[FRENCH] Est-ce qu’en 1942 la libération de l’Europe semblait déjà une évidence à Bill Everett, le créateur de Sub-Mariner ? Dans Marvel Mystery Comics, l’auteur décida d’envoyer son héros amphibie copiner avec la Résistance. Objectif: libérer la France. Et quand les forces de son empire arrivent à mettre fin à l’occupation deux ans avant la date réelle, l’épisode a une dimension pour le moins étrange. Et le « Sacrebleu! » qu’on prête aux frenchies est bien sûr de rigueur…

Après une de ses aventures dans le monde de la surface, Namor le Sub-Mariner rentre dans son royaume glacé. Là, il tombe sur sa mère, Fen, qui lui dit combien elle est émue de ce qu’elle a pu apprendre sur le sort de la France occupée. Les résistants ont besoin d’aide et elle arrive sans mal à convaincre son fils à diriger ses efforts vers la France. Pour qui a déjà lu quelques épisodes de Sub-Mariner datant du Golden Age, cette mise en bouche est déjà en soi assez bizarre car le plus souvent les gens de la race de Namor (il n’était alors pas commun de les appeler des Atlantéens) détestaient assez ouvertement les humains. Assez régulièrement Namor (pourtant pas connu pour son calme) était même obligé de les tempérer… Et encore, dans des périodes où lui-même ne parlait pas de détruire le monde de la surface. Que cette race amphibie s’intéresse soudainement au destin de la France est donc assez surprenant (et on se demandera par exemple pourquoi ces hommes amphibies n’ont pas tenté d’aider la Pologne ou d’autres contrées).

Sans perdre de temps Namor convoque ses généraux et ils organisent un débarquement du côté de Rochefort. Sub-Mariner et ses hommes surgissent de leurs sous-marins armés de mitraillettes, avec le mot d’ordre de tirer à vue sur tout ce qui ressemble à un nazi. Ils arrivent visiblement à éliminer tous les soldats allemands qu’ils peuvent trouver à Rochefort puis prennent la peine de couler un navire ennemi avant de se retirer. A Vichy, les Allemands comprennent que les assaillants ne sont pas français mais peinent à les identifier. Ils décident de représailles et font abattre des dizaines d’otages à chaque nouvelle action de Namor. Ce dernier, furieux, découvre ces retombées dans le journal mais décide d’intensifier sa lutte… Mais finalement après avoir entendu d’autres menaces d’exécutions d’otages, il se ravise. Il faut changer de tactique et être plus subtil.

Au lieu d’attaquer de front les occupants, il va infiltrer ses forces: les sujets de Namor (pendant le Golden Age ils étaient représentés avec une peau verte, des yeux énormes et une moustache de poisson-chat) ne peuvent passer pour des humains. Suivant les ordres de leur prince ils s’équipent de masques (genre latex) et ainsi déguisés peuvent passer pour des Français. Un des soldats de Namor ironise même sur le fait qu’il lui faille porter un masque pour enfin ressemnbler à « une grenouille ». Visiblement les sujets de Namor ont les mêmes surnoms que le monde anglo-saxon pour les frenchies… Ce qui est intéressant c’est que cette infiltration masquée démontre déjà dans la continuité les facultés des Atlantéens à se glisser parmi les humains, précédant de plus de 60 ans l’autre infiltration atlantéenne vue plus récemment, en marge de Civil War.

Les hommes de Namor arrivent à rallier la Résistance et l’organiser. C’est l’occasion de voir passer des figurants aux prénoms évocateurs tels que Jean ou Guillaume, balancer des jurons comme « Sacrebleu ». Mais enfin tout ça se structure: les amphibiens et la Résistance se mettent d’accord pour mener de front un assaut global. Namor se paye même le luxe d’un message radio francophone (puisque visiblement il parle tous les langages de la surface). Le soir dit, c’est l’attaque. Les résistants attaquent les occupants partout en même temps. Au même moment les forces de Namor font surface dans la Manche et débarquent sur les plages avec pour cri « Tous à Paris! ». Très vite des avions volés par la Résistance permettent de bombarder les positions ennemies autour de la capitale. La ville de Lyon est à son tour libérée. Des cases entières montrent la foule dans les rues des villes françaises, tandis que Namor tient des discours publics encourageant la population à lutter avec courage…

Jugeant qu’une « nouvelle révolution française » est en cours, Namor ordonne à ses hommes de se retirer: les français ont désormais la situation bien en main d’après lui… Sauf que bien sûr, dans la réalité, il reste encore deux longues années avant qu’un soulèvement de ce genre ne se produise. Quelle mouche a donc piquée Bill Everett alors que Marvel était d’habitude plus prudent quand à l’actualité de la seconde guerre mondiale (Hitler était montré mais il était rare que l’éditeur claironne sur une possible défaite proche). En lisant l’histoire et en voyant comment Everett insiste sur la pratique nazie d’éxécuter des otages en représailles, il semble probable que la « petite graine » de cette histoire vient d’un reportage qu’aurait lu ou vu Everett sur cette pratique. De là, il a sans doute ressenti la réaction viscérale qu’il prête à la princesse Fen en début de son histoire. Une première tentative ratée de débarquement en France aurait bien lieu en 1942, à Dieppe. Un autre débarquement, plus ambitieux, se déroulerait en novembre de la même année (c’est à dire des mois après cette histoire de Sub-Mariner) mais dans ce qui était alors considéré comme étant les « territoires français d’Afrique du Nord ». Et comme de bien entendu ce débarquement-là aurait pour nom de code « Operation Torch » (voir l’opération baptisée d’après son rival ? Namor en aurait eut une attaque)… De quoi donner des idées à de futurs scénaristes des Invaders sans doute…

[Xavier Fournier]