French Collection #208[FRENCH] Cette semaine, nous continuons notre plongée dans le début du silver age, mais cette fois avec un éditeur que nous n’évoquons que rarement dans cette chronique, aux Etats-Unis comme en France. L’ère Marvel vient tout juste de commencer le mois précédent et bien que daté de janvier 1962, Fantastic Four #2 (1961 Series) sort en fin d’année 1961. Les chiffres de vente du premier numéro ne sont bien entendu pas encore connus et Stan Lee & Jack Kirby continue sur leur lancée d’équipe de « chasseurs de monstres » anti-héros.

French Collection #208Cette fois-ci le concept est même poussé à son paroxysme puisque les premières pages nous montrent des Fantastic Four devenus fous. The Thing [Ben Grimm] détruit le pilier d’une plateforme pétrolière qui sombre manquant de tuer ses occupants.

Susan Storm (à cette époque elle n’est encore que fiancée) vole une pierre précieuse de presque 10 millions de dollars de l’époque en se rendant invisible tandis que son frère Johny fait fondre une statue ayant demandé plus de cinq ans de travail lors de son inauguration. Enfin, pour parachever cette introduction, le bras de Mister Fantastic [Reed Richards] s’introduit dans une centrale électrique et coupe le courant de toute la ville en abaissant une série « d’interrupteur ».

Une fois réunis, le quatuor révèle l’explication de cette soudaine folie. Les quatre personnages ne sont pas les Fantastic Four mais des éclaireurs de l’empire Skrull chargés de décrédibiliser les seuls humains capables de les empêcher de conquérir la Terre. Il faut dire qu’à cette époque les seuls personnages de la continuité super-héroïque de Marvel sont les Fantastic Four, ce qui explique l’absence d’intérêt des Skrulls des autres héros. Les Skrulls sont des extraterrestres métamorphes pouvant assumer l’apparence de tout être vivant.

Celui incarnant The Thing [Ben Grimm] a utilisé un explosif pour détruire le pilier de la plateforme pétrolière. Cela explique également sa capacité à nager. En effet, il ne prend que l’apparence de The Thing [Ben Grimm] et sans doute pas sa masse corporelle qui sinon le ferait couler comme un bloc de pierre. En même temps, cette incohérence physique n’a, je crois, pas empêché les scénaristes de Marvel de faire nager la vraie The Thing [Ben Grimm].

French Collection #208Celui (dans leurs premières apparitions, il n’est pas question de femelles Skrulls) qui a usurper l’identité de Susan n’a en fait pas disparu. Il s’est rapetissé jusqu’à devenir invisible à l’œil nu. Comme nous le voyons ici et un peu plus loin, les capacités initiales des Skrulls (et pas que des Skrulls d’ailleurs) ne sont pas très bien définies. De plus, même si le Skrull est capable de rapetisser, ce n’est sans doute pas le cas de la pierre précieuse qui devrait rester à sa taille et apparente. Il est également intéressant de voir dans la technique de l’imposture une anticipation de ce que sera le premier pouvoir d’Henry « Hank » Pym qui apparaîtra presque un an plus tard.

Le Skrull incarnant The Torch [Johny Storm] doit lui compter sur un équipement très sophistiqué pour reproduire les pouvoirs de son modèle.

Enfin, le dernier membre du quatuor d’usurpateur ne fait qu’utiliser ses pouvoirs pour reproduire ceux de Mister Fantastic [Reed Richards]. Si nous nous en tenons à cette explication, cela implique que les Skrulls, au-delà de prendre n’importe qu’elle apparence, peuvent rapetisser (et sans doute s’agrandir) et s’étirer à volontée.

Considérés comme des dangereux criminels, les vrais Fantastic Four sont traqués par l’armée jusqu’en dans leur pavillon de chasse ou ils se reposent. Ne souhaitant causés aucun mal ils se rendent avant de s’échapper sans violence (ou presque) de leur prison. Devenus des hors-la-loi ils se cachent dans la ville qui a été attaquée par les Skrulls et qui est visiblement New-York. Auparavant, l’équipe opérait depuis Central City qui est également la ville de The Flash [Barry Allen].

French Collection #208En effet, Stan Lee mettra quelque temps avant d’adopter ce qui constituera un de ses points de différentiation avec les concurrents, la prise dans le réel de ses héros. Malgré tout, les taxis de Central City sont dès le départ jaune et identique aux célèbres taxis New-Yorkais et nous y apercevons quelques buildings caractéristiques en toile de fond. Néanmoins, Fantastic Four #2 (1961 Series) est le magazine ou les Fantastic Four déménagent visiblement de Central City à New-York et notamment dans le Baxter Building.

Notre quatuor lit les nouvelles dans le Daily Globe, qui est sans doute un précurseur sur le plan créatif & scénaristique de Stan Lee du Daily Bugle qui apparaîtra dans la deuxième aventure de Spider-Man [Peter Parker]. Dans l’univers Marvel, le Daily Globe est un des concurrents du Daily Bugle et son principal coup d’éclat est d’avoir dévoilé (bien après cette première apparition) l’identité secrète de Daredevil [Matt Murdock].

Johny réussit à tromper les Skrulls en attaquant un site de lancement de fusée et se fait récupérer par ceux incarnant Susan & Reed. Une fois à leur repaire, il envoie le signal des FF lorsqu’il est démasqué (au passage le groupe d’éclaireur a perdu et de manière quasi définitive un membre puisque tout au long du reste de l’épisode nous ne voyons plus qu’un trio sauf dans un panel).
Ensemble, ils mettent leurs adversaires en déroute et leur faire avouer leur plan d’invasion. Reed décide alors d’utiliser la même ruse que ses adversaires et de se faire passer pour les éclaireurs. Utilisant leur vaisseau camouflé en château d’eau, ils rejoignent le vaisseau amiral de la flotte et expliquent au commandant que la Terre est invincible.

Ils lui montrent alors les armes secrètes des terriens. Des guerriers de pierre surpuissants, des satellites de combat armés de bombes atomiques multiples, des fourmis géantes dressées pour repousser les invasions. Ce passage est très intéressant dans son intertextualité qui apparaît pour la première fois dans l’univers Marvel. En effet, pour produire ses « preuves » Reed dit s’être servi d’épisodes parus dans Strange Tales (1951 Series) & Journey into Mystery (1952 Series) qui sont des titres de Marvel écrit & dessinés notamment par Stan Lee & Jack Kirby.

French Collection #208

Cela signifie donc que les Fantastic Four lisent ces titres et vivent bien dans le même monde que les lecteurs où au minimum que leurs créateurs. Et comme vous le savez sans doute, le duo créatif rencontrera sa création à plusieurs reprises.

Après la fuite des Skrulls, le quatuor revient sur Terre et affrontent une dernière fois le petit groupe d’éclaireur. Encore une fois, les pouvoirs de métamorphe des Skrulls sont extrêmement larges puisqu’ils se transforment en python géant, monstre de pierre (qui cette fois-ci semble en avoir la densité puisque les balles rebondissent sur lui) & vautour.

French Collection #208Mais les pouvoirs des Skrulls ne sont pas les seuls à être mal définis à cette époque précoce du Marvel Age. En effet, la fin de l’épisode bien qu’astucieuse repose sur une affirmation jamais reprise depuis. Plutôt que de risquer de voir les Skrulls s’échapper un jour, Mister Fantastic [Reed Richards] les hypnotise en leur faisant croire qu’ils sont des vaches. Du fait de leurs capacités de métamorphes, les Skrulls se transforment réellement en vache et devaient passer la fin de leurs jours paisiblement dans la campagne américaine.

Avant de revenir sur ce point, remarquons que si la capacité d’hypnotiseur de Reed n’a plus jamais été utilisée, les pouvoirs de l’adversaire suivant des Fantastic Four (Miracle Man) reposent justement sur l’hypnotisme. Décidemment, aucune bonne idée ne se perd avec Stan Lee mais au-delà chez Marvel en général.

En effet, se souvenant de la fin de Fantastic Four #2 (1961 Series) les scénaristes anglais Grant Morrison & Mark Millar créeront (en pleine épidémie de maladie de la vache folle) la mini-série Skrull Kill Krew. Dans ces épisodes, les Skrulls originaux ont été tués sous leur forme bovine (visiblement Mister Fantastic [Reed Richards] a oublié de payer le fermage) et manger par des humains qui infectés acquièrent les mêmes pouvoirs que les Skrulls.

Pour revenir à l’épisode original, la menace des Skrulls semble assez facilement assimilable à celle des « Reds » qui s’était emparé des Etats-Unis quelques années auparavant. Cette peur d’une invasion invisible par des personnes indétectables car ressemblant parfaitement à des américains à longtemps hantée l’inconscient américain comme le montrera le succès de la série The Invaders qui reprend le même argument scénaristique plusieurs années après (1967 – 1968).

En France, cet épisode est atypique. En effet, il ne sera publié dans un livre ou magazine qu’en 2004 par l’éditeur Panini et non par Lug qui était l’éditeur historique de Marvel. En effet, Lug avait décidé de ne pas publier cet épisode par crainte de la censure qui jugeait déjà The Thing [Ben Grimm] traumatisant pour les enfants. Alors que dire de monstres métamophes verts aux oreilles pointues !

Cependant, les lecteurs attentifs de l’époque auront malgré tout réussi découvrir les Skrulls. En effet, Fantastic Four #2 (1961 Series) sera publié (comme quelques autres épisodes) dans certaines éditions du quotidien France-Soir du mardi 26 juin 1973 au jeudi 26 juillet 1973. Si une bonne idée ne se perd jamais chez Marvel, la vente d’un épisode non plus visiblement.

[Jean Michel Ferragatti]