Comic Box Virgin #18 - The Goon Tome 6[FRENCH] Sélection de BD matinale pour alimenter la chronique de la semaine… Une pile en équilibre tangue dangereusement sur mon bureau. Les couvertures flashy de certains comics m’agressent les neurones encore endormis avant leur perfusion de café. C’est alors que j’aperçois, caché humblement sur un coin de table, The Goon d’Eric Powell. La douceur satinée de la couverture m’invite à l’ouvrir pour aller me balader de case en case. Des dessins en dégradés de gris et blancs mêlant savamment les couleurs pastels  se fondent en parfaite harmonie avec le décor. Un peu de douceur dans ce monde de brute qu’est le Goon, roi de la castagne. Oui, il frappe toujours aussi fort, mais les dessins de Powell adoucissent ses coups…

The Goon Tome 6De nouvelles aventures attendent le Goon dans ce dernier volume. Retour vers l’enfance et les secrets bien enfouis sous l’écorce de mauvais caractère que s’est construit cet arsouille des faubourgs. Vous y découvrirez son premier amour, Isabella, une brune ombrageuse prisonnière d’un vieux mandarin tyranique. Un album rempli de mystères (introduisez une femme dans une BD et vous aurez aussitôt un vent de secrets qui se distillent au fil des pages). Les flash-back se mêlent aux crimes de la pègre asiatique. Le Goon, loin d’être le roc indestructible qu’il laisse paraître, est blessé au coeur par Isabella et son passé. Entre nostagie et mélancolie, l’univers graphique de Powell est une avalanche de poésie qui peint l’humain au plus près des sentiments.

Un caïd au coeur tendre

A première vue, c’était vraiment pas gagné de voir la sensibilité derrière la couche de balafres et de gros muscles. Surtout quand un mystérieux malfrat décide de marcher sur les plates-bandes du Goon. ça l’agace le Goon, surtout qu’il ne sait pas d’où cela peut venir. Alors il mène l’enquête avec son pote Frankie. Il met ses poings de côté pour négocier, filer le filou qui se fout de lui et lui tend des pièges. Le côté costaud, qui sort ses biscotos à chaque coin de rue en faisant saillir les codes du crime, est un peu relégué, dans cet album, en second plan, permettant d’approfondir la psychologie du personnage. Le lecteur pénètre dans son intimité et ses souvenirs d’enfance, douloureux pour la plupart. La femme de sa vie réapparaît comme un rêve qui se transforme vite en cauchemar. L’origine de la gueule ravagée du Goon est enfin révélée et sa part d’humanité également.

Tranches de vie…

Le point commun entre les dessins d’Eric Powell et une photographie ? Ils figent tous les deux l’instant dans une parcelle d’humanité. Chaque dessin est une oeuvre d’art qui fixe l’humain dans ce qu’il a de plus beau. Malgré les gueules cassées et l’atmosphère de pègre des rues, le monde du Goon reste avant tout poétique. Le personnage d’Isabella n’y est pas étranger. Elle adoucit l’histoire pour mieux la renvoyer à sa violence (les femmes et l’art de la volupté). Facile d’oublier la tronche burinée du Goon pour n’entrevoir que son côté humain et terriblement attachant. Quant au personnage de monsieur Wicker, il plonge dans un merveilleux où la sorcellerie ne fait qu’un avec la magie des rues de l’univers de Powell.

[Ange Lise]

The Goon
Volume 6  – Chinatown et le mystérieux Monsieur Wicker
Scénario et dessins : Eric Powell
Editions Delcourt, 2008