Batman, Batgirl et Red Hood sont sur la piste des Jokers survivants, alors qu’ils sont (peut-être) sur le point de transformer le pire adversaire de Bruce et d’en faire le nouveau Joker. Ce dernier épisode des Three Jokers assume certainement sa volonté de lorgner sur Killing Joke mais…

Batman: Three Jokers #3Batman: Three Jokers #3 [DC Comics]
Scénario de Geoff Johns
Dessin de Jason Fabok
Parution aux USA le mardi 27 octobre 2020

C’est une intéressante semaine, sans doute, pour les fans de la bat-famille puisqu’alors que Batman en est toujours à réorganiser sa vie après Batman #100 plusieurs séries annexes (Batgirl, Red Hood…) semblent atteindre (au moins pour l’instant) leur conclusion. Et puis il y a ce Batman : Three Jokers qui lui aussi arrive à son terme et il y aurait donc un vrai potentiel pour faire basculer les uns et les autres dans des situations différentes. Là, chose promise depuis 2016, on a compris depuis deux épisodes au moins que les Three Jokers peineraient à réellement passionner. Difficile de savoir le pourquoi du comment mais on viendrait nous dire qu’à l’image de Doomsday Clock la série a tellement tardé qu’entre-temps DC est passé à autre chose ou a changé d’avis. Aux oubliettes, donc, le Batman tétanisé sur l’ex-chaise de Metron apprenant qu’il y aurait Trois Jokers. DC ou Geoff Johns sont passé à autre chose. Ce n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise idée puisqu’à un certain niveau ce dernier épisode change le cahier des charges et s’emploie à nous démontrer que ceux qui ne laissent pas derrière eux leur colère se font dévorer par elle. L’ambition est louable et sympathique. Mais il y a une différence entre l’ambition et l’exécution (les moyens qu’on met en œuvre pour servir cette ambition). Quelques scènes qui démontrent que Batman n’est pas aveuglé par la haine (tandis qu’un ou deux autres le sont) ne suffisent pas à donner du corps à un « mystère » vieux de près de cinq ans.

« We’re trapped. We have no choice but to let you walk away from it. »

D’autant qu’il y a un manque de coordination éditoriale assez marquant et qu’en l’espace de quelques mois cela fait quand même beaucoup de fois que le Joker se précipite au cinéma pour tendre piège sur piège. C’est un peu la malédiction du Joker et de la Batfamille. Il y a tellement de séries que tout ou presque est déjà fait, déjà tenté. Parfois cela fait redite (le Joker de James Tynion vient de nous refaire le coup du projo de Mark of Zorro au Monarch Theater), parfois ça contredit : Three Jokers se démène pour nous démontrer qu’il n’y a pas d’issue lumineuse pour Jason, que c’est un personnage cassé quoi qu’il arrive. Le même jour, Red Hood #50 nous montre entre gros le contraire. On peut considérer que l’idée de base Three Jokers a été incroyablement gonflée (lancer un mystère pour expliquer ensuite qu’il n’est pas important de savoir) mais la vérité est sans doute que Geoff Johns est un scénariste qui fonctionne (ou fonctionnait ?) mieux sur le moyen ou long terme. Doomsday Clock trébuchait sur la fin parce qu’on sentait bien que l’éditeur avait entretemps décidé de ne pas en tenir compte. Mais le voyage, au moins sur une dizaine d’épisodes, n’était pas déplaisant. Là, en trois numéros, on tente de traiter une complication du mythe du Joker avant d’expliquer qu’en fait… on s’en fout. Batman, Batgirl ou Red Hood sont déjà passés à autre chose. C’est peut-être aussi finalement le cas du scénariste. Geoff Johns semble également passé à autre chose. Franchement les gars, quand vous lancez une intrigue et que, quatre ans plus tard, vous savez plus quoi en faire, laissez faire quelqu’un d’autre plutôt que de vous entêter…

[Xavier Fournier]