La Terre entière vient de basculer dans la Phantom Zone… Ce qui pose un double problème à Superman. Non seulement il venait d’y bannir son nouveau pire ennemi, Rogol Zaar (et encore, avec l’aide de Supergirl) mais Kal-El sait aussi qu’il se cache des choses horribles dans cette zone. Il croyait d’être débarrassé du danger, mais celui-ci est plus dangereux que jamais.

Superman #2Superman #2 [DC Comics]
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessins d’Ivan Reis
Parution aux USA le mercredi 8 août 2018

D’une certaine manière on pourrait croire que l’ombre du « Superman: For Tomorrow » de Brian Azzarello et Jim Lee plane sur le Superman de Bendis. En tout cas pour certaines grandes lignes puisque l’épouse de Superman a disparu de l’équation et que l’humanité entière a basculé dans la Phantom Zone. Mais dans la pratique, l’approche non-linéaire de Bendis fait la différence. C’est à dire que le scénariste continue d’installer Rogol Zaar comme une menace d’envergure. Lors de ses premières apparitions, on pouvait le prendre pour une sorte de mélange entre Doomsday et Lobo mais les flashbacks continuent et l’installent comme un personnage qui a modelé la géopolitique du cosmos de DC depuis des décennies. Bendis ne se précipite pas dans un nouveau face à face entre Kal-El et son adversaire. Au contraire, il continue de les séparer pour leur faire réaliser la situation, chacun de leur côté. Superman peut profiter sur l’aide et l’amitié d’une Justice League en plein désarroi, tout en se demandant ce qui reste à venir. Rogol, lui, peut se passer les nerfs sur le premier personnage qu’il croise, donnant d’ailleurs lieu à un clin d’œil intéressant, qui débouche peut-être sur une véritable note d’intention.

« This is where Krypton threw away their terrible secrets. »

Ivan Reis a un style qu’on a l’habitude de voir sur de grandes sagas super-héroïques/cosmiques. En un sens il emmène le script sur un autre registre que ce que l’on avait pu voir ces dernières années chez Marvel. C’est à dire que Reis magnifie la simple allusion pour lui donner de la puissance. S’il fallait un exemple pour s’en convaincre, il suffit de regarder comment, dans cet épisode, il donne de la chair à un très ancien adversaire de Superman, un personnage conspué et qui ne faisait même pas vraiment partie de la continuité. Reis lui donne de la présence, bien plus qu’on s’y attendait. Mais l’inverse est vrai aussi. Si Reis tempère Bendis, le scénariste n’en fait pas moins par rapport au dessinateur. C’est à dire que si cet épisode était produit par un Reis allié, mettons, à Geoff Johns ou Grant Morrison, ce « clin d’œil » à cette vieille menace veillerait surtout, d’une manière ou d’une autre, à rendre le concept viable dans le DC moderne. Bendis n’en a que faire. Ironiquement, d’ailleurs, ce type qu’affronte Rogol Zaar n’est même pas une suggestion de l’auteur à la base mais l’idée d’un fan qui l’a mis au défi, sur les réseaux sociaux, d’utiliser cette création largement détestée. Et c’est là où Bendis se fait fin (plus que lui en font le crédit certains « antis »). Il se sert de cette caméo qui n’est pas de son cru, qui est dessinée avec un certain premier degré, pour dire certaines choses, en identifiant la Phantom Zone comme la poubelle où l’on balance des choses honteuses. Comprenez par là qu’il énonce à quel point tout n’est pas forcément bon à prendre dans l’hyper-continuité et comment il vaut mieux laisser certaines choses dans leur trou, ou s’en débarrasser aussitôt. C’est, nous le disions, présenté avec un certain premier degré mais il y aussi, en sous-couche, un humour ravageur. Alors que Bendis en est encore aux premiers mois de son run sur Superman, il sera intéressant de voir ce que ce point de vue donnera sur le long terme.

[Xavier Fournier]