire le message, les deux personnages s’entendent alors immédiatement : Superboy déchiffre la formule et la lit à Marsboy qui l’enregistre grâce à sa super-mémoire ! Ils n’ont plus besoin de se battre ni de déplacer le Sphinx ! Superboy prend la place de Marsboy pour reposer la statue monumentale sur Terre. Leur querelle terminée, Marsboy serre la main de celui qui est désormais son allié : « Je suis content que ça se termine de cette manière, Superboy ! Nous nous ressemblons trop pour être des adversaires. Et pour des raisons évidentes nous devons protéger nos identités secrètes respectives !« . Superboy conclut alors l’histoire en lâchant « Je me demande… est-ce que nous nous verrons à nouveau ?« .

Dans les comics du Golden Age ou du Silver Age, ce genre de phrase pleine d’espoir et d’opportunités revient souvent à une sorte « d’enterrement de première classe » pour oublier aussi vite le « guest star » de l’épisode. La problématique des auteurs de cette ère est que la notion d’univers partagée était, au mieux, embryonnaire. En dehors des épisodes de la Justice Society of America (qui de toute façon en 1951 partait vers une retraite dorée), des éphémères Seven Soldiers of Victory (inactifs depuis les années 40) et de des rencontres de Superman et Batman dans World’s Finest (mais qui ne se produiraient pas avant quelques années), la rencontre entre deux héros durables n’était pas monnaie courante, que ce soit en général (chez la plupart des éditeurs) ou plus particulièrement chez DC. Ajoutez un niveau de difficulté lié au fait que les aventures de Superboy étaient avant tout une sorte de « préquelle » aux exploits modernes de Superman. Injecter un autre super-personnage régulier dans la jeunesse du kryptonien aurait généré un certain nombre de questions sur son devenir à l’époque contemporaine de Superman. Smallville était donc régulièrement visitée par des personnages extraordinaires qu’on ne revoyait pas par la suite. Mais, contre toute attente, pas dans le cas présent. Marsboy allait revenir. Et vite !

En fait Marsboy était tout simplement le « bébé » d’un des auteurs réguliers de Superboy/Superman à l’époque. William Woolfolk est un scénariste méconnu (ou en tout cas pas connu à sa juste valeur) du public moderne, qui avait commencé dans le métier dans les années 40, en commençant à travailler pour le studio Eisner & Iger. Après avoir écrit des épisodes de Plastic Man (pour Quality Comics), il signa des histoires pour un peu tout les éditeurs majeurs (Timely, Fawcett, Archie et donc DC…). Woolfolk est crédité pour avoir inventé l’expression « Holy Moley », le pseudo-juron préféré du Captain Marvel originel. Mais il est aussi le co-créateur d’ennemis majeurs du héros, comme Captain Nazi et Mister Atom. Bill Woolfolk fut également, entre autres choses, le co-créateur des Boy Buddies (sorte d’équivalent des Young Allies chez MLJ) et du Heap (monstre « marécageux » ancêtre de Swamp Thing et Man-Thing). Quand Will Eisner fut appelé sous les drapeaux, Woolfolk fut l’un des scénaristes qui le remplaça sur la série. Un sacré CV, donc, qui fait preuve de sa capacité à introduire des personnages nouveaux et, dans bien des cas, des super-villains marquants. Hélas, Woolfolk ne sera pas toujours « suivi » par les dessinateurs, qui n’investiront pas forcément autant d’efforts pour caractériser ces créations. On ne peut qu’imaginer ce qui se serait passé si Woolfolk avait fait équipe avec un dessinateur comme Jack Kirby…

En l’occurrence, Woolfolk avait créé Marsboy dans Superboy #14 et, assez rapidement; il allait faire appel à lui. Dès Superboy #16 (septembre 1951), deux numéros plus tard, Woolfolk allait organiser une sorte de « match retour » qui permettrait au jeune Kal-El de découvrir de plus près la planète Mars, toujours sur un registre de compétition mais cette fois-ci plus amicale. Puisque chacun est convaincu que l’autre avait une existence plus facile, Superboy et Marsboy décident d’échanger leurs vies pour quelques temps, chacun se faisant passer pour l’autre sur sa planète d’origine. Au final les deux personnages finissent par mettre en danger l’identité de l’autre (sur la planète rouge Marsboy est en fait Sutri) et mettent fin à l’expérience, sorte de super-échange scolaire. Chacun des deux de dit que, finalement, c’est l’autre qui a la vie la plus dure. Deux apparitions c’est mieux qu’une, mais Marsboy allait encore jouer un rôle important dans un troisième épisode (Adventure Comics #195, décembre 1953), intitulé « Lana Lang’s Romance on Mars ». Contrairement aux deux autres histoires on n’est pas certain que Woolfolk soit l’auteur cette fois-ci mais ceci reste l’hypothèse la plus probable. Lana Lang apprend l’existence de Marsboy (venu rendre visite à son ami sur Terre) et décide de le manipuler pour rendre Superboy jaloux. L’épisode permet d’ailleurs à Marsboy d’apparaître en portant un nouvel uniforme orange et blanc, dérivé de celui qu’il portait jusque-là. Bien sûr, la ruse de Lana échouera et les deux super-héros retrouveront leur tranquillité sur leur planète respective. Woolfolk semblait disposé à inscrire Marsboy durablement dans le patrimoine de Superboy et à le décrire comme le « super-ami » du Kryptonien, celui à qui Clark Kent pouvait demander un coup de main ou rendre visite à l’occasion. Mais hélas, à partir de 1954, Woolfolk n’allait plus scénariser les exploits de Superboy pour se concentrer sur la vie adulte de Superman. Il aurait été intéressant de voir Woolfolk importer sa création martienne à cette autre époque, transformant Marsboy en Marsman mais, dans les quelques mois où Woolfolk resta sur le titre, il n’en eut pas l’opportunité. La configuration future de DC passa à deux doigts d’être singulièrement changée.

Au début des années 50, comme nous l’évoquions plus tôt, la notion de continuité inter-titres était pratiquement inexistante. Ce qui faisait que différents auteurs pouvaient faire appel à un même élément de la culture populaire sans s’occuper de savoir si cela était cohérent ou contraire à ce qu’un collègue avait déjà écrit. Il n’était pas rare de faire appel à Mars. Ainsi Clark Kent/Kal-El avait déjà rencontré des martiens très différents (y compris leur dictateur, admirateur d’Hitler) dans Superman #61 (1950). Pour rester dans les mêmes eaux, Batman et Robin rencontreraient un martien totalement différent (le Manhunter from Mars) en 1953. Et tout ça, forcément, ne collait pas avec les fois où le Flash du Golden Age ou la Justice Society of America avaient montré la planète Mars. Mais la particularité de Marsboy était de ne pas seulement avoir fait une apparition exceptionnelle mais d’être revenu trois fois et de montrer l’ébauche d’une chronologie durable dans son amitié avec Superboy. Si Woolfolk avait pu passer la vitesse supérieure et soit répéter encore d’autres apparitions de Marsboy aux côtés de Superboy ou, mieux, arriver à le transformer en Marsman dans les aventures de Superman, l’effet domino aurait sans doute été important.

En novembre 1955, en s’inspirant du Manhunter From Mars qui avait croisé le chemin de Batman en 1953, Joseph Samachson et Joe Certa créèrent le Martian Manhunter classique de DC: un être vert (J’onn J’onzz) doué de pouvoirs équivalents, voir supérieurs, à ceux de Superman. Au fil des ans la version de Mars dépeinte dans les aventures de J’onn J’onzz devint celle qui s’imposa dans l’univers DC. En fait, jusqu’en 1958 on trouve dans les exploits de Superman des références à Mars qui sont incompatibles les unes aux autres et qui ne correspondent ni à la planète du Martian Manhunter, ni à celle de Marsboy. Mars (en gros jusqu’à ce que la création de la Justice League of America polarise les rapports entre les héros), les auteurs en faisaient un peu ce qu’ils voulaient d’un numéro à l’autre. Marsboy était pourtant parti avec trois coups d’avance et, si Woolfolk était resté plus longtemps pour guider son poulain, c’est sans doute son Marsboy qui aurait prédominé. De là à dire que Marsman aurait occupé la même place que Martian Manhunter dans l’univers DC, le pas est peut-être un peu grand mais la chose est dans le domaine du possible. Le fait est, si on y regarde bien, que les deux versions de Mars ne sont pas incompatibles. Après tout le peuple de Marsboy a beau habiter sur Mars, on se souviendra qu’il s’agit de survivant d’Atlantis exilés dans l’espace. Leur population doit représenter l’équivalent d’une petite colonie qui pouvait très bien vivre dans l’ombre d’une civilisation martienne indigène. Pendant le Silver Age, le peuple de J’onn J’onzz était en effet encore supposé habiter la planète. A l’opposé, dans la version Post-Crisis J’onn J’onzz est au contraire le dernier survivant de Mars, ce qui permet d’expliquer que les sondes américaines n’aient trouvé aucun signe de vie là-bas. Mais vu que Marsboy posait clairement les choses dès sa première apparition en expliquant que sa planète était mourante on pourrait imaginer que la quête du Sphinx n’était qu’un des éléments permettant de sauver son monde et que, visiblement, tout ne s’est pas passé comme prévu. A partir de là Marsboy et les siens pourraient avoir trouvé la mort à un moment situé entre l’adolescence de Clark Kent et l’époque où il est devenu Superman. Ou bien les « Atlantes de Mars » auraient pu déménager vers un autre monde plus accueillant que Mars (ce qui supposerait de trouver un autre nom à Marsboy ou qu’il se fasse simplement appeler Sutri). Ou encore attendre, en hibernation, caché quelque part sous la surface martienne ? Une autre solution serait tout simplement d’expliquer que les Atlantes ont subi le même sort que les habitants de Kandor et ont été miniaturisés par Brainiac, l’adversaire de Superman.

Mais… ça n’enlèverait pas un autre problème. Depuis la fin des années 50, Atlantis se porte bien dans l’univers DC et n’est pas une ville détruite puisqu’Aquaman en a été le roi pendant des années. Et là, les références semblent plus contradictoires. Marsboy ne peut exister, en fait, que dans l’univers DC du Golden Age, où son lien avec Atlantis ne pose pas de problème. En fait, au delà de ce héros martien, ce sont tous les épisodes de Superboy de la fin des années 40 et du début des années 50 qui posent question car traditionnellement on place la barrière chronologique entre la continuité du Golden Age et celle du Silver Age aux alentours de 1955 et 1956 (apparitions du Martian Manhunter et du deuxième Flash). Normalement, tout épisode de Superboy publié avant 1955 ne pourrait qu’être rattaché à l’adolescence du Superman de l’Age d’Or (celui de Terre-2, membre honoraire de la Justice Society). Mais ce Superman-là n’a jamais fait mine d’avoir été Superboy dans son enfance. Marsboy et quelques autres personnages de la même époque tombent donc dans une sorte de « no man’s land », une sorte de « Terre 1.5 » qui ne se rattache pas totalement au Golden Age et pas vraiment, non plus, à l’époque suivante. Peu importe la continuité à laquelle on le rattache. Marsboy reste un fascinant exemple d’un personnage qui s’est presque installé durablement dans la mythologie de Superman/Boy et qui finalement sera retombé dans les limbes alors qu’il était à deux doigts de passer la vitesse supérieure. Le sort du Martian Manhunter et d’Aquaman en aurait sans douté été bousculé…

Autre question : S’il existait un équivalent de Superboy sur Mars et qu’il lui était identique en tout (mis à part l’inversion du cuivre et du plomb pour les rayons X), n’était-il pas logique de penser que Marsboy avait également un point faible, son équivalent de la kryptonite ? Un épisode plus tardif semble dire que oui. Dans Adventure Comics #255 (décembre 1958) Superboy est confronté à Kozz, un autre martien (à la peau jaune celui-là et sans doute pas issu des « Atlantes de Mars » ou de la race du Martian Manhunter) qui l’expose à la Kryptonite Rouge (la « Red Kryptonite« ), qui a pour effet de séparer les gens en deux versions (une bienveillante, une négative). Kozz lui présente cette pierre en expliquant bien que c’est l’équivalent de la Kryptonite sur Mars (ce qui fait que c’est de la « Kryptonite Rouge » à plus d’un titre). Mais à l’époque Marsboy n’était déjà plus qu’un lointain souvenir et personne ne réalisa que cet élément achevait de boucler la boucle, que Mars avait donc son Superboy et que cette kryptonite là venait parfaire un parallèle qui n’avait déjà plus lieu d’être… A moins que la Kryptonite Rouge soit ce qui composait la météorite qui avait donné ses pouvoirs à Marsboy ? La possibilité était là mais, William Woolfolk parti, il ne restait plus personne pour s’intéresser au destin du « Garçon de Mars » !

[Xavier Fournier]

[1] L’idée n’est d’ailleurs pas très éloignée des scènes liées à l’origine du héros Dynaman de Marvel/Timely dans les années 40 (Daring Mystery Comics #6).