[FRENCH] Dans les années quarante, le sauvage Ka-Zar était déjà le roi de la jungle chez Marvel. Encore faut-il savoir de quel Ka-Zar et de quelle jungle on parle puisque (contrairement à la version moderne, plus admise de nos jours chez l’éditeur) le premier Ka-Zar (David Rand) ne vivait pas dans une sorte de continent perdu en compagnie d’un tigre à dents de sabre. Plus « terre-à-terre », celui-ci évoluait dans le très réel Congo Belge accompagné d’un énorme lion appelé Zar. Et pas un dinosaure à l’horizon… Encore que…

Depuis les années 60, le lecteur contemporain de Marvel a eu tout le temps de s’habituer au Ka-Zar moderne. Ce dernier (dont le vrai nom est Kevin Plunder, fils d’un lord anglais) vit dans une jungle cachée (dans un recoin de l’Antarctique, réchauffée selon les explications par le voisinage d’une chaîne de volcans ou bien par d’antiques machines laissées par la civilisation atlante). Dans cette réserve naturelle survivent de nombreuses espèces disparues dans le reste du monde, à commencer les dinosaures, les hommes de Néandertal et même le tout dernier tigre à dents de sabre, Zabu. Enfant, Ka-Zar a sympathisé avec Zabu au point que chacun des deux considère que l’autre est comme son frère. Et, avec un tel compagnon, Ka-Zar n’a eu aucun mal à se faire reconnaître comme le maître de cette Savage Land (la « Terre Sauvage »). Voici pour l’aspect moderne du seigneur de la jungle des Marvel Comics. Néanmoins, Ka-Zar est sans doute le plus ancien concept édité sous la houlette de Martin Goodman (fondateur de Timely/Marvel Comics) à trouver aujourd’hui encore un écho dans les revues modernes. Ce n’est pas tout à fait le premier (cet honneur revient à quelques cow-boys de pacotille que Goodman édita vers 1932) mais c’est bien le seul de cette époque à laisser aujourd’hui encore des traces… La version première de Ka-Zar est plus ancienne qu’Human Torch ou que Sub-Mariner (ces derniers étant apparus en 1939) puisqu’elle remonte, elle, à 1936. A l’époque, Martin Goodman ne s’était pas encore tourné vers l’édition de comics et publiait des magazines « pulp ». Et c’est trois ans avant de faire ses premiers pas dans la BD qu’il édita les aventures d’un héros de la jungle nommé Ka-Zar (ou même, si on veut être précis « Ka-Zar the Great »).

Créé par le romancier Robert Byrd (alias « Bob Byrd »), le Ka-Zar de 1936 était un jeune américain, David Rand (et non pas l’anglais Kevin Plunder), tandis que ses aventures se déroulaient en Afrique, en plein Congo Belge (actuelle République démocratique du Congo). Quelques années plus tôt, l’avion de la famille Rand s’était écrasé dans la jungle. La mère du petit David était morte dans l’accident et le père ne survivrait que de façon très diminué, incapable de ramener l’enfant vers la civilisation. Grandissant dans la jungle, David allait sauver un jour un grand lion prisonnier des sables mouvants et, après la mort de son père, le héros finirait sa croissance en compagnie de cette bête nommée Zar. David finirait par prendre pour nom Ka-Zar, ce qui dans le langage de la jungle signifie « frère de Zar ».

Assez souvent on qualifie Ka-Zar (la version du Golden Age tout comme son équivalent moderne) d’imitation de Tarzan. Mais la plupart des gens se référant plutôt au Tarzan du cinéma, ils ne se rendent pas compte à quel point cette copie est proche. Bien sûr, Tarzan (publié pour la première fois en 1912) est plus connu pour avoir été élevé par un groupe de singes. Mais à partir du neuvième roman de Tarzan (Tarzan and the Golden Lion, publié dans Argosy All-Story Weekly à partir de décembre 1922) le héros d’Edgar Rice Burroughs est escorté très régulièrement par un lion massif nommé Jad-bal-ja. Entre Zar et Jad-bal-ja, les différences ont l’épaisseur d’une feuille de papier. Leurs interventions ou leurs personnalités sont les mêmes… Et bien que le fossé soit un (tout petit) peu plus large en ce qui concerne leurs maîtres les rapprochements n’allaient pas tarder à se renforcer, y compris et surtout quand Ka-Zar, après trois pulps à son actif, serait transféré dans les pages de Marvel Comics #1 (Sans doute que Martin Goodman voulait un Tarzan pour aider à booster les ventes de la nouvelle revue)…

Les versions « romans » et « comics » du premier Ka-Zar sont de toute manière indissociable, dans le sens où les premières BD seront des adaptations des nouvelles de Robert Byrd… Dès la dernière partie du premier roman de Tarzan, le héros d’ Edgar Rice Burroughs voyage (alors qu’il est à la recherche de Jane) et visite les Etats-Unis. Comme de bien entendu, David Rand et son lion voyageront eux aussi et iront à New York pendant toute une ligné d’épisodes. C’est d’ailleurs une spécificité de Ka-Zar par rapport aux autres héros Marvel du Golden Age : sa formule narrative tenait plus du serial, avec des histoires se décomposaient en plusieurs chapitres au fil des mois. Quelques autres héros (the Angel, Miss America, Electro..) joueraient aussi un peu avec la logique du feuilleton mais Ka-Zar restait vraiment un spécialiste du genre. Par exemple la saga de « Ka-Zar In America” commence dans Marvel Mystery Comics #12 (en octobre 1940) et continue jusque décembre. En janvier 1941, complètement horrifiés de leur premier contact avec l’Amérique, Ka-Zar et Zar reviennent à la vitesse « Grand V » en Afrique. Visiblement la famille Rand n’a pas beaucoup de chance avec les avions puisque celui qui les ramène explose, obligeant le héros et son lion à sauter en urgence, utilisant tous les deux (oui, même Zar !) des parachutes.

Deux différences majeures entre Tarzan et Ka-Zar sont néanmoins à noter. D’une part Ka-Zar était partie prenant de l’univers Marvel alors naissant. C’est-à-dire qu’il lui arrivait de croiser des super-héros et d’entretenir des liens amicaux avec eux. Dans Marvel Mystery Comics #25, une nouvelle de Stan Lee explique d’ailleurs que les personnages qui apparaissent dans les Marvel (Mystery) Comics se réunissent de temps à autre, sans doute sur une base mensuelle… C’est le « Marvel Get-Together » et Ka-Zar participe donc à des réunions en compagnie d’Human Torch, Toro, Patriot, Sub-Mariner, Angel, Vision ainsi que Terry Vance (un jeune détective) sans qu’on comprenne bien quel est le but de ce genre d’entrevues (décider à quelle Å“uvre de bienfaisance il convient de reverser les royautés liées à l’utilisation de leur image par Marvel ?). Dans Human Torch #5B, quand Sub-Mariner déclare la guerre à toute la race humaine et menace de submerger le monde entier, la Torche du Golden Age réalise soudainement que Ka-Zar, dans la jungle africaine, n’a pas accès aux journaux et que rien ne l’avertira de la menace. Human Torch fait alors un détour pour le prévenir de construire une arche pour sauver les animaux de la jungle. Soit Ka-Zar a trouvé le moyen d’abattre assez d’arbres pour construire un bateau de taille à accueillir tous les animaux d’Afrique (et auquel cas on imagine la catastrophe en termes de déforestation) soit il s’agit d’une arche à la Noé et il faudrait des millénaires pour que la faune repeuple le continent. Mais ça, ni Human Torch, ni Ka-Zar et ni leur scénariste ne semblent s’en émouvoir…

L’autre différence entre Tarzan et Ka-Zar vient du fait qu’ils sont tous les deux des purs produits de leur époque. Du coup l’actualité géopolitique qui les entoure est différente. Tarzan affronte bien des allemands pendant la première guerre mondiale (dans « Tarzan The Untamed ») avec d’autant plus de rage qu’ils tuent ses amis indigènes et kidnappent sa chère Jane (tiens, d’ailleurs, c’est une troisième différence : Ka-Zar n’a pas vraiment d’équivalent de Jane). Mais Ka-Zar étant actif à la fin des années 30, c’est la seconde guerre mondiale qu’il voit arriver à sa porte. David Rand combattra donc assez régulièrement des nazis tentant d’envahir la jungle. Et dans ce qui est apparemment son dernier épisode du Golden Age (Marvel Mystery Comics #27, en février 1942), il prête même main forte aux forces armées de la France Libre.  Ka-Zar n’habitait pas dans une jungle aussi flamboyante que la Savage Land mais il n’avait visiblement pas le temps de s’ennuyer… Et puis restait quand même cette volonté « d’accompagner » (et c’est un euphémisme) la trajectoire de Tarzan. Et ce modèle prestigieux, lui, ne se contentait pas de faire des allers-retours entre la jungle et l’Occident. Il explorait également de merveilleuses civilisations oubliées…

Dans Marvel Mystery Comics #18 (Avril 1941), dans une histoire dessinée et scénarisée par Ben Thompson (le créateur de Citizen V), David Rand s’embarque donc dans une nouvelle quête. On nous explique que « Depuis de nombreuses années Ka-Zar a entendu parler d’une section éloignée et sauvage de la jungle. Les indigènes clament que ceux qui ont descendre jusqu’au bout la « Rivière Noire » n’en sont jamais revenus vivants ! Même les animaux de la forêt, avec lesquels Ka-Zar a appris à parler, ont peur du secteur de la Rivière Noire ! ». Il n’en faut visiblement pas plus pour piquer la curiosité de David, qui se construit un radeau et part à l’aventure sur cette mystérieuse rivière. Zar ne fait pas partie du voyage… Allez savoir pourquoi le lion, à ce moment de la série, était devenu un élément moins important et on ne le voyait plus guère que dans des scènes de « foule », quand Ka-Zar donnait des ordres à de nombreux animaux. David part donc seul sur son radeau et, au bout de quelques kilomètres, se rend compte que la « Rivière Noire » s’engouffre dans une grotte souterraine. Dans les remous, Ka-Zar tombe à l’eau et est happé par le courant, perdant rapidement connaissance…

Plus tard Ka-Zar découvre qu’il est dans un endroit étrange. Si étrange en fait qu’on voit bien qu’il y a une coupure dans l’histoire. Non seulement on passe directement d’une case où David est inconscient dans l’eau à un moment où il sur pied, sans une rivière en vue mais en plus le commentaire cache visiblement ce qui était à l’origine une bulle. On a visiblement coupé/censuré quelque chose, sans doute pour écourter l’histoire et gagner de la place. Ka-Zar déambule donc dans cet endroit inconnu, réalisant qu’il ne reconnaît même pas les différentes sortes d’arbres. Il est soudain dérangé par un grand cri qui lui rappelle « comme le cri de Kru le vautour mais en bien plus fort ! ». Une énorme bête (grande comme un camion) lui passe devant et Ka-Zar réalise qu’elle ne fait que fuir quelque chose de dangereux qui est à sa poursuite. Une seconde créature apparaît et… on constate qu’il s’agit d’un grand dinosaure avec une corne sur le front ! Rapidement le prédateur se jette sur Ka-Zar, prêt à le dévorer mais le monstre s’effondre finalement dans un grand cri. Il vient d’être touché par une flèche si grande que David ne peut que se demander qui a pu la tirer. Mais il a à peine le temps de se cacher avant de voir arriver l’archer, qui se révèle être… un géant. Le nouveau venu n’a pas remarqué Ka-Zar et il semble qu’il a simplement voulu se débarrasser d’un dinosaure qui traînait sur son territoire, sans cherche à sauver qui que ce soit. Curieux, Ka-Zar suit à travers la jungle le géant jusqu’à la caverne qui lui sert de tanière. Mais il est vite horrifié… L’endroit est jonché de crânes humains, tandis que le géant est en train de faire bouillir le contenu d’une marmite. Ka-Zar comprend pourquoi personne n’est jamais revenu de cette contrée étrange (« Strange Land »)…

Malheureusement pour lui, David n’a pas pris en compte qu’il pouvait y avoir plus d’un géant. Voilà qu’un autre arrive derrière lui, se présentant au seuil de la grotte. Ka-Zar est pris au piège et, cette fois, vite repéré. Un des deux géants s’empare de lui avec l’intention manifeste d’en faire son dîner. « Quel idiot j’ai été de ne pas avoir regardé derrière moi ! » s’exclame le héros tandis que le narrateur s’exclame « Qu’arrivera t’il  à Ka-Zar dans les griffes du monstre ? Ne manquez pas Marvel Comics le mois prochain ! ». Je vous avais prévenu, la logique narrative de Ka-Zar repose sur l’effet feuilleton, avec des conclusions abruptes, supposées convaincre le lecteur de revenir mois après mois. Mais comme ne pas vous en dire plus sur les tribulations de Ka-Zar à « Strange Land » serait sans doute du sadisme à ce point, sachez que le mois suivant, dans Marvel Mystery Comics #19, Ka-Zar est sauvé in extremis au moment où il va être jeté dans la marmite du géant. Un grand tremblement de terre provoque l’apparition d’un incendie massif. Ka-Zar arrive à échapper aux mains du géant et à se hisser hors d’atteinte des flammes. Cependant il est vite pris de remords (curieux, puisque son adversaire est quand même un cannibale) et lance une corde au géant de manière à ce qu’il puisse lui aussi se hisser et échapper à l’incendie. Réalisant qu’il doit sa vie à Ka-Zar, le géant lui jure alors d’être pour toujours son ami et explique s’appeler Bogat. Mais, poursuit le cannibale, ils doivent échapper aux Limbos, des hommes lézards qui habitent sous la surface de la terre et qui sont la seule chose plus terrible que les géants. Quand les Limbos remontent à la surface de la terre, cela provoque des cataclysmes du type de celui qui se produit… Et effectivement alors que Bogat termine son explication, des hommes lézards apparaissent. Une bataille éclate mais, pour faire court, le combat est interrompu par un petit avion qui se pose non loin de là (son moteur était en surchauffe). Bogat s’arrange alors pour retenir les Limbos et permettre à Ka-Zar de courir jusqu’à l’avion avant qu’il reparte, échappant ainsi à « Strange Land »…

Cette « Strange Land » du Ka-Zar du Golden Age, avec ses dinosaures et ses monstres, peut-elle être la « Savage Land » du Ka-Zar moderne ? Cela dépend de quel point de vue on se place. Techniquement la Savage Land se trouve dans l’Antarctique. Quelqu’un qui partirait du Congo en radeau et qui tomberait à l’eau mettrait quand même un certain temps avant de parcourir toute cette distance. Et il n’aurait pas de nourriture pendant tout ce temps. Mais on a vu des choses plus « grosses » se dérouler dans les pages des comics du Golden Age. Et si c’est bien dans la Savage Land que David Rand s’est aventuré en 1941, la chose aurait l’avantage d’expliquer comment deux personnages sauvages ont pu, à plusieurs décennies d’intervalle, prendre le même nom de Ka-Zar. Bogat mais aussi les Limbos ont vu ce premier Ka-Zar. S’il s’agît bien d’habitants de la « Terre Sauvage », ils ont pu propager la légende d’un guerrier blanc et blond nommé Ka-Zar. Et quand le petit Kevin Plunder est arrivé des générations plus tard, lui aussi blanc et blond, c’est fort logiquement que les habitants l’ont appelé Ka-Zar, comme le guerrier « mythique » dont ils avaient entendu parler dans le passé.

Ca, c’est pour un premier aspect de la continuité. La vérité est cependant que dans l’esprit de Ben Thompson il ne s’agissait très certainement pas d’un endroit situé en Antarctique mais bien d’une nouvelle manière de « suivre » les exploits de Tarzan. Et là, les choses se compliquent un peu car le romancier Edgar Rice Burroughs n’était pas « tout blanc » lui-même. S’il est assez courant que les comics copient et s’inspirent de tout ce qui passe, l’inventeur de Tarzan avait commencé par s’inspirer du « Livre de la Jungle » et de Mowgli avant de créer son seigneur de la jungle. De la même manière l’auteur avait de longue date été intéressé par le concept du “Monde Perdu”.

Il y a d’ailleurs une véritable lignée dans cette affaire. En 1864 était publié le «  Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne, dans lequel des aventuriers s’aventure à l’intérieur de la planète (qui serait visiblement creuse). Au fur et à mesure qu’ils progressent ils finissent par tomber sur des dinosaures et même sur un géant qu’ils aperçoivent de loin (serait-ce Bogat ?).

On ne nous ôtera pas de l’idée que Sir Arthur Conan Doyle avait singulièrement à l’esprit le roman de Jules Verne quand il publia en 1912 son « Lost World » ( «Le Monde Perdu »), dans lequel le Professeur Challenger mène un petit détachement dans une contrée « oubliée » peuplée de dinosaures et d’hommes singes. Sans doute admiratif de Jules Verne et d’Arthur Conan Doyle, Edgar Rice Burroughs signa en 1915 « At the Earth’s Core », début d’une série de livres dans laquelle on nous explique que la Terre est creuse et qu’une sorte de continent oublié, Pellucidar, est situé de l’autre côté de la surface.

Pellucidar est bien entendu peuplé à volonté de créatures préhistoriques… « Strange Land » serait donc une copie de Pellucidar ? Non. C’est encore un peu plus compliqué que çà. Visiblement une terre préhistorique ne suffisait pas à contenir toute l’imagination d’Edgar Rice Burroughs sur ce sujet. C’est pourquoi en 1921, dans le roman Tarzan The Terrible, le seigneur de la jungle s’aventure dans une vallée africaine oubliée, Pal-ul-don, elle aussi peuplée de dinosaures (et de toute façon, le romancier travaillant lui aussi selon une logique d’univers partagé, il enverrait son héros visiter Pellucidar dans « Tarzan at the Earth’s Core »). Il semble bien que le modèle de départ de « Strange Land » (ou de la Vallée de la Rivière Noire » si vous préférez) serait bien Pal-ul-don plutôt que Pellucidar. Mais même dans ce cas, cette aventure du Ka-Zar du Golden Age aurait sa place dans la continuité moderne de Marvel. Voyez-vous, l’existence d’une vallée perdue peuplée de dinosaures est validée. S’inspirant de la légende du Mokele-Mbembe (équivalent africain du Monstre du Loch-Ness) mais aussi un peu, sans doute, du Pal-ul-don de Tarzan, le scénariste Carl Potts expliqua dans Punisher War Journal vol.1 #7-8, lors d’une rencontre entre le Punisher et Wolverine, qu’il existait bien des dinosaures en pleine Afrique dans l’univers Marvel moderne. Qui plus est, au Congo ! En admettant que le géant Bogat et les Limbos se sont entretués au moment de la fuite de Ka-Zar (ce qui expliquerait que les héros modernes n’aient pas vu de trace de géants), David Rand, le Punisher et Wolverine se sont peut-être (sûrement même) trouvé au même endroit mais à plusieurs décennies d’écart.

Qu’est devenu le Ka-Zar originel depuis ? Avec l’entrée effective des USA dans la seconde guerre mondial fin 1941, le sujet de prédilection de Timely/Marvel fut plutôt les super-héros à tendance patriotique. Forcément, Ka-Zar faisait moins l’affaire, il cessa donc de paraître, même si vers la fin on avait joué avec l’idée de le rendre surpuissant. Dans Marvel Mystery Comics #26, un sorcier lui fait boire une potion qui le rend plus fort et plus endurant. Peine perdue, Marvel Mystery Comics #27, en janvier 1942 serait sa dernière apparition. Ce qui pose la question… Qu’est donc devenu ce Ka-Zar africain ? Dans les années 60, quand il fit apparaître le « nouveau » Ka-Zar (version Kevin Plunder) dans Uncanny X-Men #10, il n’est pas certain que Stan Lee voulait spécialement « effacer » David Rand. A plus forte raison parce que quand on lit l’épisode en question, les X-Men rencontrent bien le personnage dans la Savage Land (et non en Afrique), accompagné d’un tigre à dents de sabre (et non de Zar) mais il n’est dit nulle part qu’il s’appelle Kevin Plunder (cette explication, Stan Lee ne l’introduirait que plusieurs mois plus tard). On notera d’ailleurs que la Savage Land « inventée » par Stan Lee et Jack Kirby dans l’Antarctique tient plus de Pellucidar d’ d’Edgar Rice Burroughs que de  Pal-ul-don. Techniquement le Ka-Zar « anonyme » rencontré par les X-Men aurait pu être David Rand, miraculeusement préservé par la potion magique du sorcier, qui aurait « déménagé » de l’Afrique à la Savage Land parce qu’il fuyait la civilisation (finalement Shanna, l’épouse de Kevin Plunder, a déménagé de façon similaire quelques années plus tard). Mais quand Stan Lee expliqua dans un épisode de Daredevil que Ka-Zar était « Lord Kevin Plunder » (ce qui est, ironiquement, une manière de plus le faire ressembler à Tarzan/Lord Greystoke) il referma cette porte. Le Ka-Zar moderne ne pouvait être David Rand…

On notera que « Rand » est aussi le nom de famille d’un autre héros de Marvel, l’as des arts martiaux Iron Fist (dans le civil Daniel Rand). Au fil des années bien des fans se sont amusés à essayer à théoriser un lien de parenté entre David et Daniel Rand mais à la lueur des révélations de la série Immortal Iron Fist (dans laquelle on apprend que le père d’Iron Fist était un orphelin sans nom qui prenait le nom de Rand en hommage à son mentor Orson Randall), c’est une voie qui parait sans issue. David Rand est, selon tout vraisemblance, mort de sa belle mort quelque part en Afrique et pas dans la « Savage Land ». Et encore, même comme cela on peut lui trouver des ramifications dans la continuité. Cette histoire de potion magique concoctée par un sorcier africain, qui donnerait une force et une endurance supérieure, ressemble à s’y méprendre à un élément biographique d’un autre personnage de Marvel. Kraven le Chasseur, adversaire de Spider-Man (et à l’occasion du Ka-Zar moderne) a gagné sa réputation de tueur en séjournant pendant des décennies en Afrique. Et il doit sa longévité à une potion magique arrachée à un sorcier africain. David Rand et Kraven auraient-ils eu le même « fournisseur » ? Y aurait il dans la nature une sorte d’Anti-Kraven, un David Rand surpuissant maintenu jeune par cette même potion ? Et… Kraven est traditionnellement habillé dans une tenue fabriquée à partir d’une peau de lion… Pourrait-il s’agir de la peau de Zar ?

[Xavier Fournier]

PS : Bien que le nom “Ka-Zar” reste la propriété de Marvel, le roman d’origine n’appartient plus à l’éditeur de comics. Du coup le roman a été réimprimé plusieurs fois mais, ne pouvant s’intituler Ka-Zar, est paru sous le titre « King of claws and fangs« . La réédition la plus récente est celle d’Oxford City Press (http://www.amazon.com/King-Claw-Fang-Bob-Byrd/dp/B003IKHYYE/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1281210641&sr=8-1) sortie en janvier 2010. Une édition de 2005 est apparemment plus facilement disponible : http://www.amazon.com/Ka-Zar-King-Fang-Bob-Byrd/dp/B002ACUW9U/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1281210724&sr=1-1

Les premiers romans de Ka-Zar par Robert Byrd étant tombés dans le domaine public en Australie, vous pouvez lire le roman initial (en anglais) à cette adresse : http://gutenberg.net.au/ebooks06/0603981.txt