[FRENCH] Comme annoncé la semaine dernière, la chronique de cette semaine sera consacrée à Supergirl [Kara Zor-El] dont nous avons déjà évoqué la première apparition en français dans les chroniques précédentes. Comme nous l’avons indiqué précédemment (cf. French Collection #101) l’un des ressorts scénaristiques fréquemment utilisé pour pimenter les relations entre Superman et Loïs Lane est l’acquisition par cette dernière de superpouvoirs. Devenu une superwoman, elle peut rivaliser avec son grand amour. Mais bien entendu, cet état de fait est provisoire où le résultat d’un rêve.

La première mention à une Supergirl se fait dans un épisode de Jimmy Olsen publié dans Superman #123 (1939 Series). Ce dernier utilise un totem magique pour réaliser son vœu de voir Superman rencontré une Supergirl. Mais à la fin de l’épisode, la Supergirl « magique » se sacrifie pour sauver Superman d’une météorite de Kryptonite. La plupart des commentateurs voient dans cet épisode une volonté des Editors de tester un nouveau concept. Que cela soit vrai ou non, les réactions du public ont dues être suffisamment fortes pour que les Editors décident de pérenniser le personnage. Mais plutôt que de faire revivre la Supergirl « magique » ils décidèrent de créer un tout nouveau personnage.

Confié à Otto Binder, l’un des scénaristes les plus célèbres des Golden & Silver Age, l’épisode d’Action Comics #252 (1938 Series) raconte l’origine de Supergirl [Kara Zor-El]. Le choix du scénariste n’est sans doute pas anodin au demeurant. Otto Binder était en effet l’une des chevilles ouvrières de la réussite de Fawcett, le grand concurrent du Golden Age de DC, et notamment grâce aux aventures de la Marvel Family.

Rôdé aux épisodes choraux, Binder créé dès le premier épisode un contexte riche pour Supergirl [Kara Zor-El] en la définissant comme une Kryptonienne, contrairement aux précédents essais, et de plus membre de la famille des El. La supervision de Superman lui permet de voir une fusée s’écraser et il se rend sur place. La fusée lui rappelle celle qui l’a amenée sur Terre mais l’atterrissage a été plus rude et il pense que s’il y a un passager il n’a pas survécu. Mais à ce moment, une jeune femme blonde portant un costume similaire au sien en surgit et lui révèle qu’elle est Kryptonienne ce qui est normalement impossible.

Superman découvre alors qu’un énorme morceau de Krypton a été éjecté intact dans l’espace. Sur ce morceau se trouvait Argo City, une ville placée sous un dôme (on se demande bien pourquoi ?) qui permit au survivant de ne pas périr asphyxiés. Mais le répit fut de courte durée car le sol du rocher se transforma Kryptonite et commença empoisonner les habitants. Heureusement, le père de Supergirl [Kara Zor-El] était un savant et compris rapidement le problème. Il fit couvrir le sol d’Argo City de plomb et la vie des rescapés continua. C’est ainsi que Supergirl [Kara Zor-El] naquit après la destruction de Krypton et est plus jeune que Superman.

Mais Argo City était condamnée. En effet une pluie de météorite transperça le sol de plomb libérant ainsi des radiations empoisonnées fatales pour les habitants. Le père de Supergirl [Kara Zor-El] décida alors de la sauver en construisant une fusée pour l’envoyer sur une planète habitable. Grâce à un télescope super-spatial, ils choisirent la Terre après l’avoir observé et compris que Superman était un Kryptonien.

L’histoire est donc en partie une redite de l’origine de Superman (cf. French Collection #113). Elle pose cependant beaucoup de question. Si Argo City a survécu suffisamment de temps pour que Supergirl [Kara Zor-El] devienne une adolescente pourquoi son père n’a-t-il pas construit plus tôt des fusées permettant d’évacuer la ville. D’autant plus que loin du soleil rouge de Krypton, les habitants d’Argo City auraient dû développer les mêmes superpouvoirs que Superman et donc pouvoir voyager dans l’espace sans vaisseau.

Enfin, cerise sur le gâteau les météorites qui ont percés le sol d’Argo City auraient dû tuer sur le coup les habitants puisqu’avant d’atteindre le sol ils ont normalement détruit le dôme et créer la perte de l’atmosphère de la ville. Erreur assez peu compréhensible lorsque l’on sait qu’Otto Binder poursuivait par ailleurs une carrière d’écrivain de Science-Fiction et était normalement habitué à éviter ce genre d’écueil. Peu importe, la jeune Supergirl [Kara Zor-El] vient donc d’atterrir sur Terre dans un costume, cousu par sa maman, similaire à celui Superman. De plus, clairement dans le but de lier les deux personnages Otto Binder révèle que le père de Supergirl [Kara Zor-El] est le frère de Jor-El le père de Superman. Les deux Kryptoniens sont donc cousins.

Mais Supergirl [Kara Zor-El] est encore jeune et maîtrise mal ses pouvoirs. Superman ne peut s’en occuper à temps plein et va donc choisir une solution un peu étrange. Il va créer l’identité secrète terrienne de Linda Lee (encore les fameuses initiales LL !) à Supergirl [Kara Zor-El] et la placer dans un orphelinat à Midvale. A la place de lunettes qui le transforme en Clark Kent, il lui donne une perruque brune pour dissimuler son identité secrète. Son idée est à la fois qu’elle se familiarise avec la culture terrestre, qu’il puisse l’entraîner et enfin qu’elle conserve un statut « d’arme secrète » pour lui. Si une menace était trop puissante pour lui, Supergirl [Kara Zor-El] pourrait lui venir en soutien de manière soudaine pour leur adversaire.

En réalité, ces expédients démontrent surtout que les Editors avaient avec elle le même problème qu’avec son ainé. Comment rendre ses aventures intéressantes alors même que le personnage est quasiment omnipotent. Toutes les limites précités vont permettent de poser des limitations qui aboutiront sont beaucoup de ressorts scénaristiques intéressant. Les premières aventures de Supergirl [Kara Zor-El] vont donc tourner autour des relations humaines avec son entourage, les autres jeunes filles de l’orphelinat, des intrigues sur sa possible adoption, etc. Car comme Superman, Supergirl [Kara Zor-El] a peur de s’attacher à des terriens que ses futurs adversaires pourraient mettre en danger s’il découvrait son identité secrète. Nous sommes bien dans la transposition du « rejet » de Loïs Lane par Superman au cas particulier de Supergirl [Kara Zor-El] avec de possibles parents adoptifs.

Cependant, dans un épisode Supergirl [Kara Zor-El] perd ses superpouvoirs et se laisse donc adopter par Fred & Edna Danvers. Elle leur révèlera ultérieurement sa véritable identité lorsque ses superpouvoirs reviendront tandis que Superman décide enfin d’annoncer au monde entier son existence dans Action Comics #285 (1938 Series). Supergirl [Kara Zor-El] se retrouvera même avec deux couples de parents puisqu’Alura & Zor-El ne sont en réalité pas mort mais se sont projetés dans une « Survival Zone » (une déclinaison de la Phantom Zone) pour se sauver. Ils interféreront cependant assez peu sur la vie de Linda Danvers puisqu’ils iront s’installer dans Kandor.

Suite à cette révélation, ces aventures se rapprocheront scénaristiquement de celles de son cousin et la place de Supergirl [Kara Zor-El] dans l’univers DC sera de plus en plus marquée. Il s’agit après tout du personnage le plus puissant de l’univers après son cousin. Le personnage sera d’ailleurs dans un premier temps un vrai succès éditorial. Supergirl [Kara Zor-El] aura même deux comics à son nom. Pendant son adolescence, Supergirl [Kara Zor-El] interagira avec Superman mais aussi d’autres personnages nouveau où déjà existant. La similitude avec Superman sera également visible dans cet aspect du personnage. C’est ainsi qu’elle aura son « bestiaire » propre avec Streaky the super-cat & Comet the super-horse dont aucun d’ailleurs n’est Kryptonien contrairement aux animaux domestiques de Superman (nous reviendrons dans un prochain French Collection sur les mascottes en général). Elle nouera une amitié durable avec Batgirl [Barbara Gordon] un peu sur le modèle Superman / Batman et aussi avec Lena Thorul qui est en fait la sœur de Lex Luthor.

Mais elle sera surtout recruté par The Legion of Super-Heros (avec encore une fois un épisode d’intronisation décalqué sur celui de Superboy) au sein de laquelle elle trouvera le grand amour avec Brainiac 5. Mais vivre un amour dans la futur est compliqué et Supergirl [Kara Zor-El] aura également son amoureux terrien en la personne de Richard « Dick » Malverne mais aussi avec un l’Atlantéen Jerro (l’équivalent de la Loris Lemaris de Superman).

A cette période, l’intérêt des lecteurs pour la série s’amenuise. Il faut dire que le passage à son propre magazine s’accompagne d’un changement d’équipe éditoriale qui n’est pas couronné de succès. Le magazine s’arrête et la série est transférée dans Superman Family avec Loïs Lane & Jimmy Olsen. Linda Danvers est devenu adulte et est parti à l’université de Stanhope. Après des débuts professionnels compliqués elle réussit à obtenir le rôle-titre du soap opera télévisuel « Secret Hearts ». Ce changement se traduit dans les scénarios qui deviennent assez mièvres et privilégient le côté sentimental. En prévision de la sortie du film Supergirl, DC Comics essaye de capitaliser sur le personnage et le relance dans un nouveau comics : The Daring New Adventures of Supergirl. Mais le succès n’est vraiment plus au rendez-vous. Le personnage est devenu trop hybride du fait de ces trois périodes.

De plus, les Editors de DC veulent s’implifier leur continuité et considère qu’il y a trop de Kryptoniens en circulation. Ils souhaitent que Superman redevienne The Last Son of Krypton. Ils lancent alors la mini-série Crisis on Infinite Earths dans laquelle Supergirl [Kara Zor-El] trouvera héroïquement la mort. Le personnage reviendra bien entendu ultérieurement mais cela est une autre histoire. En français, la première apparition de Supergirl [Kara Zor-El] date de Superman et Batman & Robin n° 10 de 1966 chez Interpresse (si l’on excepte une case fugitive dans un numéro précédent) dont elle fait la couverture. L’année 1966 a visiblement été difficile pour Interpresse. Car autant nous avons mis en lumière la cohérence de la politique éditoriale du début autant 1966 sera une année très brouillonne. Supergirl [Kara Zor-El] apparaît sans aucune préparation dans ce numéro qui ne contient en plus que la deuxième partie d’un diptyque publié dans Action Comics #330 & #331 (1938 Series). Le lecteur de l’époque a sans doute été bien perdu devant ce nouveau personnage dans une aventure en plus foisonnante (cf. French Collection #125 & #126).

Heureusement, la traduction de l’épisode d’Action Comics #252 (1938 Series) sera publiée quelques mois plus tard dans Superman et Batman & Robin n° 6 de 1967 toujours chez Interpresse. Le personnage reviendra ensuite régulièrement dans les publications Interpresse & Sagédition.

[Jean-Michel Ferragatti]