[FRENCH] Cette semaine, retour sur une des caractéristiques un peu oubliée de nos jours du Dark Knight qui le rapproche un peu de personnages bien plus tardifs comme Iron Man.A ses débuts, Batman est un personnage solitaire et est décrit comme un jeune « socialiste ». Ce qualificatif est à remettre en perspective avec la culture américaine et décrit un jeune de bonne famille riche et habituellement dilettante. Cette attitude de la part de Bruce Wayne est bien entendu une couverture inspirée du personnage de Zorro. Il est cependant intéressant de voir qu’il est décrit comme à l’abri du besoin mais pas millionnaire comme il le deviendra plus tard.

La solitude du personnage va cesser dans Detective Comics #38 (avril 1940) avec l’apparition de Robin, the Boy Wonder. Mais l’un des caractéristiques principales maintenant un peu oubliée est que Bruce Wayne est un inventeur responsable de la construction de tout son équipement. Plusieurs épisodes des publications Interpresse de 1965 & 1966 nous rappellent ce point. Mais dès le golden age francophone plusieurs publications y feront référence. C’est ainsi que dans La Chauve Souris (Collection Fantôme 1ère série Numéro de Dépôt Légal n° 84) nous voyons Bruce Wayne en pleine expérience de chimie. Puis dans La Chauve Souris (Collection Fantôme 1ère série Numéro de Dépôt Légal n° 84) nous découvrons l’autogyre de Batman. Véhicule qui doit beaucoup à ceux de The Shadow ou Doc Savage, pulp’s dont Bob Kane et Bill Finger étaient très friands.

Dans l’introduction au Daily Comic Strips publiée dans l’hebdomadaire nous découvrirons une description de la Batcave et des objets et véhicules qu’elle contient. Cette image sera d’ailleurs reprise sur la quatrième de couverture de Superman et Batman n° 6 de 1966 intitulé « Batman et Robin équipent une grotte secrète » reproduite ici.

Faisons une petite parenthèse sur une pratique assez étrange des éditions Interpresse. Sur quelques magazines de 1966, la quatrième de couverture est composée par une contraction (ou résumé) d’un épisode entier réduit ainsi à une seule page. Ainsi, « Batman et Robin équipent une grotte secrète » est la contraction de l’épisode The Origin of the Batcave publié dans Detective Comics #205. Le génie de Batman peut donc assez facilement être comparé à celui d’un personnage comme Tony Stark, caractéristique qui s’atténuera dans les versions modernes pour laisser place à un travail de sous-traitance vis-à-vis de supporting cast.

Quelques lecteurs resteront j’en suis sûr sceptiques quant à ma comparaison avec l’alter ego d’Iron Man. Et si jusqu’à présent, l’autogyre apparu dans La Chauve Souris (Collection Fantôme 1ère série Numéro de Dépôt Légal n° 84) semblait l’appareil le plus sophistiqué construit par Batman, l’épisode « Les 1.001 inventions de Batman » publié dans Superman et Jimmy Olsen n° 9 de 1966 les convaincra sans doute du contraire.

En effet, nous voyons dans cet épisode les propulseurs à réaction inventés par le Caped Crusader permettant au Dynamic Duo de voler comme des chauves-souris. Nous découvrons également une machine radar avec émetteur de radio avec cellule photo électrique intégré permettant d’éviter sa capture. Bien entendu, à cette époque Batman disposait déjà d’une Batmobile mais aussi d’un Batplane. Il était même possible d’adapter des accessoires sur le Batplane comme le rayon explosif.

Enfin, le Dynamic Duo est également au sommet de la technologie en matière criminel avec un ordinateur (appelé Calculateur du crime en français) dernier modèle. Vu d’aujourd’hui, il prête soit à rire au regard de sa taille soit à considérer que Batman & Robin disposait dès les années soixante d’une sorte de supercalculateur Cray ! Mais l’invention la plus surprenant de cet épisode est l’œil volant. Il s’agit comme son nom l’indique d’une caméra volante silencieuse qui permet de transmettre des images directement à l’écran de l’ordinateur de la Batcave.

Au regard du mode de déplacement de l’œil volant, le lecteur actuel serait tenté de dire qu’il se déplace par antigravitation ou répulsion magnétique. Quoi qu’il en soit, le niveau technologique déployé pour construire cet appareil est au minimum équivalent à celui que Tony Stark utilisa pour construire sa première armure.
Mais le plus étonnant reste que Robin, qui n’est à l’époque qu’un adolescent d’une dizaine d’année, prend part sans problème à la construction de l’appareil. Les scénaristes de l’époque n’étaient pas très attachés au côté réaliste mais c’est sans doute ce qui donne cette fraicheur intacte lorsque nous relisons ces épisodes.

Mais le génie de Batman sera également utilisé à des sujets plus terre à terre mais néanmoins très important dans le folklore de la série. C’est ainsi que le Batsignal fera l’objet de plusieurs épisodes qui seront traduit dans les publications Interpresse de 1966.

Untold Tales of the Bat-Signal publié dans Detective Comics #164 et en Belgique dans Superman avec Batman et Robin n° 11 de 1966 nous permet également de découvrir un personnage du golden age de Batman un peu tomber en désuétude. Il s’agit de Vicky Vale de The Gotham Gazette. Il s’agit d’une jeune photographe qui essaye de découvrir l’identité secrète de Batman dont elle est amoureuse. Cette intrigue scénaristique est clairement une déclinaison de celle existante entre Superman & Loïs Lane. Mais à la différence de cette dernière, Vicky Vale est également attiré par Bruce Wayne qu’elle soupçonne d’être Batman.

Il faut dire qu’il est plus facile de tomber amoureuse d’un play-boy millionnaire que d’un journaliste timide.

Lorsque Julius Schwartz reprend les séries de Batman, il lance le New-Look dont le symbole le plus marquant est l’ovale jaune entouré le symbole de poitrine de Batman. Mais il décide également de dépoussiérer l’entourage du Caped Crusader et Vicky Vale disparaîtra des pages des comics.

C’est au cinéma qu’elle ressurgira avec force dans le premier Batman de Tim Burton où elle sera interprétée par Kim Bassinger. Suite à cette résurgence, il réinvestira timidement les pages des séries de Batman sans jamais réellement regagner la place qui était la sienne pendant le golden age.

[Jean-Michel Ferragatti]