Dans un lointain futur, l’univers connu est unifié par la technologie du Relay, un gigantesque engin que l’on installe sur chaque nouvelle planète découverte, afin de l’assimiler dans la culture commune. Ce Relais ne fait pourtant pas que des heureux. Il y a ceux qui reprochent à l’engin d’uniformiser pensées et communautés. Il faut donc une police pour protéger les Relais et peut-être même retrouver le mystérieux fondateur de cette technologie, depuis longtemps disparu.

Relay #1Relay #1 [Aftershock Comics]
Scénario de Zack Thompson (avec Eric Bromberg et Donny Cates)
Dessins d’Andy Clarke
Parution aux USA le mercredi 11 juillet 2018

Au demeurant, Relay, c’est un peu la version cynique et monétisée du monolithe de 2001. Un grand bâtiment, dont on installe un exemplaire sur toutes les planètes, histoire de s’assurer que la communication passe entre tous ces mondes. Et bien entendu, du coup, qui contrôle les Relais maîtrise aussi la manière de communiquer, ce que ces mondes racontent. Au premier abord, on se dit que Relay (histoire conçue par Zack Thompson, Eric Bromberg et Donny Cates) c’est un peu ce qui se passerait si c’étaient les humains qui posaient des monolithes à travers la galaxie, au lieu de recevoir une invitation extra-terrestre. En plaçant d’emblée une citation de Phil K. Dick tirée de « Coulez mes larmes… », les auteurs s’installent immédiatement dans le cadre d’une science-fiction paranoïaque. Si la citation est sans doute motivée par le fait que le personnage principal est une sorte de policier (comme dans le livre de Dick), la filiation avec le romancier nous amène aussi vers des ouvrages comme La Vérité Avant-Dernière. Il y a aussi un peu de Brabdury là-dedans. Mais grattons le vernis de SF pour y voir aussi une parabole pertinente dans le monde actuel. En faisant de l’univers connu une sorte de nouveau village global, dépendant d’une seule technologie privée, les scénaristes nous parlent aussi et surtout de notre réalité actuelle. Le Relais, c’est aussi une réflexion et un questionnement sur le fait de déléguer ses moyens de communications à une tierce entité. Le Relais, c’est aussi Facebook ou votre fournisseur de téléphonie qui, une fois que vous avez signé, est en droit de vous orienter vers certaines pubs ou certaines nouvelles. Se lancer sur la piste de Donaldson (le créateur des Relais), se questionner sur ses intentions, c’est aussi (en tout cas à ce stade de l’histoire) réfléchir sur Mark Zuckerberg et tout ce qu’on a pu (ou pas) lui abandonner… Et le dessin s’occupe de raconter cette fable moderne de façon diablement dynamique.

« Although the origins are often lost, the lesson remains the same. »

Visuellement, Relay est une merveille avec un Andy Clarke qui n’a rien d’un débutant, que l’on connaît de longue date mais qui s’éclate comme jamais sur ce récit loin des considérations super-héroïques et de leurs artifices. Clarke fait appel à tout le répertoire visuel de la Science-Fiction. Sa scène d’ouverture nous emmène aussi bien vers les voitures volantes de Métal Hurlant que le Space Cabbie de DC Comics. Le 5ème Elément et « Métal » restent d’ailleurs des voisins réguliers de cette ambiance (par exemple la scène de l’embarquement, vers la fin), tandis que Clarke ne rechigne devant aucun détail, aucun angle. Ceux qui recherchent des récits autonomes et originaux dans les comics d’aujourd’hui, à condition d’être friands de SF, trouveront leur bonheur dans cette aventure au demeurant simple mais au contexte incroyablement riche. A surveiller.

[Xavier Fournier]