advintfear24.jpg[FRENCH] Le « tueur de vampires » contre le « vampire vivant ». Adventure Into Fear proposait en 1974 un match sans merci. Bien que signée par des auteurs reconnus comme Steve Gerber et P. Craig Russell, la rencontre vaut cependant son pesant de kitsch. Mais que voulez-vous, quand Blade est pourvu de lunettes de ski et que Morbius sort de sa fusée…

Les aventures « solo » de Morbius le Vampire Vivant (ennemi semi-régulier de Spider-Man) ont toujours été un peu plus biscornue que celles des autres vampires. Parce qu’il n’était pas réellement une créature issue du fantastique (il doit ses pouvoirs à une expérience scientifique qui a mal tourné), il permettait aux scénaristes des intrigues qui lorgnaient beaucoup plus vers la SF. Mais là, dans la scène d’ouverture d’Adventure Into Fear, c’est du grâve, c’est du corsé. A la suite d’une précédente aventure, voici Morbius échoué sur un autre monde. Heureusement un alien (qui n’a qu’un oeil géant lui tenant lieu de tête) le dirige vers la dernière fusée restante de la planète. Si c’est pas de la chance ça ma petite dame. Mais comme rien n’est jamais facile pour un vampire échoué à quelques années-lumières de chez lui, la possibilité de retour de Morbius est vite compromise par l’arrivée d’une horde de barbares indigènes. Le vampire y trouve l’occasion de se faire les dents sur le cou d’une belle reine guerrière. Et puis allez, l’heure du retour a sonné. Morbius et son compagnon à l’oeil unique prennent place dans la fusée pour retourner sur Terre…

advintfear24big.jpgL’histoire enchaîne rapidement avec Blade, qui erre dans les rues de New York. Ca n’a l’air de rien comme ça mais cet épisode est historique pour lui. C’est la première fois qu’on le voyait apparaître en dehors d’un comic de Dracula et c’est d’une certaine manière son premier contact avec l’univers Marvel « extérieur » à sa série d’origine. Pour autant l’histoire écrite par Steve Gerber n’est pas particulièrement inspirée. C’est bien simple, quand au bout de quelques pages la fusée de Morbius vient s’écraser comme une bouse pile poil dans la rue où il se trouve, même Blade a du mal à y croire: « J’ai vu des films de série-B avec de meilleurs scénarios que çà! ». Est-ce une manière pour le scénariste de montrer qu’on lui a un peu forcé la main ? Allez savoir. Le travail du dessinateur P. Craig Russell (plus connu pour ses Killraven ou ses Elric) est intéressant mais a souffert d’un encrage assez plat de la part de Jack Abel. Le vrai intérêt de l’épisode réside dans le fait que les deux personnages sont relativement nouveaux chez Marvel et que Gerber peut jouer sur ce fait pour construire une situation croustillante. Ni Blade ni Morbius n’ont entendu parler l’un de l’autre. Blade croit affronter un vampire « extra-terrestre » (après tout il l’a vu descendre d’une fusée) et s’étonne de l’entendre parler anglais. Tandis que Morbius n’est même pas au courant qu’il existe d’autres vampires que lui. Aussi quand Blade, dans la ferveur du combat, laisse échapper qu’il a déjà affronté Dracula, Morbius est convaincu qu’il est face à un malade mental qui pense que le roman n’est pas une fiction. Bref aucun des deux ne sait réellement qui est l’autre et cela donne lieu à un échange assez drôle pendant le combat qui, finalement, est assez vite expédié. Blade, croyant être face à un vampire aux faiblesses classiques, place Morbius en face d’une croix (ce qui ne fait strictement rien à la créature en raison de son origine non-mystique). Le vampire, profitant de l’effet de surprise, s’enfuit faire de nouvelles victimes ailleurs.

Dans les années suivantes, ils auront d’autres occasions de s’affronter à nouveau, cette fois en toute connaissance de cause. Mais la particuliraté de Adventure Into Fear #24 reste cependant avec cet épisode Blade cessait d’être un simple ennemi de Dracula pour devenir à part entière un personnage ancré dans l’univers Marvel au sens large, menant vers le début d’une vraie carrière solo, quelques mois plus tard, dans Vampire Tales. S’il est bien évident que la popularité de ce chasseur de vampires n’a réellement explosée qu’avec l’arrivée des films qui lui furent consacrés ces dernières années, Adventure Into Fear reste une charnière (assez caricaturale, il est vrai) de sa carrière.

[Xavier Fournier]