Avec ce septième numéro de Seven Days, l’éditeur Lionforge (techniquement Oni-Lionforge) achève son premier crossover de cette envergure, Catalyst Prime. Gail Simone et José Luis se lancent donc dans une bataille finale qui décide de tout un univers. Mais la scénariste et le dessinateur ne parlent pas tout à fait le même langage.

Seven Days #7Seven Days #7 [Lionforge]
Scénario de Gail Simone
Dessin de José Luis
Parution aux USA le mercredi 24 juin 2020

Les héros de l’univers Catalyst ont sauvé la Terre mais c’est une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire qu’elle semble déboucher sur une apocalypse inexorable. Une partie de la population est convaincue de vivre les dernières heures de la Terre (cet élément est d’ailleurs assez bien amené de l’épisode mais peut-être trop vite laissé de côté car ce genre de réaction – en tout cas avec cette ambiance – n’est pas courante dans les crossovers des gros concurrents). Très vite Gail Simone et José Luis passent en revue les réactions des héros principaux, permettant de montrer ce qui les rassemble et ce qui les distingue. L’univers Catalyst, c’est une volonté affirmée de jouer la carte de la diversité. Et ici, la chose est bien démontrée : il ne s’agit pas exclusivement d’injecter des personnages avec des profils diversifiés mais aussi de jouer sur les différences de personnalités. Chez Marvel ou DC, avec des héros qui ont parfois 50 ou 80 ans, il devient assez facile d’anticiper que les réactions de Captain America ne sont pas celles d’Iron Man ou que Wonder Woman n’a pas forcément les mêmes opinions que Batman. Même Valiant repose sur des caractères tissés depuis trente ans. Avec des personnages plus « récents », il n’est pas toujours aussi « évident » d’établir des liens complexes mais Gail Simone sait différencier les optimistes, les cyniques, les pragmatiques, alors que tout ce petit monde lutte pour un même objectif, battre le terrible Khrelan. Bref pour qui lance des cris d’orfraie à l’idée qu’une plus grande diversité est contraire à l’esprit des « comics d’avant », Seven Days est scénaristiquement une assez bonne démonstration que les deux objectifs peuvent totalement cohabiter.

« I am not. well versed in human. Etiquette. »

Seven Days (la série dans son ensemble) n’est peut-être pas le comic-book idéal pour réellement démarrer dans cet univers sans avoir certaines lacunes, c’est vrai. Mais c’est un peu une évidence. Ce serait un peu comme commencer à lire Marvel avec le premier Secret Wars et s’étonner de ne pas comprendre toutes les allusions. Par contre, à défaut de courir après une accessibilité illusoire (ou qu’en tout cas on ne demande pas aux autres), Seven Days est une bonne série pour ceux qui chercheraient un premier contact avec la plupart des personnages, quitte à aller glaner par la suite les séries individuelles des personnages. Malgré tout il reste un gros problème qui tire cette série vers le bas : José Luis n’est pas un mauvais dessinateur, loin s’en faut (on a vu des choses plus mal dessinées chez les « majors ») mais ce n’est pas un grand narrateur. Il ne donne pas d’emphase à l’histoire de Gail Simone. C’est d’autant plus frappant que si on tente de lire quelques pages en faisant abstraction du dessin, Gail Simone écrit quelque chose qui pourrait avoir un élan épique façon les Avengers contre Thanos dans les années 70 (à plus forte raison puisque Khrelan lui aussi a des relations conflictuelles avec sa progéniture). José Luis nous ramène tout cela dans une forme de premier degré sans grand effort de mise en scène. Sans emphase, celui qui pourrait être le Thanos du récit devient un méchant d’opérette, façon Bioman. Par exemple un passage ou quatre géants menacent un bâtiment perd une grande partie de son sens dramatique. Ce manque de cadrage, d’accent, fait qu’on a du mal à entrer dans les choses, le dessin se contentant d’énumérer les éléments sans « point de vue ». Dommage car cela devient comme un filtre qui nous empêche d’apprécier l’histoire. Séparément, le scénario est bien inspiré et fait la nique à certains crossovers des Big Two de ces dernières années. Mais avec le dessin (ou plus précisément le manque de narration du dessin), la sauce ne prend pas…

[Xavier Fournier]