Oldies But Goodies: Adventure Comics #275 (Août 1960)

[FRENCH] Quand Superman était enfant et s’appelait Superboy, les super-héros étaient peu nombreux. Particulièrement à Smallville. Mais quel est donc le secret de ce mystérieux Flying Fox, un homme masqué portant sur ses épaules une cape prétendument magique, héritée de la tradition indienne ? Ce nouveau héros va devenir l’un des meilleurs amis de Clark.

Les histoires classiques de Superboy ont toujours surfé allégrement avec le paradoxe temporel. Premièrement il fallait que les scénaristes de Superman et de Superboy jonglent respectivement avec les ajouts fait à chaque série. Si Superman se souvenait soudainement d’un élément important de la planète Krypton, il ne fallait pas qu’un épisode de Superboy (qui paraissait dans Adventure Comics) supposé se dérouler des années plus tôt, ne vienne contredire la chose. Mais parfois, pour des questions de cohésion avec le reste de l’univers DC, il fallait bien que les séries se croisent. L’éditeur organisait alors d’improbables rencontres avec des personnages venus d’autres époques. Ainsi on eut droit à des tandems Superboy/Supergirl ou Superboy/Robin qui n’étaient pas générer leur lot de paradoxe puisque, par exemple, si Superboy, adolescent, avait croisé Supergirl venue du propre futur du héros, alors en toute logique Superman, devenu adulte, n’aurait pas du avoir la moindre surprise le jour où il découvrit qu’il n’était pas le seul survivant de Krypton et que sa cousine venait d’arriver sur Terre. Mais cela n’avait pas l’air de trop effrayer les scénaristes (tout au plus les interrogations des lecteurs à ce sujet leur donnait de  nouvelles idées de scénario pour annuler le paradoxe, le plus souvent en générant une contradiction plus biscornues). A un moment, Superboy se construisit carrément une sorte de télescope temporel pour observer son propre futur et ses aventures d’adulte. Bien sûr, là aussi on est dans le paradoxe car cela voudrait dire que depuis l’adolescence Clark Kent connait à l’avance les points faibles de ses futurs adversaires ou bien comment il va se tirer de tel mauvais pas, tuant ainsi toute intensité dramatique.

Mais quoi qu’il en soit, Adventure Comics #275 s’ouvre sur Superboy jouant au voyeur dans le futur, regardant les exploits de Superman… quand soudain l’adulte profite de l’aide de Batman. Batman! Bien sûr Superboy a déjà entendu parler de Batman car, quelques temps plus tôt, il a croisé Robin (Dick Grayson) qui était venu lui rendre une petite visite à travers le temps. Clark songe alors à Batman, impatient de rencontrer un jour cet autre héros. A ce moment Superboy se pose une question qui ne veut strictement rien dire sur un plan logique « Je me demande si le rencontrerait un jour, avant que nos futures carrières se croisent ». Ce qui revient à se demander s’il rencontrera Batman… avant de le rencontrer. Et comme dans les années 60 on aimait bien quand les choses s’enchaînaient de façon fluide, voilà que quelques semaines plus tard Clark Kent a la surprise de voir arriver un nouvel élève dans sa classe : l’adolescent Bruce  Wayne, venu vivre quelques temps à Smallville. Superboy n’est pas sans savoir que Bruce est destiné à devenir Batman et s’étonne de la coïncidence (quand même des personnages trouvent que la ficelle est grosse, on sent que le scénariste n’est pas très fier de l’artifice). Très vite le jeune Bruce se révèle supérieurement intelligent et un athlète parfait. Il s’attire l’admiration de toute la classe et de la jeune Lana Lang (la dulcinée de Clark) qui commence à penser que Bruce est parfait et qu’il est sans doute presque aussi intelligent que Superboy. Du coup ce dernier commence à en être un jaloux.

D’autant qu’il n’a pas tort. Bruce Wayne a bien repéré Lana et la drague autant qu’il peut, quitte à se faire inviter chez elle sous prétexte de voir l’exposition de talismans rares du père de Lana (monsieur Lang étant explorateur). Elle est en train de lui montrer une très ancienne fourrure de renard (en fait un costume de sorcier indien supposé être à l’épreuve des balles) quand les deux adolescents s’aperçoivent par la fenêtre qu’un gangster est en train de braquer la banque voisine à bord d’un mini tank. Lana a tôt fait de demander à Bruce d’intervenir. Après tout – même si elle ne le sait pas – Bruce a déjà commencé à s’entraîner pour devenir super-héros un jour. Lana lui conseille de se vêtir de la fourrure de renard et Bruce, se fabriquant un lasso avec une corde de fortune, s’élance dans la rue. Il arrête le hold-up sans trop de peine et devient connu sous le nom du… Flying Fox ! Lana est convaincue que c’est la peau de bête qui a sauvé Bruce et elle lui demande de la conserver, pour devenir un super-héros comme Superboy. Bruce ne croît pas un mot de cette histoire de puissance magique de la tenue mais comme il veut impressionner Lana, il accepte…

Bientôt, les chemins de Superboy et du Flying Fox se croisent. Ils luttent tous les deux contre un gang qui a accès à de la kryptonite. D’où danger pour Superboy, qui non seulement est heureux de pouvoir compter sur un allié mais a également tôt fait (grâce à sa vision à rayons X) de voir que Bruce se cache sous la cagoule. Superboy est en confiance puisqu’il sait qu’il s’agît d’un futur ami. Il va même jusqu’à sculpter des bustes géants des bandits en cire pour que le Flying Fox puisse mémoriser leurs visages. Et dans la foulée Superboy offre à son allié un sac plein de trucs ainsi qu’une corde, espérant ainsi que cela donnera à Bruce l’idée d’inventer plus tard sa bat-ceinture et son bat-lasso. Bien sûr c’est bête de la part de Superboy puisqu’ayant regardé dans le futur il ne devrait pas se poser de question sur le fait que Bruce va inventer ou pas les gadgets en question. D’autant que de son côté Flying Fox fait preuve de certains futurs traits de Batman, en particulier son côté « je veux tout savoir ». Le renard masqué (n’y aurait-il pas une référence indirecte à Zorro, un des modèles de Batman ?) enregistre en effet ses conversation avec Superboy car il veut analyser la voix et apprendre son identité secrète.

Pour l’instant, l’urgence est cependant d’arrêter les gangsters. Malheureusement, ces criminels surprennent Flying Fox en pleine nature, en train d’observer les bustes. Ils l’assomment et lui volent la radio qui lui sert à communiquer avec Superboy, dans l’espoir d’attirer ce dernier dans un piège. Laissé sur place, Bruce a l’idée de se servir des pseudo-gadgets de son sac pour transformer les bustes en bougies géantes. Il veut ainsi attirer Superboy comme l’autre ne sait pas que la radio a été dérobée. Peine perdue, les bandits ont suivi Superboy grâce à la radio et ils jettent alors une grosse pierre de kryptonite, potentiellement mortelle pour lui. Toujours en utilisant ce qu’il trouve dans son sac, Flying Fox arrive à fabriquer des explosifs et détruire la pierre. Superboy peut capturer le gang, remerciant son partenaire… Mais le Flying Fox a une requête: Superboy pourrait-il demander à Clark Kent de passer chez Bruce ?

Quand les deux jeunes hommes se retrouvent en civil, Bruce Wayne peut alors apprendre à Clark qu’il l’a démasqué. En étudiant sa voix, il a déduit qu’il est Superboy (pas mal Bruce, mais il y avait aussi une solution plus simple qui consistait à remarque que Clark c’est Superboy avec des lunettes). C’est au tour de Clark de lâcher sa petite bombe : il explique à Bruce que son destin est de devenir Batman et qu’ils finiront par être les meilleurs amis du monde. Sidéré, Bruce fini par annoncer à Superboy qu’il va s’auto-hypnotiser pour oublier tout ça. Bruce estime qu’il est tout simplement trop jeune pour connaître les secrets de Superboy et aussi, sans doute, son propre destin. L’histoire se termine sur Clark feuilletant un dictionnaire et s’apercevant, amusé, que « Flying Fox » (le « Renard Volant ») est aussi un surnom qu’on donne à certains types de chauve-souris… Tout ça, bien sûr, se déroulait avant Crisis et l’existence de Flying Fox dans la jeunesse de Bruce Wayne n’est aujourd’hui plus de mise (sauf soudain caprice d’un futur auteur). Pourtant dans les années 80 le scénariste Roy Thomas trouva dans cette histoire la matière première pour la création d’un nouveau héros. Thomas parti du principe que la peau de bête avait réellement des propriétés magiques et qu’elle avait appartenu effectivement à un super-héros amérindien membre des Young All-Stars dans les années 40 et nommé, comme de bien entendu, le Flying Fox. Il s’agissait sans doute du détenteur de la tenue avant que le Professeur Lang la trouve et que sa fille l’offre à Bruce… Même si cette identité masquée a évolué en un personnage très différent, cet alter-ego précédent de Bruce Wayne reste captivant…

[Xavier Fournier]

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