[FRENCH] Poursuite de nos explorations des premières publications de Superman pendant le silver age francophone, avec cette fois l’étude des premières apparitions de Superboy. L’enfance de Superman a été largement évoquée dans les premiers numéros de la série Superman d’Interpresse en 1965 (cf. French Collection #113). Mais il faudra attendre le numéro 3 pour le voir apparaître en couverture. Après avoir présenté Superman lui-même (cf. French Collection #113), expliqué comment Clark Kent était devenu journaliste (cf. French Collection #114) et présenté Jimmy Olsen (cf. French Collection #115), fidèle à sa politique éditoriale l’éditeur belge va consacrer un épisode entier à la première apparition de Superboy. Enfin, quand nous disons première apparition de Superboy il faut comprendre un épisode qui rationalise la première apparition de Superboy.

En effet, il s’agit de la traduction de l’épisode Superboy’s First Public Appearance! qui avait été publié dans Superman (1939 serie) #144 (avril 1961). Le script est de Jerry Siegel qui est véritablement le créateur du concept de Superboy. Siegel est bien entendu le scénariste créateur de Superman mais également celui du concept de Superboy dès 1938. Mais les Editors de ce qui deviendra DC Comics refuse son pitch. Il revient à la charge deux ans après alors que Superman est devenu un énorme phénomène éditorial. Mais de nouveau, son scénario est refusé.

Mais le succès de Robin the Boy Wonder va remettre ces décisions en cause. Et c’est fin 1944 que Superboy fera son apparition dans More Fun Comics #101 (dessiné par Joe Shuster) et ceci sans que Jerry Siegel soit associé à la publication. Il faut dire qu’à cette date, le jeune scénariste est mobilisé par l’armée américaine au cours de la seconde guerre mondiale.

En 1947, Siegel & Shuster poursuive DC Comics pour récupérer la propriété intellectuelle de leur personnage. Un des procès vise spécifiquement Superboy, Jerry Siegel s’estimant lésé du fait de l’absence de rémunération de son concept initial de Superboy qu’il considère comme une création totalement indépendante. DC Comics licenciera les deux artistes et supprimera tous les crédits à leurs noms.

Le premier procès en reconnaissance des droits de Superman sera perdu par le duo mais dans l’autre procès, le juge Justice J. Addison Young leur donne raison quant à la propriété juridique de Superboy. Un mois après, les deux parties signent un accord qui attribue une somme de 94.000 USD aux créateurs mais sans qu’ils soient réintégrés dans l’entreprise. Siegel livrera cependant des scénarios à DC Comics dans une période ultérieure (les héritiers de Jerry Siegel déposeront une demande en reconnaissance de copyright en 2002, qui a donné lieu à une première décision favorable en 2006). L’épisode que nous étudions date donc d’après ce procès et reflète peut être la vision que Jerry Siegel avait du concept initial de Superboy.

L’épisode débute lorsque Clark repère une situation qui nécessite son intervention avec sa supervision. Il demande conseil à ses parents qui lui donnent leur accord et il s’envole immédiatement en passant par son tunnel secret. Comme nous l’avons déjà vu (cf. French Collection #113) Clark c’est entrainé avec son père et vole maintenant parfaitement. Il se rend sur les lieux d’une attaque de banque et arrête les voleurs qui portaient des scaphandres sous-marin et prévoyaient de s’évader par la mer. Les policiers qui étaient sur place étaient impuissants et sont extrêmement surpris de découvrir un jeune homme volant et invulnérable.

Le chef de la police lui demande de le suivre pour aller voir le maire. Celui-ci est au départ sceptique mais se rend à l’évidence. Il décide de l’emmener voir le gouverneur. Celui-ci est ravi de la voir. Il essaye désespérément de joindre la prison afin de suspendre une exécution, mais le téléphone est coupé. Superboy s’empare de la grâce et part en vol. Il arrive bien sûr à temps (cette scène est à rapprocher de l’épisode d’Action Comics #1 ou Superman fait de même) et le gouverneur est tellement content qu’il l’emmène à la maison blanche.

En présence du président Roosevelt, il le sauve d’un attentat à la bombe. Le président souhaite en savoir un peu plus sur lui et lui propose de rester comme invité. Le lendemain, plusieurs responsables militaires et d’autres organisations demandent son aide à Superboy qui réalise diverses tâches. Immédiatement, tous les médias rapportent son existence.

La présence du président Roosevelt permet à Jerry Siegel de retconer la continuité de Superman. En effet, dans Action Comics #1 l’action semble contemporaine à la publication du magazine (juillet 1938). Nous pouvons imaginer que Superman qui tente un début de carrière sous son identité de Clark Kent a un peu plus de vingt ans (à l’époque, l’entrée dans la vie active était très précoce). Cela nous donne une date de « naissance » aux alentours de 1915 (pour un âge de 23 ans). L’implication de Superman dans le conflit de la seconde guerre mondiale est donc très logique.

En 1961, les responsables de DC Comics essayent de « rajeunir » leur personnage pour mieux le faire coïncider avec le renouveau du silver age. Le président Roosevelt est décédé en en avril 1945. Comme l’ambiance n’est visiblement pas spécialement à la mobilisation militaire dans l’épisode il y a fort à parier qu’il se passe dans les derniers jours du président qui ne pense pas avoir besoin de ce garçon d’acier pour terminer le conflit. Superboy paraît avoir une douzaine d’année et il a été ainsi possible à Jerry Siegel de glisser temporellement la « naissance » de ce Superboy du silver age après 1930 (1933 si nous prenons comme hypothèse un âge de 12 ans).

Il est d’ailleurs intéressant de voir que la rédaction d’Interpresse n’utilisa pas un épisode d’Adventure Comics (dont Superboy était la vedette depuis avril 1946 et le #103) ou Superboy mais un épisode de la série Superman (1939 serie) alors même qu’elle utilisera ultérieurement des épisodes de la série Superboy. On voit bien là le souci de l’équipe rédactionnelle de procurer aux jeunes lecteurs un cadre le plus cohérent possible.

Plus surprenant, et quasiment inconnu même des spécialistes, est l’apparition de Superboy en France dans une période assez peu éloignée de son apparition dans le numéro 3 de la série Superman d’Interpresse en décembre 1965.

En septembre 1966, les lecteurs de l’éditeur nordiste Arédit qui sont passionnés de western découvre dans Tex Bill n° 43 une étrange histoire dont le héros est le jeune Clark Kent ! Dans cet épisode, Jonathan Kent apprends que son cousin Silas est décédé. Il part avec Martha et Clark assisté à l’ouverture du testament. Cela nous donne l’occasion d’admirer la galerie de portrait des Kent, sujet qui donnera bien des années après naissance à la mini-série The Kents.

Jonathan hérite du coffret de Jonas Kent, qui fut montreur de marionnettes dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle. Dans ce coffret, les Kent découvrent deux pièces d’argent de l’époque frappée à l’effigie de Superboy. Ou plutôt de Clark puisque l’épisode a été entièrement retouché pour que le nom, le symbole de poitrine et la cape du personnage n’apparaissent pas. Superboy remonte alors le temps, rencontre ses ancêtres adoptifs en se faisant passer pour un orphelin. Etant sans enfant le couple décide de l’adopter et Superboy les accompagnera un temps. Il les aidera pour le spectacle et notamment en créant une marionnette à l’effigie de son identité secrète qui amusera beaucoup le public.

Il sera alors confronté à un voleur, qui se nomme Jean le chauve dans la version Arédit, qui ressemble beaucoup à Lex Luthor. Ce dernier se cache sous l’identité d’un notable local et se travesti avec une perruque. Il réussit à faire accuser Superboy de sorcellerie alors que celui-ci l’avait démasquer. Il fait graver deux balles d’argent à l’effigie de Superboy afin de procéder à son exécution. Sous l’impact les balles se déforment et prennent la forme de deux pièces que les époux Kent du XVIIe siècle récupéreront en souvenir. Ce sont ces deux pièces dont Jonathan héritera.

Ce maquillage des éditions Arédit ne sera pas le seul et nous reviendrons dans un prochain French Collection sur les potentielles raisons de cette « politique » éditoriale bien loin de celle parfaitement construite des éditions Interpresse.

[Jean-Michel Ferragatti]