Doctor Strange: Interview Mads Mikkelsen

Troisième interview ramenée de l’avant-première de Doctor Strange à Londres. Après Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) et le réalisateur Scott Derrickson, voici Mads Mikkelsen, alias Kaecilius. On parle Doctor Strange, bien sûr, mais aussi Star Wars, Hannibal, James Bond et… de la possibilité de voir l’acteur d’un des films tirés de DC Comics.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de jouer Kaecilius ?

Scott Derrickson [NDLR : le réalisateur] m’a téléphoné et m’a décrit l’histoire. Il m’a dit que Benedict jouerait le Docteur Strange. Je trouvais ce choix parfait. Et durant ce bref échange, il a dit deux mots magiques : « kung-fu volant » et ça m’a convaincu ! (rires) Depuis que je suis enfant, je rêve d’être Bruce Lee. Je ne suis pas aussi agile que lui mais je fais de mon mieux !

Kaecilius est le reflet maléfique de Stephen Strange. Il a subi le même apprentissage et a basculé du « côté obscur ». Avez-vous discuté avec le réalisateur pourquoi il avait choisi si facilement cette voie ?

Sans trop en dévoiler, nous parlons d’un homme qui croit que le monde peut être meilleur. Il veut apporter la vie éternelle et éliminer la souffrance. Pour moi, c’est héroïque, non ? Je ne suis pas convaincu que mon personnage soit au courant de ce qu’il déclenche pour obtenir ce résultat. Je crois qu’il est surpris de ce qu’il se produit réellement. Il ne sait pas à qui il a affaire quand il s’associe avec cette créature. Mais il est malgré tout prêt à oublier la morale pour obtenir ce qu’il souhaite. La race humaine a un degré de moralité. C’est un dilemme pour un personnage tel que Stephen Strange. De plus, Kaecilius ne fait pas ce choix en une nuit. Il s’est écoulé du temps. Il a réfléchi à ce qu’a fait l’Ancien. Elle est une sorte de dictateur pour lui. Elle lui interdit l’accès à certains pouvoirs mais les utilise pour elle. Qui agit comme ça ? Ce n’est pas de la démocratie. Et je crois qu’il a n’a pas tort sur ce point ! (rires)

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Kaecilius est un vilain mineur de l’univers Marvel. Sur quoi avez-vous basé votre interprétation ?

Je me suis basé sur le script. Nous avons discuté avec Scott. Nous avons changé des petits choses au fil du tournage. Mais la matière première pour travailler était déjà là.

L’effet visuel sur les yeux de Kaecilius était dû au maquillage ou aux effets spéciaux ?

Ce sont des prothèses. Il fallait quelques heures pour les appliquer chaque jour. Ça rend très bien. Je pense qu’ils ont dû retouché par endroit avec les effets numérique, mais je crois qu’ils ont été étonnés du rendu obtenu avec le maquillage.

Vous réalisez beaucoup de combats liés à des effets spéciaux. Scott Derrickson vous décrivait-il la scène avant de tourner ?

Il avait déjà pensé toute la scène en amont. Mais plutôt que de nous la mimer, il avait préparé des animations basiques pour que nous puissions voir ce que ça allait donner. On pouvait se dire : « Ok, je dois courir dans cette direction. Le couloir se transformera ainsi… » Souvent, on se trompait en tournant la scène ! (rires) Mais ça nous a beaucoup aidé.

Avez-vous pu utiliser votre passé de danseur ?

Je crois que ça fait partie de moi. Pour ce film, j’ai plus utilisé mes talents de gymnaste. Ça m’a permis de faire des pirouettes sans atterrir la tête la première ! (rires)

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Quelle a été, selon vous, la plus grosse erreur durant une scène ?

Je ne dirai pas que nous faisions des erreurs. Nous perdions la notion de géographie des lieux qui sont constamment déformés. Mais on reprenait au début et on finissait par comprendre.

Les animations vous donnaient-elles une idée de la folie de ce film ?

Nous visionnions des pré-animations, nous n’avions pas vu les séquences finalisées. Nous ne pouvions qu’espérer obtenir le résultat que l’on voit à l’écran. Je n’attendais pas au résultat que j’ai vu l’autre jour sur grand écran lors de la première. C’est époustouflant. Nous étions à la merci des responsables des effets spéciaux. Heureusement, ils n’ont pas été à court d’argent et les personnages n’ont pas l’air de lapins qui sautent d’élément en élément ! (rires)

Durant l’un des combats, vous vous retrouvez prisonnier d’une camisole métallique. Est-ce aussi peu confortable que ça en a l’air ?

Oui ! (rires) Ils ont fait un travail exceptionnel pour créer quelque chose dans laquelle je puisse me glisser et ensuite recouvrir certaines parties. Malheureusement, quelques jours avant cette scène, j’ai eu un petit accident et je me suis froissé des côtes. Et là, je devais me glisser là-dedans ! Ils ont dû retirer certains éléments pour m’aider. Ça rend bien à l’écran.

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En regardant votre filmographie, on voit que vous avez le chic pour interpréter des vilains !

C’est vrai. On adore me confier des rôles de méchants. Mais je joue aussi les gentils. J’ai la chance de pouvoir faire les deux.

Ce film a beaucoup d’acteurs européens. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une tendance dans le cinéma américain ?

Avant, les britanniques jouaient les méchants dans les films américains. Aujourd’hui, ils sont en premières lignes. La plupart arrivent à modifier leur accent britannique, c’est un plus. Il y a un véritable échange entre les deux continents. De plus en plus d’américains viennent jouer en Europe.

Pensez-vous qu’ils ont choisi un européen parce que Strange est arrogant ?

(rires) Non, je crois que vous pouvez aussi trouver des acteurs américains qui incarneront très bien des personnages arrogants ! (rires) Nous sommes tous conscients du talent de Benedict Cumberbatch. C’est l’un des hommes les plus gentils que je connaisse. Mais il a ce don de donner vie aux personnages arrogants. Il est très convaincant. C’était une idée de génie de le choisir. Il arrive à faire ressentir les émotions par lesquelles Strange passe tout au long du film : du type arrogant au héros qui embrasse son destin.

Sur le tournage, il y avait un conseiller bouddhiste pour la relaxation et la méditation. Avez-vous eu recours à lui ?

Quand on découvre mon personnage, il a quitté ce monde de méditation ! (rires) On pouvait aller le voir, et je crois que les autres l’ont fait. Pour dire la vérité, il était si réel, je croyais que c’était un figurant. Je ne l’ai revu que lors de la tournée promotionnelle. J’ai même essayé de lui faire un « high five » [NDLR : manière de taper dans les mains] mais il n’a pas réagi ! (rires)

Croyez-vous en la spiritualité, en la pleine conscience ?

Je crois que l’esprit est un outil puissant, il peut avoir un impact sur votre santé physique. Peut-il avoir un impact sur le monde irréel ? Je ne sais pas. Je suis l’un de ces gars cyniques et pragmatiques qui croient en la science mais qui, en même temps, espèrent qu’il y a quelque chose de l’autre côté ! (rires)

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Quel est votre « easter egg » préféré dans le film ? [NDLR : surprise pour les fans]

Je dirais Stan Lee ! (rires) Je ne savais pas qu’il apparaissait à ce moment-là. Je l’ai découvert en voyant le film.

Quelle a été votre préparation pour les scènes physiques ?

Nous avons eu un camp d’entraînement pour apprendre à… voler ! (rires) Nous ne faisons pas ce genre de choses souvent. Quand on vous harnache et que le ciel est la limite, c’est fantastique ! Quand j’étais petit, je sautais partout en essayant de faire des figures. Même si ça arrive tardivement dans ma vie, je suis ravi de pouvoir faire ça aujourd’hui. Nous avons donc passé quatre ou cinq semaines dans ce camp pour apprendre les mouvements.

Cela vous a donné envie de continuer de jouer des rôles physiques ?

Absolument. J’avais déjà joué des rôles physiques, mais jamais aussi intense que celui-ci. Il n’y avait pas de « kung-fu volant » ! (rires)

Quand êtes-vous devenu fan de Benedict Cumberbatch ?

Avec Sherlock, je crois. C’est si difficile de réinventer un personnage si iconique pour le monde moderne. Je l’ai fait pour Hannibal et ce n’est pas évident. Les gens vous attendent au tournant. Sa prestation est superbe. Du pur génie.

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Quel est votre film Marvel préféré ?

J’en ai quelques-uns. Depuis longtemps, j’aime le personnage de Peter Parker. Dans les adaptations sorties à ce jour, je trouve qu’ils ont su retranscrire l’esprit de la BD : ce petit garçon qui, quand il enfile son masque, se bat en faisant des blagues.

Ne trouvez-vous pas ça bizarre de savoir que vous existez en figurines avec Doctor Strange et Star Wars ?

Non. Enfin, j’y ai droit ! (rires) Je crois qu’il y en a déjà de moi en Hannibal et en le Chiffre dans James Bond. Mais là, ça va être à une bien plus grande échelle ! J’aime surtout les Funko Pops. Ils n’ont jamais réussi à rendre l’une de ces figurines effrayantes ! (rires)

Scott Derrickson a déclaré qu’il verrait bien Benedict en James Bond. Mais vous feriez aussi un très bon Bond !

Vous croyez ! Avec mon accent ! (rires) Si les gens se sont plaint des cheveux blonds de Daniel [NDLR : Craig], je crois qu’ils se plaindraient de mon accent. J’adorerais jouer Bond. Mais il ne faut pas oublier que j’ai joué un vilain dans Casino Royale. Je fais déjà parti de ce monde. J’espère que Daniel en tournera encore quelques-uns et qu’il finira en fanfare et non pas à cause de ragots.

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D’après vous, pourquoi les acteurs se tournent de plus en plus vers ses grosses franchises ?

Je crois que nous aimons les films. Ils sont très bons. En tant qu’acteurs, on peut voir qu’ils s’amusent quand ils les tournent. On voit combien le travail est bien fait. Bien sûr, ça peut aider pour construire sa réputation. Mais je pense que le prestige n’est pas la raison pour laquelle les acteurs choisissent ces rôles.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre prochain film : Star Wars Rogue One ?

J’en sais autant que vous ! (rires) J’ai vu la dernière bande-annonce. Mais je pense qu’ils ont fini le montage. Je pense qu’ils le montreront à l’équipe du film peu de temps avant de commencer la tournée promotionnelle.

Étiez-vous un fan de l’univers Star Wars étant enfant ?

Je le suis devenu un peu plus tard. J’étais un peu trop jeune à l’époque pour aller le voir au cinéma. Je les ai tous vus ensuite. Je suis très content de faire partie de cet univers exceptionnel.

Parlons un peu d’Hannibal. Espérez-vous que la série revienne un jour ?

Je ne sais pas. J’ai laissé cette série un peu de côté. Parfois, je lis des nouvelles sur un éventuel retour. Ça me rappelle à quel point j’ai passé un agréable moment sur ce projet et combien Bryan Fuller est doué. Si la possibilité se présente, je pense que nous reviendrons tous.

Entre Doctor Strange et Rogue One, vous enchaînez les « gros » films. Avez-vous envie de faire un projet plus intimiste aujourd’hui ?

Non. Ça dépend vraiment de ce qu’on va me proposer. Si je le lis un scénario et qu’il me plaît, je fonce. Peu importe l’importance du projet. Je ne me focalise jamais là-dessus. Planifier sa carrière déçoit souvent.

Avez-vous envie d’aborder un autre univers après Marvel et Star Wars ?

Je crois que je les ai tous fait ! (rires) Que reste-t-il ? Je ne sais pas si j’aurais le droit de passer dans l’univers DC ! (rires)

Propos recueillis par Pierre Bisson

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