femforce19a.jpg[FRENCH] A l’heure où les héros du Golden Age reviennent en masse (Superpowers, The Twelve, Invaders…) peut-être n’est-il pas inutile de se tourner vers un comic book précurseur du genre. Il y 19 ans, Femforce #19 ramenait déjà une louchée de héros oubliés et permettait en prime à Greg Horn de faire ses premières armes.

AC Comics est un label méconnu qui existe aujourd’hui depuis plus de trente ans. Son titre phare, Femforce (pour ne pas nous égarer je vais placer quelques liens sur les héros et termes moins connus), est l’une de ces rares séries indés a avoir dépassé le numéro 100. Le tout ne s’est pas toujours fait dans l’aisance (l’éditeur et la série ont connus des périodes de type fanzinat) mais reste que les deux continuent aujourd’hui d’exister de manière discrète, dans les profondeurs du catalogue de Diamond. Leur cible ? Les amateurs de Golden Age et de super-héroïnes à forte poitrines. Ces dernières composent les rangs de la Femforce, qui pour quelques temps encore détiennent le record de durée pour une super-équipe exclusivement féminine (d’ici quelques mois les Birds of Prey de DC les auront sans doute rattrapés). AC s’est ainsi construit en ramenant quelques héroïnes des années 40 (Miss Victory ou encore Phantom Girl, retravaillée en « Nightveil » pour des raisons légales) et en exagérant sur leur capacité pulmonaire façon Megavixen. Mais il restait d’autres héros à ramener, pour la plupart tombés dans le domaine public (et donc libres d’usages). Et le scénariste de Femforce (mais aussi éditeur-en-chef d’AC) décida de frapper un grand coup en les ramenant par paquets entiers dans un épisode intitulé « Dark Return »…

femforce19b.jpgPrenons un instant pour « contempler » la couverture (il faut le dire assez hideuse) du numéro en question. En bas, à droite, vous trouverez la signature de l’artiste débutant Greg Horn (depuis devenu un spécialiste des grosses poitrines dessinées à coup de peinture digitale). Il dessine non seulement l’extérieur mais aussi l’intérieur de l’épisode. En 1989, il n’est qu’un bleu et il est donc difficile de lui tenir rigueur de ces hésitations graphiques. D’autant qu’AC, à l’époque, est dans sa phase fanzineuse. Le dessin ne prétend pas révolutionner le genre et une fois qu’on a souligné qu’il s’agit de l’oeuvre d’un débutant, passons à la chose qui nous intéresse plus, à savoir le scénario.

Tara (une sorte de super-Tarzan au féminin), l’une des membres de la Femforce, fait un terrifiant songe dans lequel elle s’imagine attaqué par une hideuse femme-serpent. Réveillée en sursaut, elle est informée qu’on l’attends pour un cocktail. La réception a lieu sur la terrasse d’un immeuble et, de manière assez instantanée, une femme masquée passe dans le ciel, propulsée par une sorte de jet dorsal qui déraille. La mystérieuse femme-fusée tombe alors et se raccroche à un balcon, un ou deux étages sous la réception. Tara a vite fait de bondir à son secours… Désemparée, la femme volante lui explique alors sa triste histoire. Il s’agit de Jet Girl, une héroïne qu’on n’avait pas revu depuis les années 40. Et pour cause: comme de nombreux autres super-héros de l’âge d’or, elle vient de passer plusieurs décennies en hibernation dans une sorte de morgue spéciale, tenue dans un sommeil mystique par un spécialiste de l’étrange, le Docteur Weir. L’idée, c’est que tous ces héros devaient dormir jusqu’au moment où le pays aurait à nouveau besoin d’eux (façon le Roi Arthur sur l’île d’Avalon en quelque sorte). Mais ca ne s’est pas tout à fait passé comme ça. Ce soir, le Docteur Weir a réveillé Rocketman et sa partenaire Jet Girl. L’ennui c’est que si Jet Girl s’est bien réveillée, Rocketman, lui, semble mort. Paniquant, Jet Girl s’est alors enfuit…

Tandis que Tara et Jet Girl discutent, la presse s’est rassemblée au pied de l’immeuble. La télévision a reconnu Jet Girl, héroïne célèbre quelques dizaines d’années auparavant. Les présentateurs s’interrogent d’ailleurs: Jet Girl a disparu à la même époque que de nombreux autres héros. Qu’est il advenu de personnages désormais oubliés comme le Phantom Falcon et bien d’autres ? Devant sa TV, le docteur Weir fulmine. Les héros en question sont préservés dans son institut. De manière sombre, il décide alors qu’il va falloir remettre la main sur Jet Girl qui n’a rien compris et le considère comme un adversaire. Mais à ce stade, rien de vraiment rassurant n’émane du bonhomme…

Changement de scène. Tara a mené Jet Girl jusqu’à la salle de réunion de la Femforce. Catman, Captain Flash, The Avenger et le Green Lama (d’autres héros du Golden Age réveillés par le Docteur Weir) attaquent le groupe de femme dans l’idée de récupérer Jet Girl. Quand le combat (qui dure quelques pages) s’achève, c’est Jet Girl elle-même qui calme la Femforce et s’excuse pour le chaos. Finalement c’est bien le Docteur Weir qui avait raison. Il est bienfaisant et n’a pas provoqué la mort de Rocketman, qui était simplement inconscient, sonné par ces années d’hibernation. Le malentendu dissipé, Weir peut alors entretenir la Femforce et ses propres héros d’un mal terrible qui menace le monde (et qui l’a incité à réveiller ses ouailles), un adversaire dans lequel les héroïnes reconnaissent le Black Shroud, un de leurs ennemis jurés.

A ce stade, l’histoire marque une pose (le comic fait en tout une quarantaine de pages) et la seconde partie n’est plus dessinée par Horn mais par un certain Jim Royal. L’essentiel de cette seconde partie consiste à raconter les exploits passés de The Avenger (un héros anti-communiste) tel qu’il les raconte à l’héroïne Nightveil… avant que chacun d’entre eux ne réalisent qu’ils se connaissent sous des noms différents. Ils sont en effet frère et soeur mais, à cause de cette histoire d’hibernation, chacun pensait l’autre mort. Ce n’est pas tellement cette intrigue tarte-à-la-crème qui donne son intérêt au fascicule mais bien le retour soudain d’une demi-douzaine de héros des années quarante. La boîte de Pandore était ouverte en quelque sorte et les épisodes suivants montreraient que le Docteur Weir avait encore bien du monde dormant dans sa morgue mystique… virtuellement tous les héros des années 40 (y compris le Daredevil du Golden Age) n’appartenant ni à Marvel ni à DC… En dehors de la formation de la Liberty Legion chez Marvel, il n’y avait pas eu de précédent si massif (même le retour de la JSA n’est pas du même ordre). Une histoire intéressante, qui permit de rendre certains personnages aux yeux du public (certes restaint puisque spécialisé). Sans doute rien qui puisse concurrencer l’ampleur ou les ventes à venir de Superpowers mais l’un préparait certainement la voie pour l’autre…

[Xavier Fournier]

Site d’AC Comics: http://www.accomics.com/


Collectorz.com Comic Collector